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La régénération des Grands Lacs nord-américains |
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En 1969, à Cleveland (Ohio), une nappe de pétrole flottant sur la rivière Cuyahoga prend feu et brûle pendant des heures ; la rivière Cuyahoga se jette dans le lac Érié, l'un des cinq Grands Lacs d'Amérique du Nord, qui sont le plus vaste système lacustre du monde. La presse déclare : « Le lac Érié est mort. » En 1970, en raison de la teneur en mercure des eaux du lac Érié et des autres Grands Lacs et cours d'eau situés entre le Canada et les États-Unis, la pêche est interdite dans certaines parties de la région. On soupçonne une usine de produits chimiques canadienne d'être la source de rejets dangereux. En 1970, l'État du Michigan avertit la population de s'abstenir de consommer le poisson pris dans le lac Michigan, des taux élevés de résidus de biphénol polychloré (BPC) ayant été détectés dans les truites et les saumons du lac. En 1972, le Congrès des États-Unis adopte la Loi sur la qualité de l'eau (Clean Water Act). Ces événements survenus dans les années 1960 et 1970 ont fait beaucoup pour sensibiliser la nation aux dommages causés par les déversements d'effluents industriels et d'eaux usées dans les Grands Lacs. La lutte contre la pollution de ces extraordinaires ressources naturelles est devenue une cause illustre pour les environnementalistes qui, à l'époque, ne faisaient que commencer à se rallier l'appui du public. Les progrès considérables réalisés depuis dans la dépollution de ce système aquatique unique au monde figurent au nombre des grands succès nationaux dans le domaine de l'écologie. On trouvera ci-dessous quelques extraits d'un rapport de suivi de la restauration des Grands Lacs publié en janvier 1998 par l'Office des Grands Lacs du ministère de la Qualité de l'environnement du Michigan. Ce rapport est disponible dans sa version intégrale sur Internet à l'adresse deq.state.mi.us/ogl L'évolution des Grands Lacs : un écosystème dynamique En 1972, les États-Unis et le Canada ont signé l'Accord relatif à la qualité de l'eau dans les Grands Lacs, qui a été amendé en 1978 et en 1987. Le but visé par l'Accord est de « rétablir et (...) conserver l'intégrité chimique, physique et biologique des eaux de l'écosystème du bassin des Grands Lacs ». Les deux pays parties ont convenu de « déployer des efforts maximum pour élaborer les programmes, pratiques et moyens technologiques nécessaires pour améliorer la connaissance de l'écosystème du bassin des Grands Lacs, et pour éliminer ou réduire autant que faire se peut les rejets de substances polluantes dans l'écosystème des Grands Lacs ». L'écosystème des Grands Lacs est défini comme « les composantes imbriquées, à savoir l'atmosphère, la terre et l'eau et les organismes vivants, y compris l'homme, à l'intérieur du bassin hydrographique du fleuve Saint-Laurent au point et en amont du point où le fleuve devient la frontière internationale entre le Canada et les États-Unis ». L'Accord représente un engagement important en faveur de la santé du bassin des Grands Lacs.
