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De nouvelles technologies, de nouvelles voix

Patrick Butler

La nouvelle donne médiatique

SOMMAIRE
Avant-propos
De nouvelles technologies, de nouvelles voix
Du journalisme citoyen au contenu fourni par les utilisateurs
Le journaliste citoyen
Des gouvernements et des entreprises entravent la liberté d'expression sur l'Internet
Le dilemme de l'industrie de l'information
Les tribulations du journalisme en République de Géorgie
Les nouveaux médias et la conduite de la politique aux États-Unis
Les principaux sites consacrés aux actualités
Médias, nouveaux et anciens
Le groupe de travail sur la liberté mondiale de l'Internet
L'Internet au service des localités
Sites Internet (en anglais)
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À la suite de la diffusion sur Internet d'une vidéo montrant l'agression d'un conducteur d'un minibus par un policier égyptien, ce dernier, dénommé Islam Nabih, au centre sur la photo, a été reconnu coupable en novembre 2007. À la suite de la diffusion sur Internet d'une vidéo montrant l'agression d'un conducteur d'un minibus par un policier égyptien, ce dernier, dénommé Islam Nabih, au centre sur la photo, a été reconnu coupable en novembre 2007.
© AP Images/Amr Nabil

Les blogues, les vidéos en temps réel et les messages textes échangés à la vitesse de l'éclair sont de nouveaux moyens de communication dont l'utilisation s'est généralisée ces dernières années, avec d'inévitables adaptations. Leurs adeptes ont appliqué ces technologies de manière parfois inattendue pour atteindre des objectifs politiques. Les gouvernements essaient comme ils peuvent de trouver des parades, certains par le biais de la répression et d'autres par celui des réformes.

Patrick Butler est vice-président chargé des programmes au Centre international des journalistes (International Center for Journalists, ICFJ), organisation sans but lucratif située à Washington qui a pour mission de « promouvoir un journalisme de qualité dans le monde entier dans la conviction que la présence de médias indépendants et robustes joue un rôle crucial dans l'amélioration de la condition humaine  ».

Les vidéos sont granuleuses et floues, mais suffisamment claires pour faire frissonner d'effroi.

Dans l'une, un policier s'acharne sur un suspect qu'il frappe sans relâche au visage tandis que l'homme lève les bras pour se protéger, avant de s'écrouler au sol. Dans une autre, une femme en détention est suspendue au plafond, les pieds et les poings attachés à une barre de métal, et on l'entend pleurer et crier. Dans une troisième, la police rassemble des manifestants dans la rue, les frappant à coups de matraques pour les faire monter dans un véhicule.

Ces vidéos qui montrent des exemples de brutalité policière n'ont jamais été diffusées à la télévision en Égypte. Pour les voir, il faut consulter le blogue très populaire de Wael Abbas accessible sur le site Internet MisrDigital [http://misrdigital.blogspirit.com/].

Ces vidéos ont fait de l'effet, même dans un pays comme l'Égypte, où les seules personnes punies pour les sévices dévoilés par un journalisme courageux sont souvent les journalistes eux-mêmes. À cause de la diffusion de vidéos filmées à l'aide de téléphones-caméras par Wael Abbas et d'autres blogueurs, deux policiers ont, en novembre 2007, été condamnés à trois ans de prison pour avoir torturé le chauffeur d'un minibus au Caire. D'autres policiers sont en attente de procès pour d'autres cas de sévices.

Les reportages numériques

Online video

butler video

Bloguer pour la liberté

Wael Abbas, journaliste égyptien primé et auteur d'un blogue, est interviewé sur Al-Jazeera par Riz Khan en septembre 2007.

Publié avec l'autorisation du détenteur des droits.

Dans le monde entier, journalistes et amateurs se servent d'outils médiatiques numériques, tels l'Internet, les services d'envoi de messages courts (SMS) et les téléphones portables de petite taille munis d'une caméra vidéo, pour réunir et disséminer des informations selon des modalités impossibles à imaginer il y a seulement dix ans. La technologie - omniprésente même dans les pays pauvres - a pour double avantage non seulement de favoriser la libre circulation de l'information, mais aussi d'encourager les simples particuliers, qui se sentaient naguère impuissants, à promouvoir des changements dans leur société.

