La diplomatie, clé de voûte de l'infrastructure de la santé publique


Le docteur Jack Chow

Sous-secrétaire d'État adjoint pour les questions sanitaires et scientifiques dans le monde Département d'État des États-Unis

ligne rouge

Aujourd'hui plus que jamais, la campagne engagée pour protéger l'homme de la pandémie mondiale de VIH/sida répond à un besoin pressant : confrontée à un lourd bilan - 40 millions de séropositifs et près de 3 millions de morts l'année dernière -, la communauté mondiale commence à prendre conscience de la nécessité qu'il y a d'opposer à la pandémie des actions tangibles et efficaces.

Les professionnels de la santé publique le savent bien : l'intégration des services de prévention, de traitement et d'assistance psychosociale se révèle essentielle pour tempérer les répercussions de la maladie sur la vie des gens au quotidien et prévenir la pandémie dans les régions et les communautés vulnérables. Une telle démarche s'articule autour de la nécessité d'établir, tant dans les pays durement touchés que dans les pays à risque, la capacité de prodiguer des soins et d'assurer des services essentiels. Ceci suppose la présence, en nombre suffisant, de professionnels dûment formés, d'hôpitaux, de dispensaires, de laboratoires, d'installations de recherche et d'équipement. Encore faut-il que toutes ces ressources opèrent en synergie de façon à garantir l'efficacité opérationnelle, la pérennité et la coordination générale. Enrayer la progression du VIH/sida est une tâche d'une telle complexité, compte tenu de l'ampleur de l'épidémie et de ses conséquences, qu'il devient de plus en plus nécessaire de disposer de données sanitaires et de systèmes de veille sanitaire, de savoir-faire logistique et de capacités de gestion.

Le gouvernement des États-Unis est le premier fournisseur d'assistance directe aux pays en développement en ce qui concerne l'élaboration de la capacité de leur système de santé. Plusieurs organismes américains, dont l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), le CDC (Centers for Disease Control and Prevention, centre fédéral d'épidémiologie) et le NIH (National Institutes of Health), appuient la formation de médecins, de chercheurs, d'épidémiologistes et d'autres professionnels de la santé dans leur pays d'origine, et ils apportent une assistance technique dans le cadre de l'établissement et du maintien des dispositifs en place.

Dans le domaine de la santé internationale, le rôle du département d'État consiste à promouvoir les objectifs et les intérêts des États-Unis tout en cherchant à rehausser le statut sanitaire de la communauté mondiale par le biais de la diplomatie. Face à la difficulté croissante qu'il y a d'inciter les pays à prendre des mesures contre le VIH/sida et d'autres maladies graves, le département d'État a créé le bureau des affaires sanitaires internationales (IHA, International Health Affairs) au sein de la division des affaires océanographiques, environnementales et scientifiques internationales (OES). Ce nouveau bureau, qui remplace le bureau des nouvelles maladies infectieuses, forme la clé de voûte de l'action du département d'État pour tout ce qui touche aux affaires sanitaires à l'échelle planétaire, sa mission étant notamment de lier et de coordonner les mesures prises par les gouvernements, les organisations non gouvernementales (ONG), les sociétés privées et les spécialistes de la santé.

L'IHA appuie trois objectifs fondamentaux de la lutte contre la pandémie de sida : mobiliser des ressources, exhorter les responsables nationaux à prendre des mesures efficaces et rallier l'opinion publique au principe de la solidarité vis-à-vis des malades et à celui des investissements dans la santé nationale.

Mobiliser les ressources

Les ressources sont indispensables pour construire une infrastructure de la santé publique et prodiguer des services essentiels aux personnes atteintes du VIH/sida. Le département d'État conduit actuellement des négociations qui visent à établir un nouveau fonds mondial afin de combattre le sida, la tuberculose et le paludisme. Celui-ci aurait pour tâche d'attirer, de gérer et de distribuer des ressources supplémentaires par le biais d'un nouveau partenariat entre les secteurs public et privé qui contribuerait de manière durable à réduire fortement les infections, les maladies et les décès imputables à ces trois maladies. Les partenariats qui seraient formés dans les pays durement touchés par le sida et les deux autres maladies, ou susceptibles de l'être, recevraient des fonds qui leur permettraient d'améliorer l'accès à la prévention, au traitement et aux soins ; de rehausser la formation des professionnels de la santé ; et de créer des programmes à base communautaire. Ces partenariats, qui seraient conclus entre des gouvernements, des ONG et des entités du secteur privé, auraient pour tâche de cerner les lacunes des systèmes de santé publique, d'y remédier et d'établir des dispositifs durables.

