« Se battre pour la paix » - Un nouveau paradigme pour la diplomatie publique
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Les défis auxquels nous sommes aujourd'hui confrontés aux quatre coins du monde exigent l'adoption d'un nouveau paradigme pour la diplomatie publique dans l'ère de l'après-guerre froide. Les moyens de communication et l'accès à l'information sont en mutation rapide dans le monde actuel et nos efforts diplomatiques doivent s'adapter à cette évolution. Quand les gens parlent de la guerre des idées du XXIe siècle, c'est souvent la guerre froide qu'ils prennent comme référence. C'était l'époque où des organes de radiodiffusion, tels la Voix de l'Amérique et Radio Free Europe, étaient lancés pour promouvoir les valeurs démocratiques en faisant passer des informations et des idées derrière le rideau de fer. Mais, en matière de communications, l'environnement a considérablement changé. Quand j'ai commencé ma carrière à la télévision vers le milieu des années 1970, dans la région de Dallas-Fort Worth (Texas), l'une de mes premières responsabilités, en tant que stagiaire dans une station de télévision, consistait à faire le trajet en voiture de Dallas vers Fort Worth et à m'arrêter à mi-chemin sur l'autoroute où je devais rencontrer une personne qui avait fait le même trajet en sens inverse pour me donner une pellicule destinée à être développée à temps en vue des actualités à présenter le soir. En l'espace d'un an, cette façon de procéder n'avait plus de sens parce que nous étions passés à l'ère numérique et électronique. Lorsque j'étais directrice des communications pour la campagne présidentielle du président Bush en 2000, je n'avais pas de Blackberry. En 2004, il ne me serait pas venu à l'idée de prendre part à une campagne électorale sans en avoir un en poche. La technologie a évolué, et le paysage politique aussi. Pendant la guerre froide, nous cherchions principalement à faire passer des informations dans des sociétés essentiellement fermées et dont la population avait soif de nouvelles. Aujourd'hui, dans un environnement où les moyens de communications foisonnent, nous devons nous battre pour conquérir des auditeurs. Aujourd'hui, les États-Unis doivent disputer le terrain à d'autres pour se faire remarquer et s'imposer par leur crédibilité. Nous devons atteindre les petits-enfants de la génération de la Seconde Guerre mondiale ainsi que leurs enfants. Parfois, les gouvernements ont du mal à suivre la cadence de ces mutations spectaculaires, mais une nouvelle architecture de la diplomatie publique des États-Unis se met en place, doucement mais sûrement. La diplomatie publique d'aujourd'hui doit être rapide ; elle doit être mondiale ; elle doit être multimédias ; elle doit être centrée sur l'individu ; et elle doit s'inscrire dans le cadre d'un effort d'équipe parce que nous avons tous pour mission de peindre la tapisserie très complexe qu'est l'image de l'Amérique à travers le monde. Je me propose de décrire ce nouveau paradigme diplomatique, que j'appelle « se battre pour la paix » : il s'agit de tendre la main au reste du monde dans un esprit de respect et de partenariat. Trois priorités stratégiques Trois priorités stratégiques guident tous nos programmes de diplomatie publique : En premier lieu, l'Amérique doit continuer d'offrir aux peuples du monde entier la vision positive de l'espoir qui est enracinée dans nos valeurs les plus profondes, ainsi que notre foi dans la liberté, la justice, les occasions de réussir et le respect pour tous. À la question « À quoi pensez-vous quand vous pensez à l'Amérique ? » qu'on lui posait, un jeune Marocain a répondu : « Pour moi, l'Amérique représente l'espoir d'une vie meilleure. » Notre pays doit demeurer ce rayon d'espoir.
