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Le développement durable :
Les enseignements tirés et les enjeux de l'avenir


Frannie Léautier
Vice-présidente, Institut de la Banque mondiale



L'année dernière, la Banque mondiale a octroyé à plus d'une centaine de pays en développement des prêts d'une valeur totale de plus de 17 milliards de dollars, et ce principalement dans le but de lutter contre la pauvreté. Partant du principe que le savoir engendre la compétence et que le renforcement de la compétence débouche sur la croissance, la sécurité et l'émancipation des pauvres, la Banque consacre une grande partie de sa mission à encourager l'apprentissage ainsi que le partage des connaissances. Pour diffuser au maximum les connaissances et l'instruction, elle fait appel à diverses techniques nouvelles, tels les réseaux électroniques mondiaux du savoir et l'apprentissage à distance, ce qui a pour effet d'améliorer la qualité de la vie et de faire reculer la pauvreté dans le monde entier.

Le développement durable constitue la clé de voûte de la mission de la Banque lorsqu'il s'agit de faire reculer la pauvreté. Des progrès ont été faits sur ce front au cours des dix dernières années à tel point que la pauvreté absolue a reculé de manière impressionnante alors même que les populations pauvres ont augmenté. Au cours des vingt dernières années, l'espérance de vie a augmenté de 20 ans et le nombre d'adultes qui savent lire et écrire a doublé. Pour autant, près de 3 milliards d'individus, soit près de la moitié de la population mondiale, ont moins de 2 dollars par jour pour vivre ; l'eau potable et propre fait défaut à plus de 1,5 milliard de personnes ; et au cours des 25 prochaines années, on prévoit que la planète comptera 2 milliards d'habitants en plus, principalement dans les pays pauvres.

Pour mener à bien sa mission de réduction de la pauvreté et son action en faveur du développement durable, la Banque mondiale est amenée à agir en dehors des frontières sectorielles classiques qui sont celles de l'environnement, de l'agriculture, de la santé, de l'éducation, de l'énergie, de l'eau et de l'assainissement, du développement social et de l'infrastructure. Notre conception du développement durable s'insère dans notre volonté de forger des relations de travail à long terme fondées sur la coopération tant avec nos partenaires des secteurs public et privé qu'avec la société civile, dans le souci de renforcer la compétence et d'aider nos clients à atteindre leurs objectifs en matière de développement durable.

Les objectifs internationaux de développement (MDG), énoncés lors du Sommet du millénaire, forment la trame de toutes nos démarches destinées à assurer le recul de la pauvreté et la pérennité du développement. Ces objectifs, qu'ont acceptés plus de 150 chefs d'État ou de gouvernement lors du Sommet du millénaire de l'ONU en l'an 2000, constituent les cibles mesurables dont nous avons besoin pour jauger collectivement les progrès réalisés à l'échelle mondiale dans la voie du relèvement du niveau de vie. Notre programme de prêts et notre action sur le terrain de la politique générale seront au diapason de ces objectifs de développement.

Traduire les enseignements tirés et les expériences opérationnelles dans les politiques et la pratique

La Banque mondiale met à profit les leçons qu'elle tire de l'application de projets et de programmes axés sur la réduction de la pauvreté et le développement durable en vue d'approfondir son soutien aux pays en développement. Nous avons rehaussé l'efficacité de nos interventions par le biais de programmes d'aide aux pays qui présentent un caractère plus sélectif, plus participatif et mieux coordonné. L'une des plus grandes sources d'assistance au développement au monde, la Banque mondiale a octroyé l'année dernière à plus d'une centaine de pays en développement des prêts d'une valeur totale supérieure à 17 milliards de dollars, son principal objectif étant de faire reculer la pauvreté. Ce n'est que par le truchement du développement durable que cette forme d'assistance peut avoir de l'effet.

Aucune institution au monde ne donne plus de fonds aux programmes de santé et d'éducation et à la lutte mondiale contre le VIH/sida que la Banque mondiale. Depuis 1996, nous avons mis en route dans près d'une centaine de pays-clients plus de 600 programmes relatifs à la bonne gestion des affaires publiques et programmes de lutte contre la corruption. Depuis 1988, la Banque mondiale est devenue l'un des plus gros bailleurs de fonds internationaux à l'appui de projets axés sur la diversité biologique, et le portefeuille de nos projets visant des objectifs environnementaux s'élève à 16 milliards de dollars.