Sachant à quel point il est important d'empêcher la pandémie de VIH/sida de frapper une région aussi vaste et stratégique que l'Asie, l'IHA, par le biais du programme « Initiatives » de l'OES, a fait un don à l'University of Washington qui aidera cette institution à établir un « hyper-réseau » de surveillance régionale du VIH/sida en Asie. Le président Bush a rendu publique cette information lors du sommet du Forum de coopération économique Asie-Pacifique (Apec), qui a eu lieu en Chine en octobre 2001.

Mobiliser les responsables nationaux

Le département d'État s'emploie énergiquement à placer les questions de santé de portée mondiale, dont le VIH/sida, au premier plan de la diplomatie contemporaine. C'est grâce à son initiative que ce dossier figure à l'ordre du jour des grandes réunions diplomatiques, par exemple lors des rencontres au sommet États-Unis-Union européenne ou du G-8. En outre, il a activement participé aux réunions de la session spéciale de l'Assemblée générale de l'ONU sur le VIH/sida, de l'Apec, de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Anase), de la Communauté de développement de l'Afrique australe et de plusieurs autres entités.

En amenant les gouvernements et les personnalités capables d'influencer la société à comprendre, par des arguments persuasifs, qu'il est dans leur intérêt national de lutter contre le VIH/sida, le département d'État les incite à prendre des mesures efficaces et à opérer des choix judicieux à l'appui de leur politique nationale de santé. Que l'on se place dans la perspective des souffrances humaines ou dans celle des coûts économiques, nul, dans la communauté mondiale, ne peut se permettre d'ignorer la dévastation imminente de l'économie, de la stabilité, de la sécurité et du tissu social des pays. C'est l'engagement politique aux plus hauts échelons du gouvernement, comme dans toutes les institutions de la société, qui est l'élément déterminant pour enrayer cette épidémie.

Nos missions à l'étranger continueront de jouer un rôle vital dans la campagne livrée au VIH/sida. Avec plus de 250 postes diplomatiques et consulaires à travers le monde, dans lesquels sont affectés des agents publics dévoués et compétents qui assument des fonctions de conseiller politique, économique ou scientifique, ainsi que des attachés provenant du ministère de la santé et des affaires sociales et des professionnels de l'USAID, le département d'État se trouve exceptionnellement bien placé pour faire comprendre l'importance des questions sanitaires à la communauté mondiale. Il a d'ailleurs parrainé deux grandes conférences de chefs de mission en Afrique, l'une au Zimbabwe et l'autre au Kenya, sur le thème du VIH/sida et il envisage d'organiser prochainement d'autres conférences dans les régions où l'épidémie risque de s'aggraver.

Rallier l'opinion publique

Si elles ne jouissent pas du soutien direct des populations, les mesures nationales et internationales visant à enrayer cette pandémie sont vouées à l'échec. Une population bien informée constitue la première ligne de défense contre la propagation de cette maladie. Les gens doivent savoir les dispositions qu'ils peuvent prendre pour réduire le risque de se faire contaminer ou de propager l'infection. Ils doivent être sensibilisés aux ressources qui s'imposent pour créer l'infrastructure de santé publique et en assurer le maintien. Ils doivent comprendre comment on peut éliminer les craintes et les préjugés que suscite le VIH/sida.

Le département d'État est conscient de l'importance qu'il y a de se mettre à l'écoute des individus et de communiquer avec eux pour comprendre ce qu'il convient de faire à l'appui des besoins des pays en matière de santé publique. En ma qualité de sous-secrétaire adjoint pour les questions sanitaires et scientifiques, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec un grand nombre de personnes et de groupes qui s'intéressent à ces affaires de portée mondiale. Pour venir à bout des problèmes qui se font jour comme à ceux qui sont déjà bien ancrés, il faut impérativement nouer un dialogue avec les gens qui ont des idées novatrices et intéressantes. On m'a fait part de nombreuses suggestions sur les moyens qui permettraient aux États-Unis et à la communauté mondiale d'œuvrer de concert. Le personnel de l'IHA, le département d'État et moi-même continuerons de solliciter l'opinion de la population américaine et de la communauté internationale, dont nous invitons les commentaires, les critiques et les idées.

La mise en place d'une solide infrastructure de santé publique à l'échelon tant national qu'international, qui répond à un besoin durable, servira à combattre le VIH/sida aussi bien que d'autres maladies invalidantes. Plus la tâche devient complexe et intense, plus il devient évident que la diplomatie jouera un rôle crucial en vue de réunir les ressources, le soutien politique et l'appui des citoyens sans lesquels on ne saurait laisser de marques tangibles et durables. En sa qualité de premier organisme des États-Unis dans la sphère des affaires étrangères, le département d'État ne cessera de se distinguer en vue d'encourager l'adoption de mesures d'une échelle et d'une portée sans précédent.

ligne rouge