Comment lutter contre la drogue
Robert Babbage

Certains disent qu'une victoire totale dans la lutte contre la drogue est peu probable mais une nouvelle étude nationale montre que les États remportent des batailles décisives dans ce domaine.

Cette étude, qui a été menée dans tous les États et territoires des États-Unis par le " Council of State Governments " (Conseil des gouvernements régionaux, CSG), établit que des programmes efficaces encouragent une coopération sans précédent entre les divers organes chargés de faire respecter la loi ; ils entravent aussi de façon mesurable le trafic de la drogue et posent des pièges aux trafiquants de drogue.

Chose plus importante encore, les États découvrent les éléments efficaces d'une stratégie générale qui réduit l'offre des drogues illicites, rend le trafic de la drogue moins profitable et encourage la prévention.

" Notre mandat n'est rien de moins qu'une mission de salut ", affirmait en mai 1998 M. Pedro Rossello, gouverneur de Porto Rico, devant l'équipe spéciale du CSG chargée de la lutte contre la drogue. M. Rossello a créé cette équipe, composée de personnalités officielles de toutes les régions des États-Unis, en sa qualité de président du CSG, et il a obtenu des succès remarquables.

Eliminer les profits

À Chicago, des unités spéciales de la brigade des stupéfiants mettent l'accent sur la saisie et la confiscation des profits de la drogue. De 1992 à 1997, huit unités composées de fonctionnaires fédéraux, des États et des gouvernements locaux ont saisi 16 millions de dollars, dont environ 3,4 millions rien qu'en 1997. Ces unités appuient les actions en justice engagées par les polices locales contre les narcorafiquants.

Le programme mis en œuvre à Chicago est financé par un don du Fonds fédéral Edward Byrne, dont l'objectif principal est de s'attaquer aux profits illicites. Un grand nombre d'États attribuent à ce Fonds le mérite de leur donner les moyens d'intensifier leur lutte contre la drogue.

Stopper l'entrée de la drogue

Le programme " High Intensity Drug Trafic Area  " (Région où le trafic de drogue est important, HIDTA) est un autre exemple de la coopération qui existe entre les autorités fédérales, les États et les gouvernements locaux. Financé par le gouvernement fédéral, ce programme encourage la coopération intergouvernementale dans le domaine du trafic de la drogue dans les régions où il constitue un problème majeur. David Knight, qui, à Metarie (Louisiane), dirige le bureau de l'HIDTA responsable de la région de la côte du golfe du Mexique, explique que les agents locaux, de l'État et fédéraux des brigades des stupéfiants ciblent les narcotrafiquants violents. Les fonds fédéraux permettent de donner aux agents une formation poussée et de les autoriser, au besoin, à faire des heures supplémentaires.

Les opérations de contrôle de véhicules menées dans le cadre de l'HIDTA dans la région de Bâton Rouge (Louisiane) permettent, chaque année, d'arrêter plusieurs centaines de trafiquants de drogue et de saisir des tonnes de drogues illicites. Selon le commandant Ed Kuhnert, de la police d'État, c'est parce qu'ils peuvent faire des heures supplémentaires qui sont rémunérées que ces opérations sont possibles. " Nous travaillons désormais sur des affaires que nous n'aurions pu suivre il y a cinq ou dix ans  ", dit-il.

Les initiatives semblables qui sont mises en œuvre aux quatre coins du pays sont aussi couronnées de succès. Les CRS du Dakota du Nord ont fait installer en bordure des autoroutes de l'État des panneaux prévenant les automobilistes de la proximité de patrouilles de police ou de barrages, afin de faire peur aux coupables et de rassurer les automobilistes respectueux des lois. En 1997, ces agents ont stoppé deux cent vingt et un automobiles, donné des avertissements à cent conducteurs et en ont arrêté cent dix-huit autres pour délit criminel.

Les responsables de l'HIDTA pour la région de Baltimore (Maryland) et de Washington (D.C.) analysent les bases de données des compagnies de téléphone de nombreux États pour tracer les communications téléphoniques que font des narcotrafiquants à des sources probables de drogue. Ces recherches ont permis de dépister des individus soupçonnés d'activités criminelles dans cette région ainsi qu'à New York, Los Angeles et Miami, et elles ont conduit à une intensification de la coopération entre les divers États dans le domaine de la lutte contre le trafic de la drogue.

