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Les océans, patrimoine vital de l'humanité
Dossiers mondiaux avril 2004

 

La diplomatie et les océans

David Balton
Sous-secrétaire d'État adjoint aux océans et aux pêcheries
Département d'État des États-Unis

Le département d'État s'emploie, de concert avec la communauté mondiale, à veiller à l'exploitation rationnelle des ressources océaniques.

La protection et la mise en valeur durable des océans et des ressources qu'ils contiennent sont essentielles à l'avenir de notre planète, à sa population et à une multitude d'organismes vivants. Plus de 50 % de la population mondiale vit dans des zones côtières - ce chiffre atteindra 75 % en 2025. Tout ce que nous apporte l'océan : événements météorologiques, nutriments, lieux de loisirs et de tourisme, a des effets sur notre vie quotidienne. Maintenir, ou rétablir, la santé des écosystèmes marins, comprendre le rôle des océans dans les phénomènes mondiaux et garantir la sécurité de la navigation commerciale sont des objectifs vitaux pour les États-Unis et qu'on n'atteindra que grâce à la coopération internationale.

Les initiatives internationales en faveur des océans

L'adhésion des États-Unis à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer est l'une des priorités du département d'État en ce qui concerne les océans. Les États-Unis bénéficieront, peut-être plus que tout autre pays, de l'adhésion à cette convention. Ce traité et le cadre juridique qu'il établit constitueront une charpente à l'intérieur de laquelle la communauté internationale pourra chercher à s'accorder sur des questions complexes liées aux vastes ressources des océans - notamment la liberté de navigation, l'exploitation durable des richesses de la mer, la diversité biologique, l'exploitation des fonds marins et l'utilisation du plateau continental.

Le département d'État participe activement avec ses partenaires internationaux à la réalisation d'objectifs compatibles avec la convention. L'une des initiatives les plus passionnantes menées dans ce cadre est le partenariat « De l'eau blanche à l'eau bleue » (White Water to Blue Water, WW2BW), présenté lors du Sommet mondial sur le développement durable qui s'est tenu à Johannesburg (Afrique du Sud) en septembre 2002. Ce programme, qui vise la région des Caraïbes, pourrait servir de modèle à de futures activités en Afrique et dans l'océan Pacifique Sud.

L'initiative en question consiste à créer une alliance de gouvernements, d'organismes internationaux, d'institutions financières et d'autres partenaires visant à promouvoir une gestion intégrée des bassins versants et des milieux marins qui se fonde sur les écosystèmes. Elle favorise la coopération régionale tendant vers un objectif commun visant la protection et l'exploitation d'une ressource commune. Les objectifs sont les suivants : remédier aux sources terrestres de pollution marine ; promouvoir des pêcheries viables ; améliorer les pratiques agricoles et sylvicoles ; relever les défis liés au tourisme ; empêcher la dégradation des zones côtières. Le partenariat WW2BW facilite également la coopération et la bonne gouvernance au sein des nations et des parties concernées et entre elles.

Lors d'une conférence récemment tenue à Miami (Floride), le programme WW2BW s'est rapproché de la réalisation de ses objectifs. Plus de 700 participants de 32 pays de la région des Caraïbes se sont réunis à l'occasion de cette manifestation organisée du 22 au 26 mars par le département d'État. La formation et la promotion de quelque 70 partenariats ont été l'un des grands aboutissements de cette réunion, puisque des organisations internationales, des gouvernements, des organisations non gouvernementales, des entreprises du secteur privé et des institutions universitaires se sont accordés à mener diverses actions de préservation des ressources environnementales.

Les ressources biologiques marines

La communauté internationale se trouve à une étape critique de la recherche de pêcheries viables. D'après les statistiques les plus récentes de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), plus de 70 % des lieux de pêche sont soit surexploités soit exploités au maximum de leurs capacités. Dans les années à venir, la production de nombreuses pêcheries importantes diminuera probablement. La demande de produits de la pêche continuera cependant d'augmenter. La perspective de ce décalage croissant constitue le plus grand défi qui se pose aujourd'hui à nos pêcheries.

Lors du Sommet sur le développement durable, les dirigeants de la planète ont reconnu la contribution essentielle des pêcheries marines à la sécurité économique et alimentaire et à la biodiversité en général. Les dirigeants ont à cet égard pris un certain nombre d'engagements, en appelant notamment « à maintenir ou reconstituer les stocks à des niveaux pouvant donner un rendement maximal viable, le but étant d'atteindre, en ce qui concerne les stocks épuisés, ces objectifs dans les plus brefs délais et dans la mesure du possible en 2015 au plus tard ».

Ces engagements ne pourront se concrétiser sans une coopération importante à l'échelle internationale. Principalement par l'intermédiaire du Bureau de la conservation marine, le département d'État œuvre à l'échelle mondiale, régionale et bilatérale en faveur de pêcheries viables dans le monde. Par exemple, nous agissons à l'échelle mondiale, dans le cadre des Nations unies et de la FAO, afin de veiller à l'application d'accords internationaux essentiels, comme l'Accord de 1995 relatif aux stocks de poissons. Cet accord de 1995 a franchi une nouvelle étape en tentant de préserver et de gérer de façon viable des espèces relevant de plusieurs juridictions.

