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L'aide extérieure pose les bases du développement durable


Andrew Natsios
Administrateur de l'USAID



L'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), qui a pour mission de soutenir une croissance économique mondiale durable et équitable, sera parmi les principaux responsables de l'exécution du programme du gouvernement Bush en faveur du développement durable. M. Natsios commente ci-dessous la nouvelle stratégie des États-Unis en matière d'aide à l'étranger.

La fin de la guerre froide et l'avènement de la mondialisation ont considérablement modifié la dynamique politique et économique qui influencent le monde. En tant que principale institution du gouvernement américain visant à l'élimination de la pauvreté et de la faim dans les pays en voie de développement, l'USAID a conscience des raisons pour lesquelles ces changements exigent une nouvelle conception de l'aide au développement.

Au sein du gouvernement Bush, nous révisons nos idées sur l'aide extérieure et évoluons au même rythme que le secteur privé. Nous tirons également un enseignement de la vaste expérience que nous ont permis d'acquérir, au cours de ces quarante dernières années, les succès et les échecs de nos programmes d'aide.

Nos idées sur les résultats à attendre de l'aide à l'étranger évoluent. L'aide extérieure n'est pas un simple transfert de capitaux du Nord au Sud. Nous repensons l'aide à l'étranger et ses objectifs, reconnaissant que ce qui importe, ce n'est pas tant le montant des sommes qu'on lui consacre mais la façon dont on les dépense.

Nous avons constaté que le transfert de sommes importantes dans les budgets des pays en voie de développement ne garantit pas un développement économique et un progrès social et démocratique durables. Nous avons découvert au contraire que, pour soutenir la croissance à long terme, les programmes d'assistance doivent attirer les capitaux privés qui permettront à l'économie de se développer.

Tous les pays qui ont connu la pauvreté et sont devenus prospères aux cours de ces dernières décennies doivent leur succès à la croissance de leur secteur privé et à l'aide officielle au développement. L'aide extérieure les a aidés à obtenir une croissance soutenue pour éliminer la pauvreté. Ils y sont parvenus grâce au transfert de technologie, à la création d'institutions, à l'amélioration de leurs services de santé et à la réforme de leur politique. Le succès de ces investissements nous a montré que, lorsqu'elle est dépensée dans ces domaines, l'aide extérieure crée un climat favorable à la croissance du secteur privé.

C'est pourquoi le président Bush a annoncé, en mars 2002, que les États-Unis créeraient un « Millenium Challenge Account » (Fonds du millénaire) pour accorder une aide supplémentaire aux pays en voie de développement qui manifestent une ferme volonté de pratiquer une bonne gestion des affaires publiques, qui cherchent à améliorer les services de santé et l'éducation de leur population et appliquent une politique économique judicieuse encourageant la libre entreprise et l'esprit d'initiative. Le Fonds du millénaire accroîtra de 5 milliards de dollars, sur les trois prochaines années, le niveau de base de l'assistance officielle au développement, soit une augmentation sans précèdent de 50 % de l'aide officielle américaine au développement .

Le transfert de technologie

La « révolution verte » en Asie est le meilleur exemple des progrès surprenants qui sont susceptibles de résulter du transfert de technologie. Le blé génétiquement modifié mis au point au Mexique par une équipe de chercheurs dirigée par des Américains a accru les rendements, et les semences de cette variété de blé ont été largement distribuées en Inde et au Pakistan. Le succès de ces récoltes, qui a permis d'éviter la famine dans les années 1960, n'était pas dû à un apport d'aide officielle au développement. À la base, la « révolution verte » résultait du transfert de variétés de semences améliorées et d'un nouveau type d'équipement qui a permis aux petits agriculteurs d'accroître leurs récoltes vivrières. La fourniture d'engrais et d'autres facteurs de production ont également contribué à ces meilleurs rendements. Le succès spectaculaire de la « révolution verte » est le fruit des efforts conjugués de savants américains, de fondations basées aux États-Unis, de la Banque mondiale et de l'USAID.

En Afrique, le transfert de technologie a permis d'obtenir une augmentation spectaculaire des rendements. C'est ainsi qu'au Mali, la production de riz a doublé entre 1993 et 2000 dans la région du delta intérieur du Niger, grâce aux programmes financés par l'USAID qui ont incité les agriculteurs à investir dans de meilleures variétés de riz et de techniques de traitement, ce qui a amélioré la gestion des ressources agricoles et naturelles. Notre gouvernement encourage les agriculteurs africains à mettre à profit les résultats des dernières recherches agricoles qui, nous le savons, permettent d'accroître le rendement.