Dans bien des cas, comme celui de Wael Abbas, la libéralisation des flux d'information rendue possible par les nouvelles technologies incite les gouvernements à prendre des mesures dont ils se seraient précédemment abstenus. Si l'arrestation de policiers violents constitue un pas dans la bonne direction pour l'Égypte, il reste à voir si Wael Abbas et les autres blogueurs parviendront à pousser le gouvernement Moubarak à adopter des pratiques plus démocratiques. Comme d'autres pays qui ont vu des journalistes citoyens recourir avec audace aux nouvelles technologies pour lever le voile sur les abus ou organiser des protestations, l'Égypte a joué la carte de la répression et fait arrêter des journalistes et des blogueurs qui avaient disséminé des informations jugées injurieuses envers l'islam ou le gouvernement.

Dans la toute dernière affaire en date, les deux policiers ont été condamnés à une peine de prison à la suite de la diffusion d'une vidéo les montrant en train de sodomiser le conducteur du minibus à l'aide d'un bâton ; ils l'avaient arrêté quand celui-ci était intervenu dans une dispute entre son cousin et la police. D'autres policiers avaient filmé la scène avec leur téléphone portable, dans l'intention de montrer cette vidéo aux amis de cet homme pour l'humilier encore davantage.

Wael Abbas et d'autres blogueurs ont obtenu cette vidéo qu'ils ont diffusée, avec d'autres, pour mettre en évidence le caractère systémique des sévices infligés par la police. L'organisation égyptienne des droits de l'homme enregistre quelque 400 cas de torture infligée par la police chaque année, dont 20 % environ font l'objet de poursuites judiciaires, selon le Washington Post.

Wael Abbas a payé cher sa volonté de faire connaître au public des vidéos qui dénoncent les sévices infligés par la police, la fraude électorale, la corruption et le harcèlement des femmes dans la rue. Il a perdu son emploi de journaliste, a été arrêté et a été la cible de menaces, mais il continue de bloguer dans l'espoir de susciter des changements dans son pays.

L'organisation pour laquelle je travaille, l'International Center for Journalists, a récemment fait de Wael Abbas l'un des lauréats du prix Knight International Journalism de 2007. Il est le premier blogueur à être ainsi honoré - mais il ne sera certainement pas le dernier. L'autre titulaire du prix, May Thingyan Hein, fait du journalisme d'investigation en Birmanie, un autre pays où les nouveaux moyens de communication ont joué un rôle crucial dans la mobilisation de la population - reste à voir si ce nouveau militantisme aura un effet à long terme.

En Birmanie, où la technologie s'est révélée indispensable pour faire connaître les dernières nouvelles sur les protestations organisées contre le régime militaire entre août et septembre 2007, les gens ont utilisé des téléphones portables pour donner des informations sur les lieux de rencontre des manifestants et la façon d'éviter de se faire arrêter. À l'étranger, des photos et des vidéos, prises principalement à l'aide de portables munis d'une caméra et qui montraient les manifestations organisées par des moines bouddhistes ainsi que la réponse violente des autorités, ont été diffusées sur Internet ; la sensibilisation de l'opinion qui en a résulté a exercé une pression politique sur le régime militaire au pouvoir en Birmanie. Les informations de cette nature ne pouvaient provenir que de « journalistes citoyens » puisque les autorités birmanes avaient interdit l'accès du pays à tous les journalistes étrangers.

Également en Birmanie, le gouvernement a pris des mesures sévères, bloquant purement et simplement l'accès à l'Internet pour tenter de dissimuler les photos et les vidéos embarrassantes qui n'ont pas tardé à faire le tour du monde après avoir été envoyées par courrier électronique à des sites appartenant à des expatriés birmans. Les policiers se sont mis à confisquer les appareils photos et les téléphones portables dans la rue. Les gestes de cette nature sont possibles à court terme dans un pays placé sous l'entière autorité du gouvernement et isolé, comme l'est la Birmanie, mais il n'est pas dit que le gouvernement birman pourra museler l'information à long terme. La technologie dont dispose aujourd'hui le citoyen birman n'existait pas en 1988, à l'époque de la dernière répression sanglante, quand plus de 3.000 personnes ont trouvé la mort, en grande partie à l'insu du reste du monde.

La censure dans le cyberespace

Dans d'autres pays plus grands et moins isolés du monde extérieur, tels la Chine et l'Iran, les autorités ont davantage de mal à contrôler le partage des informations par le biais des nouvelles technologies. En 2006, Li Datong, éditeur d'un supplément à l'imposant Quotidien de la jeunesse de Chine, avait envoyé un mémo par courrier électronique à des personnalités clés dans lequel il dénonçait la décision prise par les autorités de réduire le salaire des journalistes dont les articles déplairaient de quelque façon que ce soit aux cadres du parti communiste. En l'espace de quelques minutes, ce mémo était affiché sur des sites Internet dans tout le pays. Les censeurs n'ont pas tardé à exiger le retrait du mémo, mais ils n'ont pas pu agir assez vite pour étouffer l'affaire. Li Datong a été licencié, mais le gouvernement a dû revenir sur sa malencontreuse décision.