Notre deuxième impératif stratégique consiste à isoler et à marginaliser les extrémistes violents qui menacent le monde civilisé et à confronter leur idéologie de tyrannie et de haine. Nous devons saper les efforts qu'ils déploient pour dépeindre l'Occident comme étant en guerre contre l'islam parce que ce n'est tout bonnement pas le cas. L'islam, religion mondiale, fait aussi partie de l'Occident et c'est également une composante importante de l'Amérique. En ma qualité de représentante officielle du gouvernement, je représente quelque sept millions de musulmans américains qui vivent, qui travaillent et qui pratiquent leur culte en toute liberté dans notre noble pays. Ce que j'essaie de faire, entre autres choses, c'est de leur donner la parole et de manifester du respect pour les civilisations musulmanes et leurs contributions. Dans bien des cas, la chose la plus importante à faire pour améliorer des liens, c'est montrer que nous respectons les apports et les cultures des autres. C'est pour cette raison que je consacre une grande partie de mon temps, en ma qualité de sous-secrétaire d'État, à nouer des contacts avec la population musulmane des États-Unis parce qu'elle est pour moi un pont important vers les communautés musulmanes du monde entier. Nous encourageons par ailleurs le dialogue œcuménique. Il est d'une importance vitale que nous rassemblions des gens de diverses confessions en vue d'encourager le dialogue et la compréhension. Nous avons organisé de multiples programmes au département d'État afin de mettre en contact des fidèles de diverses religions pour qu'ils parlent de ce qu'ils ont en commun, de ce qu'ils croient, et pour qu'ils partagent leurs connaissances avec nos employés qui s'apprêtent à partir travailler à l'étranger. Notre troisième impératif stratégique consiste à encourager un sentiment d'intérêts communs et de valeurs communes entre les Américains et les peuples des divers pays et cultures du monde entier. Voilà ce que nous cherchons à accomplir par le biais de notre diplomatique publique : nourrir le sentiment que les Américains et les peuples des autres pays, cultures et religions ont beaucoup plus de points en commun que de différences. La portée de la diplomatie publique à l'étranger La diplomatie publique de l'Amérique a pour ambition d'atteindre les quatre coins du monde. Autrement dit, il faut non seulement diffuser des actualités, mais aussi fournir des livres en arabe aux petits Jordaniens. Il faut parler aux internautes dans les forums de discussion aussi bien qu'aux hauts fonctionnaires de leur pays. Il faut faire venir beaucoup plus d'étudiants aux États-Unis et enseigner aux femmes du Moyen-Orient les compétences dont elles ont besoin pour créer leurs propres entreprises. Il faut mettre les navires-hôpitaux américains à la disposition des victimes du tsunami en Asie du Sud-Est qui ont besoin d'interventions chirurgicales urgentes. Notre pays étend ses activités visant le rapprochement de nombreuses façons et, pourtant, cet élargissement se produit si progressivement et contient tant d'éléments qu'il n'est pas perçu comme le paradigme de l'après-guerre froide qu'il est réellement. À travers le monde, peu de gens saisissent l'ampleur de ces activités, de cette « diplomatie des actes » à laquelle se livrent les États-Unis aux quatre coins du monde. Dans le monde entier, l'Amérique nourrit les pauvres, instruit les analphabètes, soigne les malades, réagit aux catastrophes. En fait, les États-Unis participent à tellement de projets de développement différents que souvent on ne leur en attribue plus le mérite. S'il est compréhensible que le monde braque ses regards sur le besoin pressant de résoudre le conflit en Irak, il importe également de rappeler au monde entier que les États-Unis « se battent pour la paix » à travers le monde. La diplomatie des actes figure au centre de nos efforts. Nos actes ont une importance égale à celle de nos paroles. Notre diplomatie des actes fait savoir que le peuple américain éprouve une vive sollicitude pour le bien-être des habitants d'autres pays. Les Américains se tournent vers ceux qui sont dans le besoin parce que c'est dans leur nature et que leurs convictions les poussent à agir ainsi. C'est parce que nous sommes convaincus que tous les hommes sont égaux et que chaque personne est unique et précieuse que nous partageons avec les autres. De nos jours, la compassion des Américains se concrétise dans le monde entier comme jamais auparavant : Les États-Unis sont de loin le plus gros donateur d'aide au Darfour et ils fournissent plus de la moitié de l'aide alimentaire d'urgence qui cible cette région sinistrée.
