LES SCIENTIFIQUES AIDENT LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT
À
FAIRE
FACE AU RÉCHAUFFEMENT DE LA PLANÈTE
Jim Fuller

Des scientifiques des États-Unis et d'autres pays industrialisés aident les pays en développement et en transition à se doter de moyens leur permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement de la planète.
La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, ratifiée à ce jour par plus de cent soixante nations, exige de toutes les parties signataires qu'elles dressent des inventaires nationaux de leurs émissions de gaz à effet de serre et qu'elles précisent les mesures qu'elles entendent mettre en uvre pour faire face au problème.
De nombreux scientifiques pensent que l'accumulation progressive de gaz à effet de serre, tels que le dioxyde de carbone dégagé par la combustion des carburants fossiles, contribue à une élévation de la température moyenne de la surface de notre planète. Cette élévation de la température se répercute sur les précipitations et le cycle de croissance des cultures, et élargit les aires d'activité des animaux nuisibles, ce qui peut favoriser la propagation des maladies tropicales.
Afin d'aider les pays en développement et les nations en transition (qui comprennent les anciennes républiques soviétiques et les pays d'Europe de l'Est) à déterminer le volume de leurs émissions de gaz à effet de serre et à évaluer les mesures qu'ils pourraient mettre en uvre pour les réduire, des experts issus de laboratoires, d'universités, d'entreprises privées et d'organisations non gouvernementales des États-Unis offrent une aide technique et une formation.
Les experts américains travaillent sous l'égide du « U.S. Country Studies Program » (Programme des États-Unis d'études de pays) qui, depuis 1993, fournit une assistance financière et technique à cinquante-cinq pays en développement et en transition pour les aider à mener des études sur les changements climatiques. Au titre de ce programme, annoncé par le président Clinton en 1992, les chercheurs américains coordonnent leurs activités dans les pays en développement avec celles de spécialistes allemands, canadiens, japonais et néerlandais, ainsi qu'avec celles d'organismes tels que le Programme des Nations unies pour l'environnement et la Banque mondiale.
M. Jayant Sathaye, chercheur principal au Laboratoire national Ernest Orlando Lawrence de Berkeley (Californie), note que ce laboratoire joue un rôle clé afin d'aider les pays à évaluer leur vulnérabilité au réchauffement planétaire et à formuler des plans d'action pour y faire face. Ceux-ci précisent des mesures spécifiques visant à atténuer les changements climatiques et à s'adapter à leurs effets.
« Nous avons organisé des ateliers de formation, fourni une assistance technique aux pays participants et organisé des réunions de façon à consigner les résultats des activités. Ces informations servent à établir les plans nationaux d'action en ce qui concerne les changements climatiques. Elles servent également à élaborer des projets de lutte contre les changements climatiques qui peuvent être financés par divers organismes, notamment par la Banque mondiale et divers organismes du secteur privé », explique M. Sathaye.
Depuis 1994, l'équipe de Berkeley a organisé des ateliers sur l'atténuation des émissions de gaz à effet de serre en Afrique, en Asie, en Amérique latine et en Europe centrale, qui ont réuni des chercheurs de trente-cinq nations. Les travaux accomplis dans ce cadre ont fourni des informations qui ont été utilisées dans les négociations visant à élaborer un traité de limitation des émissions de gaz à effet de serre lors de la Troisième Conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, qui a eu lieu à Kyoto (Japon) en décembre dernier.
M. Sathaye, qui a assisté à la conférence de Kyoto, a parlé aux participants « des problèmes de la mise en uvre de programmes visant la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans les pays en développement et en transition, des coûts de cette réduction, des types de technologies qu'il conviendrait de transférer pour réduire les émissions de dioxyde de carbone et des conditions sous- tendant le succès du transfert de techniques ».
Il a évoqué un nouveau rapport publié en août, financé par le Programme des États-Unis d'études de pays, qui examine la tendance à la hausse des émissions de gaz à effet de serre dans quatorze pays en développement et en transition et les mesures que ces pays peuvent appliquer pour freiner cette augmentation. Les pays en transition qui ont fait l'objet du rapport sont la Bulgarie, l'Estonie, la Hongrie, le Kazakhstan, la Pologne, la Slovaquie, la République tchèque, la Russie et l'Ukraine ; les pays en développement sont le Mexique, le Népal, le Nigeria, Sri Lanka et le Venezuela.
