La lutte contre la criminalité internationale
Anne Patterson
| |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
Les narcotrafiquants internationaux, les agissements des groupes criminels organisés transnationaux et des groupes terroristes et l'absence d'une règle de droit institutionnalisée sont autant de menaces qui pèsent sur les Américains chez eux, sur les intérêts des États-Unis à l'étranger et sur les alliés de ce pays aux quatre coins du monde. Aucun pays ou société n'est à l'abri et la lutte contre ces menaces est un élément essentiel des autres objectifs communs tout aussi importants que sont la sécurité, la santé publique, le développement économique et, surtout, la généralisation de la vraie démocratie et du respect des droits de l'homme. Grâce aux fonds que le Congrès des États-Unis a alloués au Bureau du département d'État chargé des questions liées à la lutte internationale contre les stupéfiants et à l'application de la loi (INL), nous avons mis en œuvre des programmes d'une valeur de plus de 2 milliards de dollars, géré tout un éventail de programmes dans plus de 100 pays et participé aux initiatives régionales et mondiales en vue de lutter contre les cultures illicites, le trafic et la consommation de drogues et fourni des appuis aux institutions des pays hôtes Les programmes de l'INL portent également sur le renforcement des capacités institutionnelles des forces de police et de l'appareil sous-tendant la justice criminelle dans les démocraties émergentes de par le monde, créant ainsi tout un réseau de partenaires en matière de lutte contre la criminalité internationale organisée. La majeure partie de l'aide extérieure est allouée dans ce domaine par l'entremise de deux programmes administrés par l'INL : l'Initiative de lutte contre la drogue dans les Andes (ACI), qui porte sur plusieurs années, et l'application, en collaboration avec nos partenaires internationaux, de la politique et des programmes qui visent à juguler le trafic de la drogue en Afghanistan et à instaurer l'état de droit dans ce pays ainsi qu'en Irak. La lutte contre les précurseurs chimiques des stupéfiants et contre les stimulants de type amphétamines est le troisième grand domaine d'activité de l'INL, en riposte au problème mondial de l'addiction aux amphétamines qui se répand à une vitesse alarmante. Soucieux de lutter contre la toxicomanie sur tous les fronts, l'INL s'emploie également à réduire la demande.
L'Initiative de lutte contre la drogue dans les Andes Pratiquement toute la cocaïne du monde ainsi que la majorité de l'héroïne illicite introduite aux États-Unis proviennent de la région andine. L'ACI, programme de portée régionale visant à réduire la production et le trafic de ces deux drogues, cible la Colombie, le Pérou, la Bolivie, l'Equateur, le Brésil, le Panama et le Venezuela. Un facteur qui vient compliquer la lutte antidrogue est la relation symbiotique qui unit les narcotrafiquants et les organisations terroristes internationales, qui sont parvenues à prendre le contrôle de certains territoires au sein de nations souveraines qui s'efforcent de généraliser la primauté du droit. Malgré ces graves problèmes, des progrès notables ont été réalisés. Pour réussir dans cette entreprise, il faut judicieusement doser la sensibilisation aux dangers de la drogue, l'élimination des cultures illicites de plantes psychotropes, les mesures d'interdiction, l'application des lois, la prévention et les traitements, et aussi apporter des moyens d'existence de substitution aux anciens cultivateurs de coca réformés. L'expérience montre que les programmes qui portent sur la fourniture de nouveaux moyens d'existence s'avèrent les plus efficaces lorsqu'ils s'accompagnent d'un vigoureux effort d'élimination, tant forcée que volontaire. Ces dernières années, les États-Unis ont alloué près de 280 millions de dollars d'aide aux fins d'un développement reposant sur des solutions de remplacement rien qu'en Colombie, pays qui produit 90 % de la cocaïne introduite aux États-Unis. Au milieu des années 1990, la Colombie était sur le point de succomber à une campagne de violence menée par les cartels de la drogue et les groupes terroristes, dont certains se livraient également au trafic de la drogue. La production de cocaïne s'est stabilisée ces dernières années ; la violence politique a diminué ; la sécurité publique s'est améliorée ; et l'économie colombienne a connu une reprise telle que la Banque mondiale l'a récemment décrite comme offrant un climat propice à l'investissement, ce qui constitue pour le pays un remarquable redressement. La guerre n'est cependant pas finie, tant s'en faut. Bien que les estimations des Nations unies indiquent que la Colombie, le Pérou et la Bolivie ont réduit leurs cultures de coca ces cinq dernières années, les pays andins doivent redoubler d'efforts pour parvenir à une réduction permanente des cultures illicites dans la région. Les tendances récentes, tout particulièrement en Bolivie, indiquent que les succès remportés pourraient être remis en cause. Les États-Unis s'opposent aux efforts du gouvernement Morales visant à trouver des usages dit commerciaux pour la cocaïne illicite, ce qui va à l'encontre des engagements pris par la Bolivie au titre des grandes conventions des Nations unies en matière de lutte contre la drogue. Nous craignons fort qu'un accroissement de la culture du coca ne se traduise par un accroissement inévitable de la production de cocaïne.