Les États-Unis sont le plus gros donateur bilatéral pour le peuple palestinien, auquel ils ont alloué 234 millions de dollars en 2006 par le biais d'organisations non gouvernementales (ONG). Ce sont les Américains qui ont été les plus généreux envers les musulmans affectés par le tsunami en Indonésie et le tremblement de terre au Pakistan. Les États-Unis donnent l'exemple au reste du monde en ce qui concerne la lutte contre le VIH/sida, leur concours financier se chiffrant à plus de la moitié de tout le financement bilatéral mondial à ce titre. C'est nous qui sommes le plus gros donateur au Programme alimentaire mondial de l'ONU, ayant fourni 4,83 milliards de dollars en aide alimentaire depuis 2003. Le Compte du millénaire a approuvé près de 3 milliards de dollars pour faire reculer la pauvreté en appuyant une croissance économique soutenue dans 25 des pays les plus pauvres de la planète. Les programmes qui visent à aider directement les gens illustrent les valeurs américaines d'une façon concrète qui touche directement les gens, indépendamment de leur nationalité ou de leur religion. Je me suis entretenue avec des femmes qui ont bénéficié de nos programmes d'alphabétisation au Maroc et qui ont exprimé leur gratitude parce que, pour la première fois de leur vie, elles pouvaient poster une lettre, surveiller les devoirs de leurs enfants et lire les étiquettes sur les produits alimentaires qu'elles servaient à leur famille. Ces témoignages ne correspondent peut-être pas à l'image traditionnelle que l'on se fait de l'art de gouverner, mais les réalités du monde d'aujourd'hui exigent que la diplomatie moderne ait un visage plus humain. De nos jours, nos diplomates doivent penser à gagner à leur cause non seulement les responsables des gouvernements mais aussi la population à laquelle ils doivent rendre des comptes en dernier ressort. Dès lors, nous cherchons à nouer des contacts de diverses façons et à un niveau plus personnel. Un nouvel accent est mis sur les programmes dont bénéficient directement des individus. C'est le cas, par exemple, des micro-prêts destinés à aider les femmes à créer leur petite entreprise et des cours d'été pour apprendre l'anglais aux jeunes. Le nouveau modèle de la diplomatie Le nouveau modèle de la diplomatie nécessitera une plus grande souplesse en matière d'utilisation des locaux des ambassades, car il faut concilier les besoins en matière de sécurité et d'accès du public à d'autres éléments, notamment aux programmes d'information. C'est déjà ce qui se passe dans les bureaux que nous avons installés dans les villes secondaires des grands pays, et que nous avons baptisés « American Presence Posts », leur rôle essentiel étant le travail visant le rapprochement. En outre, nous établissons davantage d' « American Corners », qui sont principalement des salles de lecture, généralement aménagées dans les bibliothèques publiques. De plus en plus souvent, nous avons recours à la technologie pour « franchir les murs » et nous adresser directement aux populations. Par exemple : Les pages sur Internet visent des régions précises. Les discussions en ligne avec de hauts fonctionnaires des États-Unis expliquent la réglementation en matière de visas ou des questions de politique générale. Des messages textes sont envoyés par téléphone portable à d'anciens participants à des programmes d'échanges ou à des journalistes. Des discours enregistrés sur bande vidéo et des émissions sur divers projets peuvent passer en podcast dans le monde entier. Il est impératif que nous atteignions les jeunes par le biais des médias qu'ils préfèrent avant qu'ils n'aient des idées bien arrêtées. C'est pour cette raison que nous mettons des caméras de télévision entre les mains des étudiants qui participent à nos programmes d'échanges : leur expérience peut ainsi être consignée dans le phénomène YouTube. Les programmes d'échanges Les programmes d'échanges constituent notre outil de diplomatie publique le plus efficace des cinquante dernières années. Quiconque a participé à un programme d'échanges dit que sa vie a changé à tout jamais. Et quelle meilleure façon de raconter l'histoire de l'Amérique que de faire venir des jeunes dans notre pays et de les laisser y découvrir notre façon de vivre ? Nous multiplions les programmes d'échanges de toutes sortes et nous cherchons activement à recruter davantage d'étudiants pour les faire venir aux États-Unis afin qu'ils fassent l'expérience de notre pays par eux-mêmes et qu'ils se forgent