Selon les auteurs du rapport, en l'absence de mesures de réduction particulières, les émissions de gaz à effet de serre commenceront à augmenter durant la première décennie du XXIe siècle dans la plupart des pays en transition et dépasseront les niveaux atteints en 1990 durant cette période. Dans les pays en développement, les émissions de gaz à effet de serre vont vraisemblablement augmenter du fait de leur croissance économique et démographique.
C'est ainsi qu'au Mexique, les émissions de dioxyde de carbone doivent presque doubler entre 1995 et 2010, un accroissement qui serait plus rapide que celui du produit national brut. Au Nigeria, au cours de la même période, l'augmentation totale des émissions de dioxyde de carbone varierait de 30% en cas de faible croissance à 80% en cas de forte croissance.
Pour chaque pays étudié, des mesures différentes ont été envisagées afin de réduire les émissions. Au nombre des mesures possibles figurent la réhabilitation des centrales électriques en place, le recours aux sources d'énergie renouvelables, l'amélioration de l'efficacité énergétique et l'adoption de combustibles à faible teneur en carbone.
En République tchèque, par exemple, on a estimé qu'un recours accru aux techniques économes en énergie réduirait la consommation énergétique de base de 8 % d'ici à 2010. De nombreuses mesures de conservation de l'énergie ont été envisagées dans le cadre de l'étude de la Russieet ces dernières permettraient de réduire la consommation d'énergie primaire de 23%.
L'étude relative au Mexique qui envisage la possibilité d'une centrale électrocalogène servant divers secteurs industriels et d'un éclairage rationnel des maisons et autres bâtiments, a conclu qu'il serait possible de réduire les émissions de dioxyde de carbone d'environ 13% d'ici à 2005.
Plusieurs études de pays soulignent la nécessité d'investissements internationaux doublés d'une aide internationale accrue, afin d'encourager les transferts de technologies qui, entre autres, permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Elles attachent également une grande importance au renforcement des capacités locales en matière d'évaluation et d'application des mesures visant la réduction des émissions.
Un autre rapport rendu public lors de la conférence de Kyoto porte sur les activités de réduction des émissions de gaz à effet de serre de douze pays d'Asie. Financées principalement par le Programme des Nations unies pour le développement, la Banque asiatique de développement et le Gouvernement norvégien, ces activités comprenaient des études effectuées par quelque cent soixante-quinze experts.
Ces études révèlent que, parmi ces pays, ce sont la République populaire de Chine, l'Inde, l'Indonésie et la République de Corée qui produisent le plus gros volume d'émissions de gaz à effet de serre. Le rapport note toutefois que, par habitant, les émissions de ces pays seront en 2020 encore très inférieures à celles enregistrées à l'heure actuelle dans les pays industrialisés.
L'analyse du secteur énergétique de l'Inde pour l'an 2020 indique que, si les tendances actuelles se maintenaient, les émissions de gaz carbonique pourraient être réduites de 5% sans engager de coûts supplémentaires grâce à l'utilisation de nouvelles techniques industrielles, à l'application de mesures de conservation de l'énergie et à l'utilisation accrue du gaz naturel pour la production d'électricité.
« La principale constatation qui ressort des études asiatiques est que les pays en développement font déjà beaucoup pour réduire leurs émissions, mais ce n'est pas pour des raisons de changements climatiques. Leur efficacité énergétique augmente et ils suppriment les subventions à la consommation d'énergie. Les études indiquent par ailleurs que ces pays peuvent faire bien davantage sans mettre en cause leur croissance économique et que des réductions de 5 à 15% des émissions sont possibles, sans effets négatifs », note M. Sathaye.
Il souligne cependant que ces pays ont besoin pour cela de nouveaux capitaux et de nouvelles technologies, ce qui permet aux États-Unis et aux autres donateurs de promouvoir l'utilisation de techniques plus respectueuses de l'environnement et du climat.
(Journaliste de l'Agence d'information des États-Unis, Jim Fuller est spécialiste de l'environnement et d'autres grandes questions mondiales.)
Dossiers mondiaux
Revue électronique de l'USIA, volume 3, numéro 1, Avril
1998