Sur le plan du nombre des internautes, la Chine occupe le deuxième rang mondial, derrière les États-Unis, et les dirigeants chinois mènent un combat perdu d'avance en s'efforçant de contrôler le type d'informations auxquelles la population peut avoir accès sur l'Internet. C'est la Chine qui emprisonne le plus grand nombre de personnes au monde pour avoir affiché sur l'Internet des informations jugées inacceptables par les autorités ; selon l'association Reporters sans frontières, sur les 64 cyberdissidents au moins qui sont incarcérés dans le monde, 50 le sont en Chine.

« Les gouvernements sont de plus en plus nombreux à se rendre compte que l'Internet peut jouer un rôle clé dans le combat pour la démocratie et ils sont en train d'établir de nouveaux moyens de censure », constate cette association dans son Rapport 2007 sur l'état de la liberté de la presse dans le monde, ajoutant : « Les gouvernements de pays répressifs ciblent maintenant les blogueurs et les journalistes sur l'Internet avec la même fougue qu'ils déploient à l'encontre des journalistes des médias classiques.  »

Comme la Chine, l'Iran n'est pas en mesure d'exercer toute son autorité sur l'Internet, et le farsi figure maintenant parmi les dix langues les plus utilisées par les blogueurs. Le nombre de blogueurs iraniens atteindrait entre 70.000 et 100.000 et nombre d'entre eux écrivent des articles politiques que jamais les grands moyens d'information du pays n'accepteraient de publier. Les blogueurs iraniens changent fréquemment d'adresses et ils utilisent des services de réexpéditeurs anonymes pour contourner les restrictions imposées par les autorités.

Les blogues, les fichiers balados, les messages textes et les téléchargements de vidéos repoussent constamment les limites de la liberté d'expression et entraînent des changements fondamentaux en Iran, en Chine, en Birmanie et en Égypte, mais pas au point, jusqu'à présent, de provoquer la chute du gouvernement d'un de ces pays. C'est pourtant ce qu'ils ont réussi à faire ailleurs.

La démocratie du portable

Des manifestants libanais exigent le retrait des soldats syriens de leur pays lors de rassemblements populaires organisés en 2005 en partie par le biais de messages textes envoyés par téléphone portable. Des manifestants libanais exigent le retrait des soldats syriens de leur pays lors de rassemblements populaires organisés en 2005 en partie par le biais de messages textes envoyés par téléphone portable.
© AP Images/Hussein Malla

L'exemple le plus célèbre est celui des Philippines, où l'envoi de messages textes a facilité la mobilisation des citoyens, lesquels ont organisé d'importantes manifestations qui ont débouché sur la chute du président Joseph Estrada en 2001. Il avait échappé de justesse à la procédure de mise en accusation par le sénat, et ce malgré les preuves indiquant qu'il avait amassé par des moyens illicites 71 millions de dollars dans des comptes bancaires sous son contrôle. Joseph Estrada pensait avoir survécu à cette épreuve jusqu'au moment où des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre le vote du sénat. Les mots d'ordre « Va au 2 EDSA » (une avenue), « Habille-toi en noir, porte le deuil de la démocratie » et « ça va chauffer » avaient circulé par messages textes. Quand la Cour suprême a décrété que « le peuple avait parlé », Joseph Estrada a fini par accepter de démissionner.

Le Liban fournit un autre exemple, plus récent, de ce phénomène. Dans ce pays, un million de citoyens qui avaient reçu un message texte les enjoignant à se rassembler pour exiger la fin de l'opération militaire syrienne ont répondu présents à l'appel. Comme aux Philippines, leurs efforts ont été immédiatement couronnés de succès, 14.000 soldats syriens ayant quitté le pays après une occupation longue de 29 années. Pour autant, le succès à long terme du pouvoir citoyen demeure incertain ; la Syrie continue de faire sentir sa présence au Liban par le biais d'assassinats et d'attentats à la bombe, et le pays demeure fragile.