Maîtrise de la production du pavot à opium et de l'héroïne en Afghanistan L'Afghanistan est le premier producteur mondial d'opiacés illicites, avec près de 92 % de la production mondiale ; sa production a atteint, pour 2006, une valeur à l'exportation estimée à 3,1 milliards de dollars, soit près de 50 % de son PIB. La valeur dans la rue de l'héroïne et de l'opium est, à l'évidence, considérablement multipliée par rapport à ce chiffre. Le problème de l'opium afghan est bien plus qu'un problème de stupéfiants pour nous et pour la région. Comme en Colombie, la culture, la production et le trafic des opiacés ont une influence déstabilisatrice, influence particulièrement dangereuse dans une démocratie émergente comme l'Afghanistan, un pays à la stabilité précaire. Le maintien du soutien à la lutte contre la drogue en Afghanistan est une composante essentielle de la politique américaine et internationale dans le pays ; il est directement lié au succès du développement économique de la nation, de l'instauration de l'état de droit et de processus démocratiques, et de l'opposition à une résurgence des talibans susceptible de provoquer une grave déstabilisation régionale.
En décembre 2005, le gouvernement afghan a jeté les bases juridiques de la lutte contre les drogues illicites en adoptant une loi générale anti-drogue. Cette loi criminalise toutes les formes de trafic des stupéfiants et prévoit des sanctions pour de nombreux délits en rapport avec les stupéfiants, tels que le blanchiment d'argent, la corruption et les délits accompagnés de violence. Elle établit également un cadre juridique approprié pour les procédures modernes d'enquêtes et de poursuites judiciaires que nécessite la lutte contre le trafic des stupéfiants en Afghanistan. L'application de la loi exige une collaboration sans précédent de nos partenaires internationaux et du gouvernement afghan aux fins de la mise en œuvre et du perfectionnement d'une stratégie reposant sur cinq piliers : 1) une diffusion efficace de l'information auprès du public ; 2) des moyens d'existence de substitution pour offrir des alternatives économiques à la culture du pavot ; 3) une réforme de la police et de la justice pour appuyer les efforts afghans aux stades de l'appréhension, des poursuites et du châtiment des trafiquants et des fonctionnaires jugés coupables de corruption ; 4) des mesures de répression policière ; et 5) l'éradication de la culture du pavot, avec notamment une composante dissuasive avant la plantation. La gravité du problème du pavot à opium en Afghanistan est telle que sa résolution exige un engagement à long terme de la part de toute la communauté internationale. État de droit en Irak Notre programme relatif à la justice pénale en Irak continue d'appuyer la création des institutions policières, judiciaires et correctionnelles qui soutiennent l'état de droit et la gouvernance démocratique dans ce pays. Durant l'automne 2003, l'INL a établi une académie de police près d'Amman (Jordanie), le Centre international de formation de la police de Jordanie (JIPTC), qui fait appel à une soixantaine de formateurs ressortissants de 16 pays. Depuis sa fondation, plus de 15.600 recrues y ont reçu la quasi-totalité de leur formation. Des formateurs financés par l'INL ont également joué un rôle clé pour accroître les programmes de formation dans des locaux réaménagés du ministère de la défense à Bagdad et dans 12 centres régionaux construits par l'INL qui ont formé plus de 14.000 officiers de police. Outre la formation de nouvelles recrues, l'INL a également dispensé une formation pour la transition et l'intégration de quelque 34.000 officiers de police en poste, dont beaucoup ne possédaient pratiquement pas de connaissances professionnelles ou des connaissances dépassées. Un autre groupe de 12.000 officiers de police a bénéficié d'une formation avancée et spécialisée. Dans le cadre du suivi nécessaire à assurer sur le terrain, l'INL a affecté en Irak 500 conseillers et moniteurs de police, mais leur intervention pratique a été limitée par les problèmes de sécurité. Dans le secteur de la justice, l'INL a dispensé une formation à 175 juges et a apporté son aide à la réouverture du Tribunal pénal central de l'Irak, où sont aujourd'hui jugées les affaires de terrorisme. Enfin, les conseillers américains ont fourni une formation de base à plus de 2.000 gardiens de prisons et ils fournissent une formation sur le tas dans divers établissements pénitentiaires dispersés dans tout le pays. Lutte contre les drogues de synthèse Les Nations unies ainsi que d'autres sources fiables signalent que la consommation de métamphétamines et de substances toxiques analogues, telles que