En sa qualité d'agence d'exécution du Fonds mondial pour l'environnement (FEM), la Banque mondiale entreprend des activités visant à protéger l'environnement à l'échelle planétaire et elle œuvre en étroite collaboration avec le FEM à l'appui de projets dans divers domaines, dont la conservation de la diversité biologique, le changement climatique, l'élimination progressive des substances qui appauvrissent la couche d'ozone et la protection des eaux internationales. Dans le cadre de notre coopération avec le Fonds multilatéral aux fins d'application du protocole de Montréal relatif à des substances qui appauvrissent la couche d'ozone, nous soutenons dans 20 pays des programmes qui ont pour objectif l'élimination progressive des substances nuisibles à l'ozone. Nous nous employons actuellement à insérer les priorités de la Convention sur la diversité biologique, de la Convention-cadre sur le changement climatique et de la Convention sur la désertification dans le cadre de notre financement ordinaire des investissements.

Les stratégies de réduction de la pauvreté

La réalisation des objectifs de développement passe par l'application de stratégies efficaces de réduction de la pauvreté et de prêts axés sur le recul de la pauvreté. Nombre des enseignements tirés par les pays à ce sujet et en matière de développement durable sont intégrés aux documents de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP). Le président de la Banque mondiale, M. James Wolfensohn, insistait récemment sur la nécessité que les DSRP « reposent sur la vaste participation et le consentement de la population, couvrent un vaste éventail de domaines, reflètent une stratégie à long terme, visent des résultats concrets et bénéficient de l'appui de partenaires extérieurs ». (Allocution prononcée à l'ouverture de la Conférence internationale sur les stratégies de réduction de la pauvreté, le 14 janvier 2002). Cette façon de concevoir la lutte contre la pauvreté tient compte non seulement du fait que le développement est un processus de grande envergure, holistique et à long terme, mais aussi du caractère multidimensionnel de la pauvreté.

Les stratégies de réduction de la pauvreté dont les pays sont eux-mêmes les artisans constituent la base de tous les prêts que consentent la Banque mondiale et le Fonds monétaire international à des conditions favorables et celles de l'allégement de la dette dans le cadre de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Huit pays ont fini d'élaborer leur premier DSRP et plus d'une quarantaine ont préparé des documents provisoires. Grâce à des partenariats avec la communauté des donateurs et le FMI, 24 pays très endettés recevront plus de 34 milliards de dollars au titre de l'allégement du service de la dette.

Apprentissage et renforcement des capacités

Le programme Action 21 qui a été adopté à l'issue du Sommet de la Terre à Rio, en 1992, souligne l'importance du renforcement des capacités dans la perspective du développement durable. La Banque mondiale est résolument acquise au double principe fondamental de la formation et du renforcement des capacités en vue de faire reculer la pauvreté et d'assurer un développement durable. Notre action consiste essentiellement à promouvoir l'apprentissage, le partage des connaissances et de l'expérience ainsi que le renforcement des capacités tant des personnes que des institutions.

Apprendre, cela signifie entre autres qu'il faut tirer les leçons des réussites et des échecs, qu'il s'agisse des nôtres ou de ceux des autres. Le savoir engendre la compétence, et le renforcement de la compétence débouche sur la croissance, la sécurité et l'émancipation des pauvres. Nous avons appris que la meilleure façon d'accumuler les compétences, c'est de créer un environnement propice à l'épanouissement de ces connaissances locales qui contribuent au savoir général, un environnement au sein duquel les personnes peuvent mettre à profit l'expérience des uns et des autres et innover, un environnement qui encourage l'action et influence le changement. La clé de la pérennité du développement réside dans la capacité qu'a la société de résoudre les problèmes et de faire des innovations. Voilà ce que recouvre le processus d'apprentissage.

Pour appuyer les efforts que déploie la Banque mondiale en faveur de l'apprentissage et des connaissances, l'Institut de la Banque mondiale (WBI) s'emploie à renforcer les compétences, à créer des programmes d'apprentissage et à donner des conseils de politique générale sur des questions touchant directement à la réduction de la pauvreté et au développement durable. À l'heure actuelle, en coopération avec plus de 160 partenaires, le WBI parraine près de 600 programmes d'apprentissage qui concernent plus de 48.000 participants dans 150 pays.

Dans le cadre de ces partenariats, qui réunissent des instituts nationaux ainsi que des pays donateurs et le secteur privé, la Banque mondiale a recours à divers moyens techniques pour diffuser le savoir jusque dans les coins les plus reculés et les plus inaccessibles de la planète. Elle associe les contacts directs et la formation à distance par le biais de moyens d'information nouveaux et traditionnels, dont l'internet et les vidéoconférences.