De même, les États-Unis participent activement aux efforts de coopération internationale visant à réduire la « surcapacité » de l'industrie de la pêche. Dans de nombreuses pêcheries, le nombre de bateaux dépasse tout simplement le seuil de viabilité économique. Au rythme où sont pêchés les poissons, l'écosystème ne peut pas reconstituer les ressources halieutiques. La pêche illicite, non déclarée et non réglementée fait peser une charge supplémentaire sur les stocks de poissons. Les États-Unis ont contribué à la rédaction d'un plan d'action internationale qui encourage les États et les organismes de gestion des pêcheries régionales à se prévaloir, dans le respect du droit international, de toutes les mesures possibles pour combattre la pêche illicite.

Sur le plan régional, les États-Unis participent activement aux initiatives visant à préserver et à gérer, dans le cadre des organismes de gestion des pêcheries régionales, les stocks de poissons dépendant de ces derniers. Au sein de ces organismes, le département d'État préconise un programme d'action fortement axé sur la préservation des ressources, tout en s'efforçant de veiller à ce que les pêcheurs américains reçoivent leur juste part des ressources communes.

Le département d'État s'emploie également à remédier sur le plan bilatéral aux problèmes des pêcheries. Avec le Canada, par exemple, nous avons récemment révisé de fond en comble un traité complexe de 1985 portant sur la gestion de la pêche au saumon au large de la côte ouest des États-Unis et nous avons conclu un autre accord portant sur la gestion de la pêche des saumons revenant à la rivière Yukon, l'une des plus longues rivières transfrontalières du monde. Nous avons récemment mis au point d'autres accords avec le Canada en vue d'une exploitation commune du merlan du Pacifique et d'une meilleure réglementation de la pêche au thon blanc germon dans le Pacifique, et nous avons négocié un autre traité avec la Russie afin de protéger les ours polaires dans la région de la mer de Béring.

Toutes ces initiatives ont un point commun : la nécessité de gérer les pêcheries dans le contexte des écosystèmes océaniques auxquels elles appartiennent. Aussi difficile soit-il de gérer des pêcheries stock par stock, nous reconnaissons maintenant qu'il est nécessaire de tenir compte des autres espèces concernées, notamment les espèces qui ne sont pas ciblées mais constituent des « prises accessoires ». Il s'agit d'espèces qui se prennent dans les filets mais qu'on n'avait pas l'intention de pêcher. Ces prises accidentelles entraînent un grave épuisement des stocks de certaines espèces, et la loi des États-Unis oblige maintenant les pêcheurs commerciaux à prendre diverses précautions afin de réduire au minimum ces prises accessoires. Le défi reste cependant considérable, même pour des pays riches et disposant de techniques avancées, comme les États-Unis. Les pays en développement ont encore plus de difficultés à adopter les moyens techniques nécessaires à la prévention de prises accessoires excessives.

Une action diversifiée

Les exemples qui précèdent illustrent l'action diversifiée que mènent les États-Unis de concert avec la communauté internationale en ce qui concerne les questions relatives aux océans, dont beaucoup sont débattues dans divers organismes des Nations unies. Le département d'État participera prochainement à une réunion officieuse des Nations unies portant sur les nouvelles utilisations de l'océan, telles que la préservation et la gestion de la diversité biologique dans les zones ne relevant pas de juridictions nationales et la production d'énergie en mer. Le département d'État participe également, à titre d'observateur, aux travaux de l'Autorité internationale des fonds marins, établie conformément à la Convention sur le droit de la mer pour réglementer l'exploitation des minerais des fonds marins.

Nous participons à des travaux préparatoires au terme desquels les États-Unis présenteront des données à la Commission des limites du plateau continental en vue d'établir les limites extérieures du plateau des États-Unis au-delà de 200 milles marins (à partir du rivage). La commission se compose d'experts qui analysent les dossiers de pays cherchant à établir les limites de leurs plateaux continentaux étendus.

Nous nous occupons également, au sein de l'Organisation maritime internationale (OMI), de la sécurité des navires et de la pollution provenant de navires. Nous avons par exemple joué un rôle de premier plan à l'OMI dans le domaine des réglementations maritimes et relatives à la sécurité portuaire, afin de déjouer les menaces terroristes. Le département d'État a également préconisé d'apporter une solution fondée sur des données scientifiques au problème que constitue l'introduction d'espèces envahissantes dans les eaux de ballast des navires et s'emploie à améliorer les principes relatifs à la création de zones maritimes particulièrement sensibles.

Conclusion

Les êtres humains pensent depuis des générations qu'il n'est pas en leur pouvoir d'abîmer les océans ou d'en épuiser les vastes ressources. Nous nous apercevons maintenant qu'il s'agit là d'une idée fausse, car l'impact des êtres humains sur les océans est de plus en plus visible. Les océans et les ressources qu'ils contiennent sont, de par leur nature, des questions de portée internationale, car aucune nation ne peut à elle seule les gérer et les protéger efficacement. Il n'est donc pas surprenant que les océans occupent une plus grande place à l'ordre du jour de la communauté internationale et figurent aujourd'hui au rang des priorités du département d'État.

David Balton est sous-secrétaire d'État adjoint aux océans et aux pêcheries au sein du bureau des océans et des affaires environnementales et scientifiques internationales du département d'État. M. Balton a précédemment dirigé le bureau de la conservation marine de ce ministère.


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