Il existe bien d'autres exemples de « démocratie du portable ». Des Koweitiennes ont organisé des rassemblements, par le truchement de messages textes, au cours desquels elles ont exigé le droit de voter et de briguer des postes électifs ; de jeunes Sud-Coréens « branchés » ont exhorté 800.000 personnes à se rendre aux urnes en organisant à la dernière minute une campagne de textos, et le candidat qu'ils soutenaient, Roh Moo Hyun, a remporté le scrutin avec une marge de victoire particulièrement mince ; des Chinois ont eu recours aux SMS pour mobiliser des grévistes et organiser des rassemblements antijaponais.

Tous ces exemples montrent la capacité qu'ont les nouvelles technologies de rassembler dans la rue des gens qui se sentaient naguère impuissants. Si l'Internet est un outil de mobilisation incontournable aux États-Unis, les téléphones portables et les messages textes jouent un rôle beaucoup plus important dans les pays en développement, où les gens sont peu nombreux à avoir accès à l'Internet, alors que beaucoup d'entre eux sont propriétaires d'un portable.

À cet égard, les États-Unis sont en fait largement à la traîne, même par rapport aux pays en développement. Récemment, au Botswana, j'ai dit à des étudiants que je voulais discuter avec des sociétés de télécommunications la possibilité de diffuser des bulletins d'actualités sur les téléphones portables. Un étudiant a sorti son téléphone et m'a demandé : « Vous voulez dire comme ça ? » Les gros titres d'un quotidien local se déroulaient sur l'écran de son téléphone, service disponible de longue date dans son pays. Les Africains qui vivent dans des endroits reculés où ils n'ont pas accès à la presse écrite se tiennent au courant des articles publiés en consultant leur téléphone portable.

Mises en garde et inquiétudes

Si les téléphones portables sont utilisés dans l'ensemble du monde en développement pour faire connaître l'actualité à des personnes qui n'ont pas d'autres moyens de se tenir au courant des nouvelles et pour rassembler des gens qui ont alors le sentiment de pouvoir agir et d'amener le changement dans leur pays, quel mal y a-t-il à cela ?

Les Koweitiennes expriment leur joie après la campagne qu'elles ont menée en 2005 pour obtenir le droit de vote. Au bout de quarante années d'efforts, elles ont eu gain de cause grâce au recours aux technologies de communication les plus modernes afin de mobiliser leurs partisans.
Les Koweitiennes expriment leur joie après la campagne qu'elles ont menée en 2005 pour obtenir le droit de vote. Au bout de quarante années d'efforts, elles ont eu gain de cause grâce au recours aux technologies de communication les plus modernes afin de mobiliser leurs partisans.
© AP Images/Gustavo Ferrari

D'aucuns craignent que la « démocratie du portable » n'évolue vers la « voyoucratie  ». Il est admirable que les Philippins aient réussi à mobiliser les foules à l'aide des nouvelles technologies pour faire tomber un président corrompu, mais qu'est-ce qui en empêcherait d'autres de se servir de ces mêmes moyens pour faire tomber un gouvernement démocratiquement élu qui mettrait en place des politiques impopulaires à court terme, mais salutaires pour le pays à long terme ?

De fait, ces mêmes technologies peuvent servir à des fins moins nobles que le changement démocratique. Au Timor oriental, des bandes de voyous et maraudeurs ont utilisé des services de messages textes pour organiser des soulèvements et échapper aux forces de maintien de la paix. On sait pertinemment qu'Al-Qaïda a recours aux techniques les plus modernes pour s'efforcer de faire replonger le monde dans le huitième siècle.

Les nouveaux outils médiatiques qui révèlent les abus tels ceux commis en Égypte et en Birmanie font l'objet d'autres préoccupations. Comment peut-on juger de la véracité des informations transmises par le biais d'un téléphone portable et envoyées, peut-être sous le couvert de l'anonymat, à un blogueur en Occident ? Comment peut-on être sûr que les images n'ont pas fait l'objet de manipulations numériques ? Peut-on se fier à des informations qui proviennent de militants et non de journalistes formés et impartiaux ?

Une grande partie du monde n'a jamais souscrit à l'idéal journalistique américain du journalisme « objectif  », selon lequel le point de vue du reporter ou de l'organe d'information ne peut pas être établi à partir de l'article ou du reportage. Mais plus les informations proviennent de sources ayant un engagement clair, et plus le principe de la présentation d'informations intégrales et équilibrées perd du terrain.

