eJournal USA: Perspectives économiques

La lutte contre la traite des enfants à l'échelle mondiale

John Miller

revue électronique


Sommaire
Avant-propos
Introduction
Le monde doit mettre fin en priorité au travail des enfants
L'abolition du travail des enfants: un impératif moral et un problème de développement
La lutte contre la traite des enfants à l'échelle mondiale
L'action du Congrès contre l'exploitation des enfants par le travail
Comprendre le travail des enfants : tendances, formes et causes
Le travail des enfants au Brésil : l'action décisive des pouvoirs publics
Kids in Need : la solution d'une ONG
Les moyens de lutte contre le travail des enfants : la méthode de l'industrie d'articles de sport
Bibliographie
Sites Internet
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A camel race in an unidentified Middle Eastern country
Une course de chameaux dans un pays du Moyen-Orient. Des enfants sont souvent réduits à l'esclavage en tant que jockey. Arthur Thevenart, CORBIS

Chaque année, de 600.000 à 800.000 personnes, dont la moitié sont des enfants, sont arrachées à leur famille et envoyées à l'étranger pour y travailler. Les enfants sont employés comme soldats ou jockeys de chameaux, contraints au travail forcé ou exploités sexuellement. Œuvrant de concert avec les États et par l'intermédiaire d'organisations non gouvernementales, le gouvernement des États-Unis cherche à arrêter les trafiquants d'enfants, à réinsérer dans la société les victimes de la traite et à les réunir avec leur famille. « Nous devons combattre la corruption des agents publics qui permet à la traite de prospérer et qui déstabilise l'économie des pays », déclare M. John Miller, principal responsable, au département d'État, des efforts déployés pour enrayer la traite des êtres humains. « Nous devons renforcer la répression afin de sauver les enfants esclaves et de décourager les trafiquants. Et nous devons améliorer nos efforts de prévention pour que les enfants ne soient pas victimes de ce crime odieux. »

M. John Miller, qui a rang d'ambassadeur, est conseiller principal de la secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice, et est à la tête de la direction de la lutte contre la traite des personnes au département d'État.

Tous les pays proscrivent l'esclavage, et bien des gens pensent que sa pratique appartient au passé. Malheureusement, ce crime qu'est la traite des personnes, forme moderne de l'esclavage, existe toujours en 2005 et il touche particulièrement les enfants à travers le monde.

Quand on parle de la traite des personnes, on parle de tous ceux qui sont contraints, par la force ou par la duperie, à un travail forcé ou à l'exploitation sexuelle. Le gouvernement des États-Unis estime que, chaque année, de 600.000 à 800.000 hommes, femmes et enfants sont victimes de ce trafic de part et d'autre des frontières. Près de la moitié de toutes les victimes sont malheureusement des enfants, qui sont utilisés comme soldats, jockeys de chameaux et travailleurs forcés ou qui sont livrés à la prostitution. Le travail forcé prend de nombreuses formes, qu'il s'agisse des tâches épuisantes dans les carrières, du travail domestique, du travail en usine ou dans les champs.

Pour lutter contre ce crime, le Congrès des États-Unis a adopté la loi de 2000 sur la protection des victimes de la traite des personnes. Cette loi prescrit la publication annuelle par le département d'État d'un rapport portant sur les mesures prises par les États étrangers afin de prévenir la traite des personnes, de protéger ses victimes, y compris les enfants, et de poursuivre les trafiquants en justice. Il doit faire état des efforts déployés par le gouvernement des États-Unis dans ce domaine. En 2004, les États-Unis ont accordé plus de 96 millions de dollars au titre de leur participation à des programmes contre la traite des personnes à l'étranger. Ils œuvrent activement pour sensibiliser l'opinion publique au sort des enfants astreints à une existence d'esclave.

Carlos (9 ans) nettoie des crevettes dans le village de pêche de Guapinol
Carlos (9 ans) nettoie des crevettes dans le village de pêche de Guapinol (Honduras).
Victor Caivano, AP/WWP

Les mesures de coopération

Grâce à notre travail et à celui de diverses organisations, des progrès sont réalisés sur tous les fronts dans la lutte contre ce problème. Depuis 2003, près de 3.000 trafiquants ont été condamnés, et 40 pays ont adopté des lois de vaste portée contre la traite des personnes. Pour prévenir l'esclavage, un certain nombre d'initiatives visent à mettre en garde les personnes vulnérables contre les stratagèmes utilisés par les trafiquants. Et des partenariats entre organismes publics et organisations non gouvernementales ont abouti à des initiatives fructueuses qui améliorent l'existence des enfants en les soustrayant au travail forcé et à d'autres formes d'asservissement.

Par exemple, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) utilise des fonds américains pour réinsérer dans la société des enfants qui ont été enlevés et livrés aux bases de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) dans le sud du Soudan et dans le nord de l'Ouganda. Bon nombre de ces enfants se sont vus forcés à tuer des amis et des membres de leur famille à la suite de leur enrôlement. Le CICR aide aussi les enfants qui fuient chaque nuit les villages ougandais pour la ville par crainte d'être enlevés par les rebelles de la LRA.

Pour combattre l'asservissement des enfants utilisés comme jockeys de chameaux, le gouvernement des Emirats arabes unis a ouvert, en décembre 2004, un centre d'hébergement où sont soignées les victimes de la traite et qui est administré par l'Ansar Burney Welfare Trust. Ce centre accueille de nombreux garçons qui ont été piétinés par les chameaux qu'ils étaient contraints à monter. En date de mars 2005, il avait sauvé et soigné une cinquantaine d'enfants, dont au moins 16 ont pu être rapatriés.

