Mettre l'internet à la portée de l'Eurasie
Barry Ballow
Directeur du bureau des programmes d'échanges universitaires Bureau des affaires éducatives et culturelles
Département d'État des États-Unis
Le gouvernement des États-Unis encourage l'acquisition de connaissances liées à l'internet et à l'informatique parmi les populations eurasiatiques.
Depuis des dizaines d'années, le département d'État des États-Unis parraine des programmes d'échanges éducatifs et culturels en faveur de ressortissants du monde entier en vue de promouvoir la compréhension mutuelle. Cet organisme a toujours tenté, d'une façon ou d'une autre, de maintenir des liens avec les personnes qui ont participé à ce genre d'échanges. Dans le cas des participants originaires d'Eurasie, depuis l'établissement officiel, en 1995, d'un réseau de sites internet d'accès public dans l'ensemble de la région, c'est maintenant dans le cyberespace que ces efforts sont menés.
Outre l'accès à l'internet, cette initiative propose la conception de sites sur la toile, des cours de formation et des modules de télé-enseignement et elle encourage les activités via l'internet entre les anciens participants aux programmes d'échanges, le grand public et des homologues aux États-Unis. Elle s'appuie sur un réseau de professionnels, répartis dans 12 pays d'Eurasie, qui ont l'occasion de communiquer quotidiennement entre eux, d'échanger des plans de cours, de prendre part à des projets d'intérêt public et de mettre les habitants de ces pays en contact avec des ressources et des personnes aux États-Unis.
Un peu d'histoire
Le bureau des affaires éducatives et culturelles du département d'État (http://exchanges.state.gov) a créé le programme IATP (Internet Access and Training Program) en 1995 et a confié sa gestion fut confiée à deux organisations, à savoir le projet Harmonie, en Russie (http://www.projectharmony.org), et l'IREX (International Research and Exchanges Board), en Biélorussie, en Moldavie et en Ukraine ainsi que dans les pays du Caucase et d'Asie centrale (http://www.irex.org).
Les principaux objectifs de l'IATP consistent à mieux faire connaître l'internet pour encourager la libre circulation des informations et des idées par-delà les frontières nationales, à donner accès à l'internet aux anciens participants de programmes d'échanges ainsi qu'à des membres ciblés du grand public et à leur apprendre à naviguer l'internet et à accéder aux ressources sur la toile.
À ce jour, le bureau des affaires éducatives et culturelles a octroyé près de 30 millions de dollars à l'IATP en Eurasie, et les résultats sont spectaculaires. L'IATP y compte plus de 2.500.000 usagers ; il a facilité la création de plus de 6.000 sites internet et formé plus de 210.000 personnes. En outre, l'IATP a établi 79 centres d'accès libre dans 54 régions de la Russie et 140 sites au total en Biélorussie, en Moldavie, en Ukraine et dans les pays du Caucase et d'Asie centrale.
Le cas de la Russie
Dans le cadre du projet Harmonie, les responsables de l'IATP se sont employés à donner à la population locale les moyens de participer à la communauté mondiale de l'internet. Ils se sont attachés en particulier à former des responsables civiques, à faire maîtriser la technologie de l'internet et à faciliter l'apprentissage transculturel.
En vertu de l'IATP, 79 centres ont été établis aux quatre coins du territoire russe, notamment 41 dans des bibliothèques régionales, 22 dans des universités et 16 dans d'autres établissements. Chaque institution d'accueil fournit un coordonnateur pédagogique et un spécialiste technique. Tous les partenaires fournissent des locaux meublés et rénovés et ils couvrent les frais mensuels de l'abonnement au réseau internet, les salaires du personnel et les coûts des services publics et de la sécurité. L'un des objectifs essentiels des centres est d'assurer la pérennité du programme quand le soutien du gouvernement des États-Unis arrive à sa fin.
Le personnel de chaque centre propose aux anciens participants de programmes d'échanges de suivre des cours sur la conception de pages web ainsi qu'une formation thématique et il les encourage ensuite à transmettre leur savoir au grand public. Pendant au moins 20 heures par semaine, tous les centres sont ouverts aux anciens participants et aux membres du public qui veulent se connecter à l'internet ; en outre, ils réservent 20 heures de plus à la formation de divers groupes, notamment des employés d'ONG, des membres d'associations féminines, des handicapés et des orphelins. Quatre centres sont consacrés aux anciens participants et aux personnes handicapées. Beaucoup de bénéficiaires de ce programme font du travail bénévole dans leur collectivité et beaucoup ont acquis suffisamment de compétences en matière de conception de pages web pour trouver un emploi.
L'ambassade des États-Unis à Moscou coopère étroitement avec le projet Harmonie en vue d'administrer en Russie un programme intitulé « American Corners ». Mis en route il y a plus de trois ans sur l'initiative de M. James Collins, ancien ambassadeur des États-Unis en Russie, ce programme correspond à une version réduite et « high tech » des centres culturels et éducatifs américains qui existent dans d'autres régions du monde. Une grande partie de ses ressources se présentent sous forme de CD-Rom.
L'ambassade a poussé ce concept encore plus loin en créant le programme des consulats virtuels des États-Unis. Les consulats virtuels, qui mettent à la portée des personnes intéressées des informations relatives aux visas et les formulaires nécessaires via un site internet créé par l'ambassade, sont accessibles dans les centres IATP de plusieurs régions de Russie.
Cette année, l'IATP s'est doté de nouveaux éléments. L'un, en partenariat avec l'institut de la Banque mondiale, est l'environnement virtuel d'apprentissage (VLE), qui offre aux participants la possibilité de choisir entre plus de 25 cours de télé-enseignement.