l'ecstasy, constitue un problème d'une ampleur croissante dans le monde entier, y compris aux États-Unis. Ce fait a incité le Bureau de la Maison-Blanche chargé de la politique nationale en matière de lutte contre la drogue (ONDCP) à lancer cette initiative novatrice qu'est la Stratégie américaine de lutte contre les drogues de synthèse. En mars 2006, l'INL a œuvré avec la Commission sur les stupéfiants des Nations unies pour que cet organisme adopte une résolution conçue pour améliorer la surveillance internationale des précurseurs clés employés dans la production des drogues de synthèse et pour prévenir leur emploi détourné à des fins illicites. Le même mois, le Congrès a adopté le projet de loi en faveur de la lutte contre l'épidémie de métamphétamines, qui renforce la surveillance par les États-Unis des flux internationaux de précurseurs clés et des grands exportateurs et importateurs de ces produits. La simplicité relative de la production de métamphétamines, ainsi que les larges marges bénéficiaires dont elle est assortie, rend cette drogue débilitante particulièrement séduisante pour les associations de criminels. L'INL collabore avec de nombreux pays pour les aider à exercer des contrôles sur les produits chimiques qui entrent dans la fabrication de ces substances toxiques. Notre collaboration dans ce domaine important est particulièrement bonne avec nos voisins immédiats, le Canada et le Mexique. Réduction de la demande Si la plupart des efforts portent sur la réduction de l'offre, l'INL œuvre également avec des gouvernements étrangers et des organisations privées pour les aider à faire face au problème de la toxicomanie, problème qui connaît une croissance rapide dans des pays qui se considéraient jusqu'alors comme essentiellement insensibles à la séduction de la drogue. Les programmes mis en œuvre portent principalement sur le partage des pratiques optimales, qui sont communiquées par le truchement de réseaux officiels et officieux entre les pouvoirs publics et les ONG, et notamment par des centaines d'organisations islamiques actives dans les domaines de l'éducation antidrogue, de la prévention et du traitement de la toxicomanie.
Une responsabilité commune Le problème de la drogue s'avère difficile à résoudre, mais les actions de la communauté internationale ont fait une différence. On peut mentionner à titre d'exemples la Thaïlande, le Pakistan et le Laos d'où le pavot à opium a pratiquement disparu ; les progrès sensibles qui ont été accomplis dans la lutte contre les cultures illicites dans les Andes ; l'augmentation des saisies, des arrestations et des condamnations de nombreux gros trafiquants. Par ailleurs, dans le monde entier, les jeunes comprennent mieux les périls de la consommation des drogues illicites et agissent en conséquence. L'Initiative de lutte contre la drogue dans les Andes, la lutte contre les stupéfiants en Afghanistan et les efforts communs que nous déployons pour combattre les drogues comme les métamphétamines et contrôler les produits chimiques qui entrent dans leur fabrication nous rappellent que nous avons forgé un robuste consensus international : nous savons que le commerce des drogues menace toutes les nations et qu'une responsabilité commune nous incombe de lutter contre la culture, le trafic et la consommation des drogues illicites. L'INL a œuvré avec le Congrès pour financer la visite à Kaboul de spécialistes colombiens de la lutte antidrogue afin qu'ils y rencontrent leurs homologues afghans et qu'ils partagent leur savoir-faire. Partager les informations qui aident les pays à réagir promptement à des problèmes qui ne sont pas uniques est une composante extrêmement importante de notre tâche. Conformément à l'appel lancé dans le rapport annuel de 2006 sur la drogue publié par les Nations unies, nous devons poursuivre notre coopération internationale afin de réduire dans des proportions appréciables la menace internationale que présentent la production, le trafic et la consommation de drogues. À cet égard, le Bureau du département d'État chargé des questions liées à la lutte contre les stupéfiants et à l'application de la loi joue un rôle essentiel dans la lutte contre le crime organisé international. Nous faisons également figure de chef de file en formulant une politique et des programmes qui permettent aux forces de l'ordre de coopérer plus facilement, de partager les informations et de s'opposer aux agissements des réseaux internationaux du crime. Et, en contribuant à la formation de nouveaux officiers de police et de spécialistes de la justice pénale en Afghanistan et en Irak, nous donnons à l'état de droit et à la démocratie la possibilité de prendre racine. |
|||||||