À l'aéroport international de Porto Rico, la police se sert de la radiographie, de chiens spécialement entraînés et d'agents spéciaux dont le travail est financé par l'HIDTA pour saisir les stupéfiants se trouvant à bord d'avions de ligne ou de transport de fret.

L'État de Washington s'attaque au trafic croissant de méthamphétamines, drogue spécifiquement américaine. Depuis son entrée en activité, en 1996, une équipe spéciale de la police de l'État a presque doublé les saisies de laboratoires de méthamphétamines et arrêté de nombreux trafiquants. Selon le capitaine Daniel Davis, ce sont les crédits fédéraux qui ont permis ces saisies, et à son avis, des fonds supplémentaires de l'État permettraient d'étendre la portée de ce programme. Une loi de l'État entrée en vigueur en juin 1998 vise la production de méthamphétamines et est considérée comme un modèle pour les autres États.

La Garde nationale du Wisconsin met à la disposition d'autres États un C-26 pour appuyer leur lutte contre la drogue. Douze États ont utilisé cet avion pour obtenir des photos aériennes et des données thermographiques d'endroits soupçonnés de jouer un rôle dans le trafic des stupéfiants.

La Garde nationale de dix autres États met également des avions spécialisés et des bateaux de surveillance à la disposition des autorités responsables de la lutte contre la drogue. Le colonel Russ Erler, du Bureau de la Garde nationale de Washington, D.C., indique que le C-26 aide à détecter les activités liées à la marijuana ainsi que les laboratoires de méthamphétamines.

Si un trafiquant de l'État du Delaware s'attend à recevoir de la drogue par l'intermédiaire d'une messagerie privée comme " Federal Express " ou " United Parcel Service ", il risque fort d'avoir une surprise désagréable, car c'est probablement un policier qui lui livrera le colis attendu. La police de cet État finance en effet un programme ayant pour but d'identifier et d'intercepter de telles expéditions. Une fois identifiés, les colis de drogue sont remballés et livrés à leur destinataire par des officiers de police qui le placent alors en état d'arrestation.

Efforts préventifs

Les États ont recours à diverses méthodes pour réduire la demande de drogue.

En Oklahoma, les autorités s'efforcent de freiner l'abus de drogues licites prescrites par ordonnance en consignant celles-ci dans une base de données informatiques qui permet de suivre l'acheminement de tout médicament contenant des stupéfiants et couvert par une loi fédérale. Il s'agit de substances qui créent une dépendance, comme le Perdocan ou le Tylox. L'objectif est de dépister les gens qui se rendent chez de nombreux médecins pour se faire prescrire le même médicament, par exemple des analgésiques qui donnent souvent lieu à des abus. Le Bureau des stupéfiants de l'Oklahoma identifie les produits pharmaceutiques délivrés uniquement sur ordonnance qui semblent être détournés de leur usage médical. En 1997, une étude de l'université de l'Oklahoma a établi l'efficacité de ce programme lorsqu'il s'agit de décourager l'abus de stupéfiants.

Dans le Connecticut, un programme de prévention revêt la forme d'une campagne de vulgarisation. La brigade des stupéfiants de la police d'État finance un programme de conférences que donnent plus de cinq cents officiers de police. L'an dernier, ces derniers ont fait un millier d'exposés devant quelque cent vingt et un mille personnes .

Certains États visent les adolescents par leurs programmes de prévention. Les fonds fédéraux que reçoit l'Iowa lui permet de soumettre les jeunes délinquants à une surveillance intensive, de leur assurer une formation professionnelle, de leur faire suivre un traitement de désintoxication et de leur apprendre à vivre en société. Ce programme obtient de bons résultats. Une étude indépendante a établi que 64 % des délinquants qui suivaient le programme jusqu'au bout ne récidivaient pas alors qu'on enregistrait 24 % de récidive chez ceux qui ne le terminaient pas.