Accessible gratuitement dans tous les centres IATP, le VLE propose des cours sur toutes sortes de sujets, dont l'art de prendre la parole en public, la gestion des ONG, la rédaction de curriculum vitae, la formation à l'encadrement, la gestion d'un conseil d'administration, la géométrie et la création de banques de données. Chaque cours en ligne, qui est assuré par un instructeur professionnel, accepte un maximum de 25 étudiants. En outre, un assistant étudie les notes et les techniques du formateur afin de pouvoir ultérieurement enseigner lui-même le cours.
L'IATP propose des activités de vulgarisation aux petites républiques de la Fédération de Russie. Par exemple, un projet mené dans la république de Mari-El a débouché sur la création d'un réseau éducatif de vaste portée et la formation d'une équipe de spécialistes des technologies de l'information. Les personnes qui ont participé au projet TEA (Teachers for Excellence) ou au projet PiE (Partners in Education) mettent actuellement en place une démarche du même genre dans la république de la Kalmykie, avec le généreux concours financier de son ministère de l'éducation. D'autres projets du même type ont été mis en œuvre dans la région de Samara et celle d'Irkoutsk.
L'IATP met à la disposition de tous les anciens participants aux programmes d'échanges 50 mégaoctets d'espace sur la toile pour qu'ils créent leur propre site et aient accès au courrier électronique. Comme on peut s'y attendre, le département d'État compte principalement sur cette forme de communication pour garder le contact avec eux et les tenir au courant des programmes d'assistance du gouvernement des États-Unis.
L'IATP dans les autres pays eurasiatiques
L'IREX administre plus de 140 centres IATP en Biélorussie, en Moldavie et en Ukraine ainsi que dans les pays du Caucase et d'Asie centrale, en étroite coopération avec l'ambassade des États-Unis dans ces pays.
L'IATP les a équipés d'ordinateurs, d'un serveur, d'une imprimante, d'un scanner, des câbles nécessaires et de systèmes d'appoint en cas de coupure de courant. En outre, l'IATP fournit un administrateur du site qui travaille souvent avec du personnel de l'institution partenaire. Normalement, ce sont les partenaires qui prennent à leur charge le coût des locaux, les rénovations, les services publics et la sécurité. Dans certains cas, les institutions partenaires fournissent le matériel informatique.
Ces centres offrent un programme de formation progressive (« Step-by-Step Training Program ») aux membres d'organisations ciblées, tels des groupes communautaires, des institutions éducatives, des bibliothèques et des ONG, après avoir identifié leurs besoins. Par le biais de ce programme, des écoles ont pu se procurer du matériel informatique et elles ont commencé à jouer elles-mêmes le rôle de formateur ; en outre, des associations de presse écrite ont créé des réseaux de courriel afin d'échanger des articles et des photographies.
Au Tadjikistan, ce même programme a permis de construire le premier site internet consacré à la lutte contre la tuberculose. Ce site est constamment mis à jour pour donner des informations d'actualité sur cette maladie et sa prévalence au Tadjikistan, et les médecins du pays qui la traitent y trouvent un forum apprécié.
À Spitak, en Arménie, le programme de formation progressive de l'IATP s'adresse à des jeunes qui apprennent à utiliser les systèmes d'exploitation Windows et Linux en vue de créer des sites personnels sur la toile. Les jeunes de Spitak proposent aujourd'hui un journal en ligne et une station de radio sur la toile ; ils participent à des groupes de conception de pages web et ils créent leurs propres animations. Certains d'entre eux sont même capables d'aider les formateurs de l'IATP un peu partout dans la région. Spitak peut aujourd'hui se targuer d'avoir un groupe de jeunes gens aux compétences pratiques très monnayables sur le marché du travail.
Le programme de formation mobile de l'IATP est étroitement aligné sur le programme de formation progressive. Comme son nom le suggère, il envoie des formateurs dans des organisations qui possèdent leurs propres ordinateurs afin d'aider les usagers à répondre à des besoins particuliers, telle la création d'une liste de publipostage.
L'IATP est le programme de formation à l'internet le plus vaste de la région, et tous ses centres se ressemblent. Ce qui permet un tel degré de normalisation, c'est que le personnel de chaque centre bénéficie d'emblée d'une formation, aussi bien dans le domaine de l'informatique et de l'internet que dans des sujets spécialisés, notamment les sciences de la documentation.
Dans beaucoup de villes, les anciens participants aux programmes d'échanges forment des conseils qui s'emploient avec des groupes communautaires à cerner les besoins de formation, à faire connaître les services de l'IATP et à organiser des ateliers visant à sensibiliser la population à divers sujets, dont la traite des personnes, le VIH/sida, et la culture et la vie aux États-Unis. Les anciens participants peuvent souvent partager les connaissances spécialisées qu'ils ont acquises dans le cadre de leurs études aux États-Unis, que ce soit dans le domaine scolaire ou professionnel. Par exemple, des membres du conseil de Ferghana, en Ouzbékistan, ont récemment enseigné des compétences informatiques à plus d'une soixantaine de spécialistes des sciences naturelles et de l'organisation communautaire.
En l'espace de huit ans, l'IATP a établi en Eurasie un réseau dynamique et croissant d'usagers de l'informatique et d'internautes en les reliant aussi bien entre eux qu'avec leurs homologues aux États-Unis et dans le reste du monde. Des emplois ont été créés, des connaissances acquises, des associations établies et la compréhension mutuelle renforcée - autant de signes de la valeur de la coopération dans un environnement de communications ouvertes et libres.
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