La mauvaise nouvelle en ce qui concerne le travail des enfants au Brésil est le fait qu'il y demeure une triste réalité. En effet, quelque 4 millions d'enfants de 5 à 17 ans travaillent dans ce pays. Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) estimait, en 2003, que 7 % des enfants brésiliens de 5 à 14 ans travaillaient. Toutefois, l'excellente nouvelle dans ce domaine est le fait que, au cours des onze dernières années, les mesures de grande ampleur prises par le gouvernement brésilien, par l'Organisation internationale du travail (OIT), par des entreprises commerciales et industrielles locales et par des organisations gouvernementales (ONG) ont permis d'y réduire de moitié la main-d'œuvre enfantine. Les initiatives du gouvernement fédéral Depuis les années 1990, le Brésil fait des efforts concertés pour mettre fin au travail des enfants. Peu après son entrée en fonction en janvier 1995, le président Fernando Henrique Cardoso qualifia le travail des enfants de pratique odieuse et de violation des droits de l'homme. Il annonça que son gouvernement s'était fixé pour objectif de tout mettre en œuvre pour l'abolir tout en déclarant que le Brésil n'excuserait ni ne justifierait une telle pratique. En 1996, le gouvernement Cardoso prit une importante mesure avec l'institution de la Bolsa-Escola ou allocation scolaire. Conçu pour assurer la scolarisation des enfants susceptibles de travailler, ce programme verse aux familles pauvres une petite allocation pour chaque enfant d'âge scolaire. La famille ne continue à recevoir cette aide que si l'école atteste la fréquentation régulière de son établissement par l'enfant. Ce programme est administré par les gouvernements locaux des 27 États fédérés du Brésil. Lorsqu'il assuma à son tour la présidence en 2003, M. Luis Inacio da Silva décida de continuer ce programme ainsi que d'autres aides aux familles défavorisées. Une autre importante initiative du gouvernement fédéral brésilien a consisté à accroître les inspections du travail pour dépister l'utilisation d'enfants dans la main-d'œuvre. Le ministère brésilien du travail a ordonné que chacun de ses bureaux régionaux soit doté d'un service d'inspection et d'inspecteurs spécialisés dans ce domaine. Il a en outre chargé une équipe spéciale d'inspecteurs de lutter contre le travail des enfants en donnant suite aux plaintes déposées à ce sujet. Le Forum national pour la prévention du travail des enfants (FNPETI) représente un autre aspect des mesures prises par le gouvernement pour lutter contre le travail des enfants. Fondé en novembre 1994, ce forum a créé en 1999 un Réseau national pour l'abolition du travail des enfants composé des forums existant dans chacun des 27 États fédérés. Le FNPETI est constitué de ces 27 forums ainsi que de 48 autres organismes tels que des associations professionnelles, des syndicats, l'OIT, les divers services qui veillent à l'application de la législation sur le travail des enfants et qui poursuivent en justice les contrevenants, ainsi que les organisations non gouvernementales qui luttent contre le travail des enfants. Les réalisations du FNPETI sont nombreuses. Il a notamment :
En septembre 2002, le gouvernement fédéral a promulgué un décret portant création de la CONEATI. Cette commission a pour mission d'assurer le respect par le Brésil des conventions n° 138 et n° 182 de l'OIT et d'élaborer un plan national pour l'éradication du travail des enfants. Elle se compose de représentants des ministères intéressés, de l'OIT et de l'UNICEF, des principaux syndicats et des grandes associations d'industriels, de commerçants et de producteurs agricoles. Elle a tenu sa première assemblée en mars 2003 et se réunit régulièrement depuis lors. La CONEATI a élaboré un plan ambitieux qu'elle met actuellement en application. Ce plan couvre tous les aspects du travail des enfants, y compris la santé, l'emploi de stupéfiants, la formation professionnelle, l'enseignement et la sensibilisation de la population. Elle compte un nombre suffisant de membres pour faire appliquer avec succès ces programmes. Le rôle de l'OIT En collaboration avec divers organismes publics et organisations non gouvernementales du Brésil, l'Organisation internationale du travail participe aux efforts visant à mettre fin au travail des enfants au Brésil. Durant les années 1990, l'OIT a mis en œuvre, sous les auspices de son programme international pour l'abolition du travail des enfants (IPEC), divers projets dont beaucoup étaient financés par le ministère du travail des États-Unis. Le programme de l'OIT comprend des projets dans l'État du Rio Grande do Sul pour combattre le travail des enfants dans l'industrie de la chaussure, les mesures déjà mentionnées dans le Mato Grosso do Sul pour soustraire les enfants à la production du charbon de bois et des projets dans diverses branches du secteur agricole. En 2001, l'OIT a collaboré avec l'Institut brésilien de statistiques et de géographie pour réaliser sa première enquête auprès des ménages sur le travail des enfants. Fondée sur l'étude de 100 000 ménages, ce projet s'est servi de la méthodologie SIMPOC (Programme de renseignements statistiques et de contrôle sur le travail des enfants) mise au point par l'OIT pour mesurer l'étendue du travail des enfants. En liaison avec cette enquête, l'OIT s'est associée au ministère brésilien du travail et à d'autres organismes, dans le cadre d'un programme financé par le ministère du travail des États-Unis, pour limiter l'utilisation des enfants dans le travail domestique. Ce programme a beaucoup contribué à la réduction générale de la main-d'œuvre enfantine au Brésil. Le rôle des ONG De nombreuses organisations non gouvernementales ont contribué aux progrès du Brésil dans ce domaine. La Fondation ABRINQ, qui représente les fabricants de jouets, s'emploie avec succès à faire appliquer des codes de déontologie dans diverses branches d'activité brésiliennes, y compris la construction automobile, les aciéries, la fabrication de chaussures, la production d'agrumes et celle de sucre. Une entreprise qui se conforme à ces codes est autorisée à utiliser le label de l'ABRINQ qui indique qu'aucun enfant n'a participé à la fabrication du produit en question. La Fondation ABRINQ a particulièrement réussi à encourager les industriels brésiliens à accepter la responsabilité de toute leur chaîne de production. Non seulement les entreprises veillent à ne pas utiliser le travail des enfants, mais elles exigent de leurs fournisseurs qu'ils en fassent autant. L'accent mis sur l'acceptation volontaire de cette responsabilité a permis de convaincre les entreprises de contrôler elles-mêmes le respect de leurs engagements. Cette efficacité est illustrée de façon remarquable dans la ville de Franca, située dans le nord de l'État de Sao Paulo. Franca est depuis longtemps le centre de l'industrie brésilienne de la chaussure. Bien que les fabriques de chaussures de la ville, qui comptent de grosses sociétés américaines parmi leurs clients, n'utilisent pas le travail des enfants, certains de leurs fournisseurs d'accessoires entrant dans la fabrication des chaussures emploient des enfants pour coller ces articles. Les fabricants de chaussures ont mobilisé la ville tout entière et créé un institut en faveur de l'enfance qui a financé de vastes programmes visant à empêcher l'utilisation d'enfants dans ces tâches. À présent, non seulement les enfants de Franca vont à l'école, mais aussi ils participent à diverses activités culturelles, musicales et sportives en dehors des heures de classe. En résumé, bien qu'il n'ait pas complètement mis fin au travail des enfants, le Brésil a enregistré des progrès remarquables dans ce sens et il est résolu à poursuivre cette lutte.
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