La lutte mondiale contre la grippeWenqing Zhang
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Chaque année, plus de 250 millions de doses de vaccins contre la grippe sont produites pour protéger la population mondiale. Depuis plus de cinquante ans, la mise au point et la fabrication des vaccins dépendent de la coopération internationale de multiples partenaires du secteur de la santé publique, réunis sous l'égide de l'Organisation mondiale de la santé au sein du Réseau mondial de surveillance de la grippe. La grippe est due à un virus qui se transmet aisément d'une personne à l'autre, le plus souvent par les gouttelettes et les particules produites lorsqu'on tousse ou qu'on éternue. En général, le virus s'attaque principalement aux voies respiratoires supérieures - le nez, la gorge et les bronches - mais dans les cas les plus graves, il gagne les poumons. La plupart des malades guérissent en une semaine ou deux, sans traitement médical ; toutefois, chez les nourrissons, les personnes âgées et les personnes ayant certains problèmes de santé, la grippe peut présenter de graves risques et entraîner d'autres complications, comme la pneumonie, ou même se révéler mortelle. La grippe est source d'épidémies et d'infections dans le monde entier. Les épidémies « saisonnières » ordinaires peuvent toucher jusqu'à 15 % de la population, entraînant jusqu'à 500.000 décès par an. Dans les zones tropicales, les flambées épidémiques de grippe se produisent tout au long de l'année. La vaccination annuelle est le principal moyen de prévention de la grippe et aussi le plus efficace. Les vaccins contre la grippe sont utilisés depuis plus de soixante ans et ont fait la preuve de leur sûreté et de leur efficacité en ce qui concerne la prévention des cas bénins ou graves de grippe. On estime que, chaque année, les vaccins contre la grippe réduisent le risque de maladies graves ou de décès chez les personnes âgées et réduisent de 90 % les cas de grippe chez les adultes en bonne santé, ce qui présente d'importants avantages sur le plan sanitaire et économique.
Les propriétés antigéniques d'un virus sont les caractéristiques qui entraîneront la réponse du système immunitaire de l'organisme face à l'infection par le virus. De par leur nature, les virus de la grippe subissent de constantes mutations antigéniques. Il s'ensuit qu'il faut réévaluer et ajuster chaque année la composition des vaccins contre la grippe afin qu'ils correspondent aux propriétés antigéniques des virus en circulation. Un réseau mondial La surveillance mondiale des virus de la grippe permet de suivre l'évolution des virus en circulation. En 1952, un comité de spécialistes de l'OMS a recommandé l'établissement d'un vaste réseau international de laboratoires chargés d'effectuer les activités de surveillance nécessaires et de fournir à l'OMS les informations dont elle avait besoin pour recommander à ses États membres les mesures de lutte contre la grippe les plus efficaces. Depuis, le Réseau mondial de surveillance de la grippe de l'OMS fonctionne dans toutes les régions du monde et est coordonné et administré par le siège de cette institution. Le Réseau mondial comprend maintenant plus de 110 centres nationaux contre la grippe, situés dans 87 pays et territoires du monde, ainsi que 4 centres de collaboration de l'OMS pour la référence et la recherche sur la grippe. Ces 4 centres de collaboration sont situés à Atlanta (Géorgie, États-Unis), à Londres (Royaume-Uni), à Melbourne (Australie) et à Tokyo (Japon). Un autre centre de collaboration situé à Memphis (Tennessee, États-Unis) se consacre principalement à l'écologie de la grippe chez les animaux. Les centres nationaux contre la grippe constituent l'épine dorsale du Réseau mondial. Il s'agit de laboratoires qui ont été chargés par les autorités sanitaires de leur pays respectif de coordonner la surveillance de la grippe à l'échelle nationale et qui disposent des moyens et du savoir-faire nécessaires à cette fin. Un centre national contre la grippe est chargé de collecter ou de recevoir les prélèvements et les virus provenant de patients malades. Chaque année, on procède à plus de 175.000 prélèvements cliniques sur des patients du monde entier. Des virus sont obtenus à partir de certains de ces prélèvements - on parle alors d'isolement de virus. Le centre national effectue une analyse préliminaire et envoie ensuite certains virus isolés qui sont considérés comme représentatifs des virus circulant parmi la population à l'un des 4 centres de collaboration spécialisés, où ils seront étudiés de façon plus approfondie. Les centres nationaux contre la grippe jouent un rôle essentiel comme principal point de contact entre l'OMS et les autorités sanitaires d'un pays donné sur toutes les questions relatives à la surveillance de la grippe. Ils informent l'OMS et les autres membres du réseau des virus en circulation, des virus inhabituels qui ont pu être détectés et des flambées épidémiques importantes ou sortant de l'ordinaire. Ils établissent des rapports hebdomadaires sur l'activité grippale dans le pays considéré pendant la saison de la grippe, qui sont publiés dans le Relevé épidémiologique hebdomadaire de l'OMS, et rendent compte de la situation épidémiologique grippale à FluNet, site Internet qui permet de faciliter et de coordonner les activités de surveillance et de notification des virus grippaux à l'échelle nationale et mondiale. De nombreux centres nationaux fournissent également une formation et un appui technique à d'autres membres du réseau de la même région afin de les aider à effectuer des prélèvements et à établir une caractérisation préliminaire des virus de la grippe.