Nous faisons des progrès, par exemple, lorsqu'il s'agit de combler le fossé numérique grâce à la création et à l'usage généralisé de réseaux électroniques mondiaux de connaissances et d'initiatives concernant la formation à distance, tel le Réseau mondial de formation pour le développement (GDLN). Les innovations de cette nature faciliteront considérablement la diffusion des connaissances et de l'apprentissage, ce qui aura un effet positif sur le développement durable, clé de l'amélioration du niveau de vie et du recul de la pauvreté dans le monde entier.

Les clients du WBI mettent à profit les connaissances et les occasions d'apprendre qui leur sont offertes pour opérer de sérieux changements dans leur pays. Un haut responsable de l'État du Chiapas, au Mexique, qui a suivi une série de cours sur la lutte contre la corruption, a mis sur pied un programme de ce genre à son retour dans son pays. Les changements qu'il a institués se sont traduits par une augmentation de 64 % des recettes perçues par le Chiapas.

La participation de la Banque mondiale au Sommet mondial de Johannesburg

La Banque mondiale prend une part active aux préparatifs du Sommet mondial sur le développement durable, qui doit avoir lieu du 26 août au 4 septembre 2002 à Johannesburg. Comme le disait récemment M. Ian Johnson, le vice-président de la Banque pour le Réseau du développement écologiquement et socialement durable (ESSD), lors d'une réunion préparatoire du Sommet mondial : « Depuis le Sommet de la Terre de Rio, en 1992, la Banque mondiale a considérablement changé sa façon de concevoir le développement durable. Nous avons réorienté notre action à l'égard de la pauvreté dans un souci de plus grande précision, élargi la portée de notre appui aux services sociaux, à la croissance équitable et généralisée, à la bonne gestion des affaires publiques et à l'insertion sociale, et nous intégrons à nos efforts de développement des considérations liées à la parité entre les sexes et à l'environnement. »

Alors qu'elle se prépare à la tenue du Sommet de Johannesburg, la Banque mondiale :

  • appuie le processus mis en branle par l'ONU et participe pleinement aux réunions préparatoires qui sont organisées à l'échelon tant régional que mondial en perspective du sommet ;

  • se rallie au principe de la réduction de la pauvreté sur lequel reposent les programmes en faveur du développement durable ;

  • soutient résolument le principe de l'alignement des objectifs du sommet aux MDG ;

  • souhaite le relèvement de l'aide au développement à l'étranger, la mobilisation accrue des ressources intérieures et l'élargissement de l'accès au marché ;

  • exhorte à l'adoption, dans les comptes nationaux, d'une rubrique réservée au développement durable.

La Banque mondiale se prépare en vue du Sommet de Johannesburg. Le rapport 2002/2003 sur le développement dans le monde, qui paraîtra en anglais sous le titre « Sustainable Development with a Dynamic Economy : Growth, Poverty, Social Cohesion, and the Environment », contribuera à l'établissement d'une conception intégrée du développement durable. En outre, nous travaillons actuellement à l'analyse d'un certain nombre de questions thématiques de base : financement du développement durable par des moyens novateurs, recherche des liens entre pauvreté et dégradation de l'environnement, établissement de comptes verts et évaluation de notre action en faveur de la réalisation du Programme Action 21.

Les enjeux de l'avenir

Nous avons des défis considérables à relever pour résorber la pauvreté dans le monde et améliorer la qualité de la vie des habitants de la planète. Nous devons continuer d'intégrer à notre action en faveur du développement les enseignements que nous tirons au fil du temps. Il nous faut aussi exploiter le partage des connaissances et des expériences de manière à en décupler les effets et à en élargir la portée. La nature et l'ampleur des tâches difficiles qui nous attendent varieront en fonction du contexte régional, national et local.

C'est en grande partie au travail fourni à l'échelon local que nous devons les résultats de notre action. Nos partenaires dans les pays-clients jouent de plus en plus souvent un rôle important pour veiller à ce que les programmes tiennent compte de la culture et des conditions sociales de la collectivité servie. De même, nos relations de travail avec nos partenaires contribuent au renforcement à long terme des capacités locales.

À l'échelon mondial, la Banque mondiale continuera d'œuvrer en liaison avec les gouvernements, la société civile, les organisations multilatérales et le secteur privé. Comme l'a dit M. Ian Johnson, « En allant de l'avant, nous devons viser à augmenter le rendement de nos activités en travaillant à une échelle compatible avec les enjeux du développement. Et pour être véritablement efficaces, il nous faut œuvre de concert. »


Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

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