L'Organisation internationale pour les migrations s'emploie, de concert avec le département d'État, les ministères ghanéens intéressés, le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) et des organisations non gouvernementales locales, à trouver les enfants qui ont été enlevés dans la région du lac Volta, au Ghana, pour travailler dans le secteur de la pêche et à leur procurer des papiers d'identité. En vue de stopper cette pratique dans la région, elle fournit des conseils aux victimes, s'emploie à réunifier les familles et à réinsérer les enfants dans la vie quotidienne. Dans son rapport de 2004 sur la traite des personnes, le département d'État rend hommage à Togbega Hadjor, chef suprême de la zone traditionnelle des Bakpa, au Ghana, pour sa participation à ce programme et pour ses efforts de sensibilisation de la population locale.

Nous collaborons également avec le groupe Free the Slaves pour mettre fin aux activités des villages de pêcheurs de la baie du Bengale, au Bangladesh, qui utilisent des enfants comme esclaves. Depuis octobre 2004, la police et les gardes-Côtes du Bangladesh ont sauvé 129 enfants.

Une assistance sociale conseille une victime en larmes de la traite des enfants qui vient d'arriver à Manille d'une province du centre des Philippines
Une assistance sociale conseille une victime en larmes de la traite des enfants qui vient d'arriver à Manille d'une province du centre des Philippines.
Aaron Favila, AP/WWP

Dans le cadre de l'initiative du président Bush visant à combattre toutes les formes de traite des personnes, l'association Catholic Relief Services collabore avec la police brésilienne afin de découvrir les circuits utilisés par les trafiquants pour exploiter leurs victimes. Elle s'emploie également à améliorer la coordination entre la police et les inspecteurs du travail en vue de dépister ces activités, d'enquêter sur elles et de soustraire ainsi un plus grand nombre d'enfants à cette traite.

« Personne ne mérite d'être esclave  »

En dépit de tous les efforts en cours, nous savons que des centaines de milliers d'enfants, si ce n'est des millions, continuent à être réduits en esclavage, et c'est là un problème auquel il nous faut nous attaquer à fond et sans délai. Nous devons combattre la corruption des agents publics qui permet à la traite de prendre de l'ampleur et qui déstabilise l'économie des pays touchés. Nous devons intensifier la répression afin de sauver les enfants esclaves et de décourager les trafiquants. Enfin, nous devons améliorer nos mesures de prévention pour que les enfants ne soient pas victimes de ce crime odieux.

Le mouvement en faveur de l'abolition de la traite des enfants et de leur asservissement se poursuit, et je suis fier du rôle dirigeant que les États-Unis jouent pour créer un monde dans lequel, comme le président Bush l'a déclaré dans son discours d'investiture de 2005, « personne n'est digne d'être maître et personne ne mérite d'être esclave  ».

Les sanctions contre les trafiquants d'êtres humains

Chaque année, le rapport du département d'État américain sur la traite des personnes cite les pays dont les pouvoirs publics ne se conforment pas totalement aux normes minimales de la législation américaine interdisant les pires formes de la traite des personnes et ne font pas d'efforts importants dans ce sens. Le rapport de 2004 place le Bangladesh, la Birmanie, la Corée du Nord, Cuba, l'Equateur, la Guinée équatoriale, le Guyana, la Sierra Leone, le Soudan et le Venezuela dans cette « catégorie 3 ». Selon la législation américaine, les États-Unis peuvent appliquer à ces pays les sanctions suivantes :

  • la suspension de l'assistance non humanitaire et non liée au commerce,
  • l'interruption de la participation financière des États-Unis à des programmes éducatifs et d'échanges culturels lorsque le pays ne reçoit pas d'autre aide,
  • l'opposition des États-Unis à l'octroi de prêts et de dons par la Banque mondiale, par le Fonds monétaire international (FMI) et par les autres institutions financières internationales, sauf pour l'aide humanitaire ou l'aide liée au commerce et pour certains types d'aide au développement. Ainsi en 2004, les États-Unis ont voté contre l'octroi de prêts du FMI et de la Banque mondiale au Venezuela du fait du classement de ce pays dans la catégorie 3.

La législation américaine donne au président une certaine latitude en matière de dérogation à ces sanctions, en particulier s'il estime qu'une telle dérogation serait dans l'intérêt des États-Unis ou éviterait de graves répercussions sur les catégories vulnérables de la population comme les femmes et les enfants ou encore s'il a constaté que l'État en question appliquait les normes minimales depuis la publication du rapport. En 2004, le président a accordé des dérogations au Bangladesh, en raison des efforts croissants faits par ce pays pour poursuivre les trafiquants en justice et sauver les victimes de la traite, au Guyana, en raison de son nouveau plan d'action qui consiste à consacrer davantage de ressources aux victimes et de ses nouveaux efforts de sensibilisation de la population, à la Sierra Leone, pour assurer la formation d'officiers de police à la prévention et à la répression de la traite et pour avoir nommé un haut fonctionnaire au poste de coordinateur de la lutte contre la traite des personnes, ainsi qu'à l'Equateur, pour avoir accru les descentes de police chez les trafiquants et pour sensibiliser l'opinion.

Les sanctions sont un dernier recours et elles ne représentent que l'un des nombreux instruments utilisés pour stimuler l'action des États étrangers en faveur des victimes actuelles et en puissance de cette forme moderne d'asservissement. Parmi les autres initiatives prises par les États-Unis l'an dernier figurent l'octroi (mentionné plus haut) de plus de 96 millions de dollars pour lutter contre la traite des personnes à l'étranger, la participation à de vastes discussions bilatérales et à des partenariats, la mise en train de nombreuses activités en collaboration avec des organisations internationales et la mise sur pied de programmes de sensibilisation et de vulgarisation de vaste portée.

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