Les moyens de garantir l'efficacité des vaccins Les 4 centres de collaboration spécialisés de l'OMS reçoivent les virus de la grippe isolés par les centres nationaux du monde entier et effectuent des analyses approfondies des caractéristiques antigéniques et génétiques des virus. Ces données permettent d'évaluer l'importance des changements antigéniques intervenus chez les récents virus en circulation et de déterminer si les virus actuels sont très différents des virus vaccinaux. Les centres contribuent également au suivi de l'évolution des virus et de leur vulnérabilité face aux médicaments antiviraux. Ils effectuent également des études sérologiques en collaboration avec d'autres laboratoires nationaux de référence, comme le Centre des études biologiques et de l'évaluation et de la recherche de l'Administration des produits alimentaires et pharmaceutiques des États-Unis, l'Institut national des normes et du contrôle biologiques du Royaume-Uni et l'Administration des produits thérapeutiques de l'Australie. Dans le cadre de ces études sérologiques, les anticorps qui apparaissent en réaction aux vaccins actuels sont testés afin de déterminer si les virus contenus dans les vaccins correspondent encore aux virus en circulation. Ces données sont essentielles lorsqu'on cherche à savoir s'il faut mettre à jour la composition actuelle d'un vaccin afin d'en garantir l'efficacité pour la prochaine saison. Deux fois par an, l'OMS organise des consultations entre les centres de collaboration et les principaux laboratoires de référence participant à la sélection et à la mise au point de vaccins contre la grippe, afin d'examiner les résultats des analyses récentes. L'OMS peut ensuite recommander quels virus utiliser pour la mise au point de vaccins pour la prochaine saison, dans l'hémisphère Nord ainsi que dans l'hémisphère Sud. Les centres de collaboration dispensent une formation approfondie au personnel des laboratoires des centres nationaux contre la grippe et d'autres laboratoires. Chaque année, ils mettent à jour les antigènes et les sérums de référence qu'utilisent les centres nationaux du réseau pour diagnostiquer les grippes saisonnières et fournir des conseils, en fonction des besoins, sur les méthodes de diagnostic en laboratoire les plus adéquates et les plus récentes. Les centres peuvent aider les pays à se mobiliser en cas de flambée épidémique de grippe, notamment s'il existe des risques de pandémie. Ils fournissent également à l'OMS des recommandations et des conseils sur les moyens d'améliorer le système mondial de surveillance de la grippe. Un nouveau défi Récemment, l'émergence d'une nouvelle souche, très pathogène, du virus grippal, H5N1, a fait craindre qu'une pandémie de grippe soit imminente, qu'elle touche un grand nombre de personnes et qu'elle cause de nombreux décès ainsi que des perturbations socio-économiques de grande ampleur. Le réseau de surveillance se voit ainsi devoir faire face à d'importants défis techniques et opérationnels dépassant le rôle qui lui est imparti de détecter les grippes saisonnières et de protéger la population contre ces dernières. Le virus H5N1 est très différent des virus grippaux saisonniers. Il s'agit d'un nouveau virus animal très pathogène chez la volaille, qui a franchi la barrière des espèces pour contaminer l'homme. La manipulation de ce virus nécessite de rigoureuses mesures de confinement en laboratoire, et rares sont les centres nationaux qui disposent de l'expérience nécessaire pour diagnostiquer un cas d'infection causé par le H5N1 ou se mobiliser face aux flambées épidémiques dues à ce virus. Les centres de collaboration se sont donc chargés de la plus grande partie du travail des centres nationaux. En 2004, l'OMS a constitué un réseau spécial, les laboratoires de référence du H5 qui sont chargés d'aider à diagnostiquer les cas de H5N1 chez l'homme. Cette mesure permettra aux centres de collaboration de continuer à effectuer des analyses plus approfondies des virus du H5N1 afin d'évaluer le risque de pandémie et de mettre au point les réactifs diagnostiques (les substances servant à détecter ou à mesurer le H5N1), les protocoles d'essais et les virus vaccinaux candidats nécessaires. Depuis sa création il y a plus de cinquante ans, le Réseau mondial de surveillance de la grippe a joué un rôle central dans la lutte menée à l'échelle mondiale contre la grippe sous toutes ses formes et s'est révélé être un modèle de coopération internationale. Dans le cadre de ce système, les partenaires ont établi des critères techniques et des normes de surveillance et de diagnostic de la grippe qui ont permis de produire et d'administrer des millions de doses de vaccins. Le Réseau mondial continue de protéger la population mondiale des épidémies de grippe saisonnière et aide également les pays du monde à se mobiliser contre la menace du H5N1 et à se préparer à la prochaine pandémie de grippe.
Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis. |
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