Vue d'ensemble Les cinq Grands Lacs contiennent plus de 22 000 milliards de litres d'eau, soit environ un cinquième de toute l'eau douce du monde, ce qui les classe parmi les 15 lacs les plus grands du monde par la superficie et par le volume. Ils fournissent l'eau potable à 23,5 millions de personnes. Ils présentent également une importance considérable pour les loisirs, l'alimentation et les transports pour les habitants de la région, aux États-Unis et au Canada. Les eaux libres des Grands Lacs supérieurs, à savoir les lacs Supérieur, Michigan et Huron, sont dans l'ensemble d'excellente qualité. Seules font exception quelques zones dégradées situées à proximité des côtes et pour la plupart en milieu urbain. La qualité de l'eau du lac Huron a également bénéficié ces dernières années de l'amélioration de la qualité de l'eau de la baie de la Saginaw. Par ailleurs, la dépollution du lac Érié a réalisé des progrès spectaculaires au cours des 20 dernières années. En 1980, les efforts ont porté tout particulièrement sur la réduction de la teneur en produits chimiques toxiques et de la charge de nutriments dans les Grands Lacs et sur l'atténuation de leurs effets sur la faune et la flore sauvages. On s'inquiétait alors de l'avenir des pêcheries des Grands Lacs, compte tenu notamment de l'impact de l'introduction d'espèces exotiques. On trouvera ci-dessous un résumé des tendances les plus visibles qui se sont manifestées jusqu'au début des années 1990 : Le bassin hydrographique des Grands Lacs continue de subir les effets de produits biotoxiques rémanents à effet cumulatif, tels que les BPC, le chlordane, le mercure, et la dioxine. À en juger d'après l'absorption de BPC par les poissons des Grands Lacs, les normes de qualité de l'eau ne sont pas respectées dans le Michigan. Depuis les années 1970 et l'interdiction de nombreux produits toxiques rémanents à effet cumulatif, on a enregistré une baisse des teneurs de ces produits dans la chair des poissons, mais cette baisse marque un ralentissement depuis quelques années. On pense actuellement que la contamination provient principalement des produits toxiques biocumulatifs rejetés dans l'environnement avant leur interdiction. De surcroît, la réduction des terres humides côtières et du littoral des Grands Lacs s'est accélérée. Ces terres n'occupent plus qu'une fraction de leur superficie par rapport à ce qu'elles étaient il y a deux siècles. Les pertes s'élèvent à 80 % sur les rives du lac Saint-Clair, à 70 % sur le lac Érié, et à 50 % dans la baie de la Saginaw. Les pertes de terres humides se traduisent par des modifications de la composition biologique et chimique des eaux qui traversent ces terres pour aboutir dans les eaux libres des Grands Lacs. Les effets adverses du dragage, du drainage, de la construction de digues et de la pollution (et notamment de la sédimentation) dans les terres humides et de la gestion du niveau de l'eau ont contribué à la dégradation de la qualité de l'eau des Grands Lacs et à la réduction de la faune et de la flore sauvages, y inclus les poissons, présentes dans les zones côtières et estuariennes des Grands Lacs. On ne possède que des connaissances très limitées sur les récents changements survenus dans les terres humides, attribuables à leur contexte environnemental. Les règlements mis en œuvre aux niveaux national et fédéral ont permis d'éviter les pertes nettes de terres humides côtières, du moins celles qui auraient pour causes directes des changements d'utilisation des sols. Les changements significatifs intéressant ces terres sont vraisemblablement attribuables à divers processus tels que l'élévation du niveau des eaux, l'abrasion marine et autres processus naturels. L'Office national des océans et de l'atmosphère (National Oceanic and Atmospheric Administration), en coopération avec le Service géologique des États-Unis (U.S. Geologic Survey), procède actuellement à une mise à jour des cartes obsolètes du littoral des Grands Lacs. Les chercheurs ont découvert que la couche de sable se trouvant au large des côtes sud-est du lac Michigan, qui constitue une protection pour les dépôts morainiques sous-jacents et les falaises marginales du lac, était mince, voire inexistante, dans de nombreuses zones, du fait des processus géologiques des 50 dernières années. Ils ont décidé d'étudier les facteurs qui déterminent le déplacement du sable afin d'élaborer les mesures les plus efficaces de protection des rives du lac et des propriétés. L'étude, lancée en 1991, concerne la côte sud-ouest du lac Michigan, entre St. Joseph (Michigan) et Michigan City (Indiana) au sud. La politique des Grands