À Philadelphie (Pennsylvanie), le programme " Across Ages  " met des jeunes vulnérables en contact avec des personnes âgées qui leur apportent un soutien. En contre-partie, on encourage les jeunes à fournir des services aux personnes âgées de santé fragile. Andrea Taylor, directrice de " Across Ages ", affirme que cette coopération entre les générations donne de bons résultats. " C'est un modèle facile à reproduire, dit-elle. Il donne de l'espoir aux jeunes, chose que l'on ne fait pas en leur faisant la leçon. Les jeunes ont besoin de modèles. Toutes les études montrent que la présence d'un adulte influent leur est nécessaire. S'ils ne trouvent pas ce modèle dans leur famille, il y a des tas de braves gens dans la société qui peuvent jouer ce rôle auprès d'eux. "

C'est le " Centre de formation grâce à la coopération entre les générations " de l'Université Temple qui administre le programme " Across Ages " à l'aide de fonds fournis par une fondation, par la collectivité et par l'État. Une évaluation indépendante de ce programme confirme qu'il permet d'améliorer sensiblement l'attitude des élèves envers l'école, envers les personnes âgées et à l'égard de leur propre avenir. Ils sont mieux informés sur les stupéfiants et réagissent mieux lorsqu'ils sont confrontés à des situations dans lesquelles leur usage intervient.

Au collège de Winston-Salem (Caroline du Nord), William Hanon a créé le programme " All Stars " pour inciter les élèves à réfléchir à leur avenir et aux conséquences de leurs actes. Ce programme est suivi dans le cadre des cours d'hygiène. Il encourage les adolescents à parler ouvertement de leurs idées et de leurs rêves avec leurs parents. Ceux qui ont assimilé tous les éléments du programme reçoivent une bague ornée d'étoiles qui leur rappelle les engagements qu'ils ont pris, notamment à l'égard de la boisson, du tabac, des rapports sexuels et de l'abus des drogues.

À Cranston (Rhode Island), des équipes de jeunes ont conçu, avec l'aide de moniteurs adultes, des programmes sur la prévention de la toxicomanie qui sont offerts aux membres de leur communauté. Cela donne une occupation aux adolescents. Une évaluation indépendante montre que plus de 70 % des jeunes ayant participé à ce programme prennent part, l'année qui suit, à des activités de prévention basées dans la communauté.

Nombre d'États et de juridictions locales ont adopté un modèle de tribunal spécialisé dans les affaires de drogue qui ordonne une combinaison de traitement et de sanctions plus ou moins sévères pour les délinquants non violents et autres qui se portent volontaires pour ce programme. S'ils suivent le traitement jusqu'au bout, ils peuvent bénéficier, selon les cas, d'une remise de peine, d'un non-lieu, ou de peines moins rigoureuses.

D'après la juge Mary Noble, que le gouvernement a honorée à plusieurs reprises pour avoir créé, à Lexington (Kentucky), un tribunal de ce genre qui donne d'excellents résultats, ce concept " demande aux juges de faire davantage, et c'est payant ".

Elle souligne l'importance de la responsabilisation. " Les condamnés savent qu'ils subissent les conséquences de leurs actes. Des liens s'établissent entre le juge et les prévenus. Ils sont face à face chaque semaine. Personne ne s'est jamais autant occupé d'eux ", fait-elle remarquer.

Mme Noble insiste pour que les contrevenants aient un emploi ou étudient à plein temps, qu'ils participent aux activités de groupes de soutien agréés, voient régulièrement un conseiller, consignent quotidiennement leurs réflexions dans un journal et vivent dans un environnement stable. " Les contrôles antidrogue fréquents et fortuits revêtent une importance capitale ", dit-elle.

En recherchant des solutions générales et en perfectionnant les modèles sur la base de succès vérifiables, les États éliminent progressivement l'abus de la drogue.

(Robert Babbage est directeur associé principal de " InterSouth, Inc. ", société de consultants en gestion. Il a occupé le poste électif de vérificateur des comptes de l'État de 1988 à 1992 et celui de secrétaire d'État du Kentucky de 1992 à 1996. Il a récemment été principal chargé de recherche au CSG, dans les domaines de la justice et des sanctions pénales.)

Reproduit avec l'autorisation de STATE GOVERNMENT NEWS, décembre 1998. Copyright © 1998 by the Council of State Governments)