leur propre opinion. Nous sommes aussi en train de redonner du souffle à nos programmes culturels, qui sont un autre moyen efficace pour communiquer nos valeurs. Le financement de la diplomatie culturelle a plus que triplé depuis 2001. Outre les expositions artistiques, les récitals et les causeries littéraires, nous utilisons la diplomatie culturelle de nouvelles façons. Notre bureau des affaires publiques au Népal, par exemple, a conclu un partenariat avec des ONG en vue de présenter un concert de rock conjugué à la grande initiative « Rock the Vote » qui vise à encourager les jeunes à s'inscrire sur les listes électorales. Et comme nous sommes convaincus que la liberté d'expression est un élément essentiel d'une société tolérante et interconnectée, nous avons formé des partenariats avec des écoles de journalisme et avec l'institut Aspen afin d'appuyer la formation professionnelle de journalistes du monde entier. Nous accordons une place privilégiée à la diplomatie publique dans des domaines qui touchent directement l'existence des gens, en particulier en ce qui concerne l'éducation et la santé. De nos jours, nos programmes éducatifs vont de l'octroi de bourses pour la formation d'enseignants du Moyen-Orient à des stages d'immersion en anglais au profit de jeunes Russes. Nous donnons des cours de langue dans 90 pays environ, souvent le premier pas vers la compréhension mutuelle. La fourniture de soins médicaux dans un souci de compassion est l'un des moyens les plus efficaces de démontrer la bonne volonté des Américains. En vertu de l'initiative du président sur le paludisme, par exemple, quinze pays d'Afrique parmi les plus touchés bénéficieront de notre savoir-faire et de 1,5 milliard de dollars pour prévenir cette maladie. Le fait que nous cherchions à aider et à autonomiser les femmes est une autre caractéristique de la nouvelle forme de notre diplomatie publique qui diffère de celle pratiquée lors des générations précédentes. Il sera essentiel au rayonnement de la démocratie de promouvoir l'éducation des femmes et des filles : les femmes qui savent lire peuvent prendre des décisions par elles-mêmes, gérer leurs entreprises et garder leur famille en meilleure santé. C'est pour cette raison que nous multiplions les bourses d'études à l'intention des fillettes, notamment en Afrique ; les cours d'alphabétisation destinés aux femmes au Moyen-Orient et en Amérique latine ; et les programmes portant sur l'octroi de petits dons au profit de femmes du monde entier. Émissaires citoyens De plus en plus souvent, nos concitoyens deviennent nos émissaires. Nous avons envoyé au Moyen-Orient plusieurs délégations de musulmans américains en tant qu'émissaires. Ce programme est né d'une conversation que j'ai eue un jour avec une Turque qui se sentait isolée dans sa communauté musulmane en Allemagne. Je lui ai demandé si je pouvais rendre visite à sa communauté et rencontrer des gens. Elle m'a répondu, très brusquement, par la négative. « Rencontrer des représentants de notre propre gouvernement ne nous intéresse pas. Pourquoi aurions-nous envie de rencontrer ceux de votre gouvernement ? », a-t-elle ajouté. « Est-ce que je pourrais vous envoyer des citoyens américains qui sont musulmans ? », lui ai-je alors demandé. Elle a hoché de la tête et répondu par l'affirmative, disant ce que ce serait formidable. À la suite de cette conversation, nous avons récemment mis en route un programme baptisé « Citizen Dialogue » dans le cadre duquel nous envoyons des Américains de confession musulmane dans des communautés musulmanes à l'étranger pour qu'ils y nouent un dialogue. Celles-ci ont besoin d'entendre la voix des musulmans américains, et nous autres, Américains, avons besoin d'entendre ce que les autres cultures et les autres peuples ont à dire. La diplomatie publique de demain et l'ambassade de demain doivent être axées sur l'individu. Comme l'a dit l'ancien directeur de l'Agence d'information des États-Unis, M. Edward Murrow, c'est le dernier mètre qui constitue la partie la plus importante de la diplomatie publique. C'est ce contact direct entre individus qui compte souvent le plus. Il faut communiquer avec les gens en établissant des contacts personnels pour leur expliquer directement les éléments de notre politique. Pour reprendre les propos de la secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice, notre objectif doit être d'avoir un dialogue, et non pas un monologue. |
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