Le renforcement des institutions

Depuis la fin de la guerre froide, les pays en voie de développement ont progressé de façon spectaculaire sur la voie du capitalisme démocratique en tant que modèle effectif de gouvernement. Toutefois, durant cette transition, nombre d'entre eux ont constaté qu'ils ne possédaient pas l'expérience institutionnelle nécessaire pour faire marcher tous les rouages d'un système démocratique. Ils n'avaient jamais tenu d'élections libres et équitables auxquelles se présentaient des candidats de divers partis. Ils n'étaient pas prêts à faire fonctionner un parlement, à voir les journalistes de la presse écrite et de la radio ou de la télévision observer très publiquement les problèmes du gouvernement.

L'USAID et d'autres organes de gouvernements donateurs ont facilité la création d'institutions qui aident ces pays à se doter de tous les mécanismes nécessaires à une société démocratique ouverte. Nous finançons des programmes de formation à la gestion de leurs nouvelles institutions démocratiques et aux concepts d'équité et d'équilibre. Nous apprenons aux responsables de gouvernement à faire preuve de transparence. Nous formons des journalistes pour que leurs reportages reposent sur des faits solides et soient équilibrés. Nous finançons des programmes novateurs visant la gestion des crises et l'analyse des conflits pour aider les partis rivaux à résoudre leurs divergences de façon pacifique dans le cadre d'un système démocratique.

Réformes politiques

L'USAID aide également les pays à modifier leur climat politique lorsqu'ils passent d'un modèle économique socialiste à l'économie de marché. Si un pays n'applique pas une politique macro-économique qui soutient l'économie de marché, aucun montant d'aide extérieure ne le fera passer de la pauvreté à la prospérité. Les réformes politiques sont la condition essentielle d'un développement durable.

L'USAID aide les pays à procéder aux ajustements nécessaires pour adopter la politique macro-économique qui attirera les investissements. C'est pourquoi nous leur donnons des conseils sur la façon d'enrayer l'inflation, de stabiliser leur monnaie et de prévenir la fabrication de fausse monnaie. Ces réformes favorisent la création d'un climat économique dans lequel les agriculteurs et les hommes d'affaires sont incités à développer leurs activités et à produire parce qu'ils ont l'assurance que leurs bénéfices ne seront pas menacés. Cette stabilité économique pose les bases de la prospérité et de l'élimination de la pauvreté. Les réformes politiques se sont maintes fois avérées être la condition sine qua non du développement durable.

Services publics

Les réformes politiques s'appliquent également au secteur des services publics. Maints gouvernements du monde en voie de développement sont dans l'impossibilité d'assurer à la majorité de leur population des services publics de qualité moyennant un coût raisonnable. L'USAID aide leurs ministères à acquérir les moyens de fournir ces services publics. Les 40 années passées ont été le témoin d'une réduction spectaculaire des taux de mortalité infantile et maternelle et d'une importante amélioration des niveaux d'alphabétisation de nombreux pays. Grâce aux programmes que nous avons financés, la capacité institutionnelle de ces pays s'est accrue, leur permettant d'améliorer la fourniture de ces services publics essentiels.

Nous avons considérablement accru, au long des décennies, notre appréciation de la corrélation qui existe entre la fourniture de ces services publics et la capacité de surmonter la pauvreté et de parvenir à un développement durable. Les mères doivent être en bonne santé pour que leurs nourrissons le soient. Les enfants doivent être en bonne santé pour être scolarisés et s'instruire. L'éducation crée la main-d'œuvre compétente et productive qui mènera un pays à la prospérité.

Le président Bush accorde une priorité élevée à l'accroissement des crédits que nous consacrons à l'éducation dans le monde en voie de développement. Les fonds de l'USAID affectés à cet objectif passeront de 100 à 170 milliards de dollars dans deux ans.

Leadership

Tout en fournissant de l'aide au développement dans ces quatre domaines, l'USAID demeure pleinement consciente du fait qu'une direction éclairée, forte et compétente est extrêmement importante pour parvenir au succès. Ce n'est que dans les pays qui possèdent des dirigeants engagés que ces initiatives peuvent avoir prise et donner des résultats.

Le Mozambique en est un exemple frappant. Après avoir obtenu son indépendance du Portugal, ce pays d'Afrique de l'Est a connu l'une des guerres civiles les plus meurtrières du dernier quart du vingtième siècle. De deux à trois millions de personnes sont mortes de faim. De terribles atrocités ont été commises. Une décennie de politique économique marxiste n'a pas réussi à tirer le meilleur parti des riches terres agricoles et des importantes ressources minérales du pays, faisant du Mozambique l'un des pays les plus pauvres du globe. Mais dans les années 1990, les combats ont cessé, une constitution et un régime démocratique dans lequel coexistent divers partis ont été adoptés et les programmes internationaux d'assistance ont commencé. En 2001, le Mozambique a connu, en un trimestre, un taux de croissance économique de 14 %.