Ko Htike, blogueur birman basé à Londres, dit recevoir des messages, des photos et des vidéos provenant d'une dizaine de personnes de ses connaissances et qui lui sont envoyés à partir de cybercafés. Il ne doute pas de la véracité des informations qui lui sont envoyées, mais fait valoir que le régime birman a pris le train en marche et se met lui aussi à envoyer des courriers électroniques et des messages textes « bidons » pour faire circuler des informations mensongères sur les mesures de répression prises par l'armée.

Le site Mizzima News, géré par des exilés birmans à New-Dehli, affiche également des informations provenant de journalistes citoyens en Birmanie. Selon le Wall Street Journal, son rédacteur en chef, Soe Myint, reçoit des comptes rendus, des images et des vidéos de plus d'une centaine d'étudiants, militants et simples particuliers et la construction d'un système permettant de recevoir des informations de sources fiables de la part de la population a pris plusieurs années. « Ce n'est pas le travail d'une seule journée. Cela fait neuf ans que nous nous préparons. Les gens savent ce que nous faisons et comment nous contacter  », explique Soe Myint.

Un autre aspect dangereux de la « démocratie du portable  », c'est que les citoyens courent souvent de gros risques lorsqu'ils réunissent des informations. En Birmanie, l'une des premières victimes de l'agitation politique a été un photographe japonais qui prenait acte des protestations.

Les journalistes professionnels reçoivent souvent une formation spéciale avant d'aller couvrir des situations dangereuses (mais il faudrait que ce soit plus souvent encore) et ils peuvent compter sur le soutien de leur employeur s'ils sont blessés, kidnappés ou arrêtés ; les journalistes citoyens ne bénéficient pas d'une telle formation et ils ne sont soutenus par aucune organisation de presse. Les organes d'information qui publient le fruit de leurs travaux et qui, en fait, les invitent par le biais de leurs sites Internet à soumettre des contributions, ont-ils une part de responsabilité quand ces journalistes citoyens se font tuer, sont blessés ou sont arrêtés ? Le public en a-t-il une aussi ?

Affermir sa crédibilité

En Égypte, le lauréat du prix de l'ICFJ, Wael Abbas, a été la cible de nombreuses menaces et d'une campagne de détraction menée par les autorités. Des responsables du gouvernement l'ont accusé d'avoir des « antécédents criminels », d'être homosexuel et de s'être converti au christianisme. « Ils essayaient de me discréditer et de me faire perdre mon public », a-t-il déclaré dans une interview publiée sur le site du réseau de journalistes internationaux de l'ICFJ [www.ijnet.org].

Wael Abbas s'est vu décerner le prix Knight du journalisme international en 2007, en partie à cause de l'engagement qu'il a pris de fonder son blogue sur des comptes rendus solides et factuels, et pas simplement sur des opinions non documentées. En donnant aux Égyptiens un aperçu direct de ce qui se passe dans leur pays avec les moyens que lui fournissent les nouvelles technologies, il est convaincu de jouer un rôle que ni les journalistes classiques ni les simples particuliers ne pouvaient tenir auparavant.

« Je me suis concentré sur les images et les vidéos pour que personne ne puisse discréditer mon travail », déclare-t-il, avant d'ajouter qu'il s'exprime en arabe dans un style simple pour attirer les jeunes qui trouvent « barbant » les reportages faits en arabe classique par les médias traditionnels.

Stephen Franklin, du Chicago Tribune, l'un des journalistes à avoir intégré récemment le programme de bourses « Knight International Fellowship », travaille à former des journalistes en Égypte. C'est lui qui a proposé qu'un prix soit décerné à Wael Abbas. Tout chevronné qu'il soit dans le domaine des « médias grand public » classiques, Stephen Franklin a constaté que son efficacité était décuplée quand il travaillait avec Wael Abbas et d'autres blogueurs, lesquels jouissent d'un plus grand degré de liberté et exercent à de nombreux égards une influence plus grande sur leur société que celle des journaux, de la radio et de la télévision. Il a créé un guide à l'intention des blogueurs, « Les dix étapes du journalisme citoyen en temps réel  », qui aborde, entre autres, la question du contenu, du marketing et de la sécurité. (Ce guide peut être consulté sur le site de l'IJNet à www.ijnet.org.)

Wael Abbas est d'avis que lui et les autres blogueurs - comme les journalistes de la vieille école qui ont osé parler de ce genre de questions - ont aidé à convaincre les Égyptiens de participer activement aux efforts visant à faire bouger la société.

« À chaque fois qu'une injustice se produit, dit-il, ils se manifestent et ils parlent, alors qu'avant les gens avaient trop peur de dire quoi que ce soit.  »

La nouvelle donne médiatique

Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

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