Lacs, d'abord axée sur la pollution chimique, s'est élargie pour englober également les menaces physiques et biologiques, notamment la destruction des habitats et l'introduction d'espèces exotiques. Dans son rapport de 1992 au Congrès sur la qualité des eaux nationales, l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis signale que l'eau de 95 à 100 % des cours d'eau et des lacs intérieurs étudiés dans le Michigan étaient considérés comme « de bonne qualité ». Les problèmes ne sont cependant pas tous résolus. Les grands problèmes liés aux cours d'eau du Michigan sont la présence de substances toxiques dans la chair des poissons, l'atterrissement, et la contamination des eaux par les métaux et les bactéries. Le rapport fait état de graves préoccupations au sujet des Grands Lacs dans les régions étudiées, confirmées principalement par les avis sanitaires émis à l'intention des consommateurs de poisson par les organismes de santé publique. Toutes les eaux des Grands Lacs situées sur le territoire de l'État du Michigan autorisent les usages récréatifs à contact secondaire (c.-à-d. les usages autres que la natation), agricoles et industriels, et la navigation. Moins de deux kilomètres des côtes des Grands Lacs ne satisfont pas aux normes exigées pour la natation ; les plages ont dû y être fermées en raison de la contamination bactérienne du lac Saint-Clair. Par ailleurs, les services de santé locaux émettent régulièrement des avis recommandant aux habitants de s'abstenir de contacts immédiats avec l'eau dans les zones situées en aval des points de rejet des eaux d'égouts dans les voies interlacustres (telles que la rivière Saint-Mary). Certaines des eaux de la zone d'alimentation de la baie de la Saginaw ne sont pas potables. Les eaux des Grands Lacs ne satisfont pas non plus à tous les usages de la vie aquatique, comme l'indiquent les avis sanitaires relatifs à la consommation de poisson émis en 1994 et 1995. Toutefois, certains de ces avertissements ont été révisés, annulés ou tempérés. RésuméLes tendances générales énoncées ci-dessus concernant l'état des Grands Lacs se résument comme suit : Produits chimiques Substances toxiques : Réduction générale des taux de concentration dans l'eau au cours des 20 dernières années. Mais on note un ralentissement de cette réduction. Les concentrations en sédiments dans les eaux libres ont diminué. Certaines régions localisées et certains produits chimiques présentent encore des problèmes. Polluants classiques : Les taux de concentration des matières nutritives ont diminué. Les taux d'oxygène dissous augmentent. Les taux de chlorure et d'azote esquissent une augmentation. Caractéristiques physiques Utilisation des terres : La perte de terres humides côtières se poursuit dans certaines régions ; les zones résidentielles et commerciales se développent ; les terres agricoles se réduisent. Les décisions relatives à l'utilisation des terres dans le bassin des Grands Lacs se répercutent sur la qualité de l'environnement. Niveau des eaux : Les projections indiquent que le niveau des eaux restera élevé et qu'il ne faut pas s'attendre à un retour immédiat aux niveaux moyens historiques. Caractéristiques biologiques Poissons : Les pêcheries des Grands Lacs ont connu certaines améliorations. Les taux de contaminants chez les poissons ont diminué, mais cette diminution marque un ralentissement. La destruction des habitats et l'introduction d'espèces exotiques sont préoccupantes. Oiseaux : Les populations d'oiseaux ichtyophages des Grands Lacs augmentent, limitées essentiellement par les habitats disponibles. Espèces exotiques : Les espèces aquatiques non indigènes, telles que la moule zébrée, la grémille, le gobie, la puce d'eau, la lamproie marine et d'autres, risquent de causer de graves dégâts environnementaux. Population humaine : L'usage des Grands Lacs a augmenté et les effets potentiels sur la santé humaine des produits chimiques rémanents à effet cumulatif restent préoccupants. Les tendances positives signalées dans le rapport sont le résultat des efforts soutenus de lutte contre les facteurs de stress environnemental dans les Grands Lacs ; il reste cependant des points sombres, tels que l'infléchissement de la courbe de réduction des teneurs de nombreux produits chimiques et l'impact des changements d'utilisation des sols sur la qualité de l'eau des Grands Lacs. Ces informations constituent à la fois un motif de réjouissance devant les progrès mis en évidence et une invitation à persévérer sur la voie de l'amélioration de l'extraordinaire écosystème des Grands Lacs.
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