Le leadership est un élément fondamental de ce progrès. Le premier ministre, Pascoal Manuel Mocumbi, est très fier d'avoir créé un climat politique permettant aux investissements de se multiplier. Des régions qui avaient connu la famine durant la guerre civile exportent à présent des produits alimentaires grâce aux programmes agricoles de l'USAID. M. Mocumbi s'intéresse vivement à l'agriculture et les membres de son gouvernement sont, à ma connaissance, parmi les plus compétents que l'on puisse trouver dans un pays en voie de développement. Ils ont créé un climat politique propice et attiré des capitaux nécessaires pour faire fond sur les bases qu'ils ont posées.

Secteur privé

Le modèle d'aide extérieure au développement a évolué en même temps qu'une autre tendance économique, au cours des décennies récentes. En 1969, 70 % de tous les transferts de capitaux américains au monde en voie de développement se faisaient sous forme d'aide extérieure. À l'heure actuelle, 20 % seulement des capitaux américains destinés aux pays en voie de développement proviennent de l'aide officielle au développement et 80 % émanent du secteur privé - fondations, organisations non gouvernementales (ONG), universités et, pour une très large part, entreprises privées. Le rapport est l'inverse de ce qu'il était il y a trente ans.

La politique américaine d'aide à l'étranger doit évoluer en fonction de cette tendance. Dans le cadre d'une initiative appelée la « Global Development Alliance » (Alliance pour le développement mondial), ces organisations forment un partenariat avec le gouvernement américain pour aider les pays en voie de développement à s'orienter vers le développement durable. Un tiers du budget de l'USAID est consacré au monde en voie de développement par l'intermédiaire d'organisations non gouvernementales internationales et américaines. Un autre tiers est distribué par des universités, des associations privées et des organisations non gouvernementales locales. Le dernier tiers est déboursé par le secteur privé.

Avec ces partenaires, l'USAID crée des alliances permettant d'atteindre des objectifs précis de développement, faisant concorder nos ressources avec les leurs pour atteindre ces objectifs. Nous nous sommes joints à un fabricant de logiciels pour donner au monde en voie de développement accès à l'internet et faciliter la formation informatique dans les pays en développement. Dans le cadre d'autres partenariats, des sociétés collaborent avec l'USAID pour aider les gouvernements à élaborer une réglementation frappant l'exploitation illégale des forêts et le déboisement, d'une manière qui préservera les ressources écologiques du pays tout en autorisant une exploitation judicieuse des ressources forestières.

L'obligation de rendre des comptes

Les résultats obtenus au cours de ces dernières décennies grâce à l'aide extérieure des États-Unis et des autres pays industrialisés sont impressionnants. Les taux de mortalité des nourrissons et des enfants ont été réduits de moitié dans le monde en voie de développement. Les conditions sanitaires ont été davantage améliorées, durant les 50 dernières années, qu'elles ne l'avaient été dans toute l'histoire de l'humanité. La variole a été éradiquée, la poliomyélite a pratiquement disparu.

Pour continuer à jouir du soutien de ces programmes bénéfiques sur le plan intérieur, l'USAID doit veiller à ce qu'on lui rende compte de l'utilisation de cette aide et des résultats obtenus grâce aux projets qu'elle finance. Nos programmes axés sur les réformes politiques doivent répondre à certains critères d'équilibre budgétaire, respecter des normes macro-économiques et enrayer l'inflation. Nous collaborons avec les gouvernements locaux pour atteindre ces objectifs chaque année. Les 71 programmes que l'USAID a mis en œuvre dans des pays étrangers sont évalués en fonction d'indicateurs d'efficacité qui établissent des objectifs permettant de mesurer les résultats obtenus comme le progrès de l'alphabétisation, la baisse de la mortalité infantile et l'accroissement des taux d'immunisation.

Les Américains sont mus par des sentiments humanitaires qui les poussent à chercher à améliorer la qualité de la vie dans les pays défavorisés. Ils savent aussi que c'est lorsque l'aide a cessé d'être indispensable qu'elle donne les meilleurs résultats. Le meilleur service que les États-Unis puissent rendre aux pays en voie de développement, c'est de les aider à atteindre l'autosuffisance et un développement durable.

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