La Libye renonce aux armes
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L'annonce faite publiquement par la Libye, le 19 décembre 2003, de sa décision de mettre fin à ses programmes d'armes de destruction massive (ADM) et de missiles de longue portée a été accueillie par beaucoup de monde avec un grand étonnement. Toutefois, à mesure que les détails se sont fait jour, il est apparu clairement que cette décision historique était le résultat de pressions exercées depuis longtemps par la communauté internationale et les États-Unis, notamment sous forme de sanctions et de restrictions des déplacements, alliées à l'aptitude avérée des États-Unis et du Royaume-Uni à recueillir des renseignements détaillés sur les programmes d'ADM et de missiles libyens. En mars 2003, tandis que les États-Unis et leurs alliés manifestaient leur volonté de réduire les menaces posées par les ADM de par le monde, la Libye avait montré un certain intérêt pour l'examen de la problématique des ADM et des débats discrets s'étaient engagés avec des officiels britanniques et américains. En octobre 2003, les États-Unis et leurs alliés avaient intercepté une cargaison illicite de matériel nucléaire en route pour la Libye. Des attentes américaines sans ambiguïté Les États-Unis expriment depuis plusieurs années les préoccupations que leur inspirent les programmes d'ADM libyens. Ils ont critiqué le programme d'armes chimiques de la Libye dans les années 1980 et, dès 1993 sinon avant, ont fait savoir publiquement que la Libye souhaitait se doter d'armes nucléaires et « essayait peut-être d'établir les bases qui lui permettraient d'entreprendre des activités plus sérieuses de production de telles armes ». En 2003, après la défaite du gouvernement de Saddam Hussein par les forces de la coalition, les États-Unis ont continué de lancer leurs avertissements au sujet de la Libye. C'est ainsi que le sous-secrétaire d'État chargé de la maîtrise des armements et de la sécurité internationale, M. John Bolton, déclarait dans sa déposition à la commission des relations internationales de la Chambre des représentants le 4 juin 2003 : « Nous nous préoccupons depuis longtemps des efforts déployés par la Libye en vue de se doter d'armes nucléaires, chimiques et biologiques, ainsi que de missiles balistiques ». Dans cette même déposition, M. Bolton offrait une issue possible en notant : « La Libye doit comprendre que l'amélioration de ses relations avec les États-Unis passe par le renoncement à ses programmes d'ADM et de missiles ». Dans le courant de l'année 2003, les États-Unis et le Royaume-Uni ont effectivement proposé à la Libye de s'orienter dans cette direction. Le 19 décembre 2003, le président Bush a énoncé clairement la politique américaine dans ce domaine : » (...)les dirigeants qui renoncent à la course aux armes chimiques, biologiques et nucléaires et à leurs vecteurs trouveront une porte ouverte à l'établissement de meilleures relations avec les États-Unis et les autres nations du monde libre ». L'annonce historique faite plus tôt le même jour par la Libye indiquait sans équivoque que telle était la voie sur laquelle ce pays avait choisi de s'engager. Parmi les raisons qui ont motivé la décision historique de la Libye figurait la réalisation du fait que la recherche d'ADM et le soutien au terrorisme étaient porteurs non pas de sécurité mais d'insécurité. Comme l'a déclaré lui-même le colonel Muammar Kadhafi dans une interview accordée aux médias en février 2004, la Libye a choisi de déclarer son programme d'ADM aux États-Unis et au Royaume-Uni et de demander leur aide pour le démanteler car il y allait de son propre intérêt et de sa propre sécurité. Bonne foi et élimination des ADM
Il n'y avait guère de précédents historiques de l'élimination volontaire par un pays de tous ses programmes d'ADM et de missiles de longue portée, mais l'engagement stratégique sans équivoque de la Libye de s'acquitter de sa promesse de décembre 2003 a assuré le succès de ce processus et le pays a démontré sa sincérité par ses actes. La Libye a invité des experts américains et britanniques à visiter toute une gamme de sites et les a laissé interroger des membres clés de son personnel. Elle a démantelé son programme d'armes nucléaires, rendu les plans d'une bombe qu'elle s'était procurés illégalement avec la complicité du scientifique nucléaire pakistanais A.Q. Khan et a autorisé le prompt enlèvement de ses missiles les plus évolués, les SCUD-C. La Libye a adhéré à la Convention sur les armes chimiques, détruit, sous contrôle international, des milliers de munitions chimiques non remplies et entrepris la destruction de son arsenal d'armes chimiques en vertu des dispositions de la Convention. Elle s'est également engagée à procéder à l'élimination progressive de ses autres missiles de longue portée, les SCUD-B. La coopération de la part des Libyens a été extrêmement bonne. Les responsables officiels ont répondu aux questions avec franchise et ont fourni volontairement des renseignements qui ont offert des perspectives particulièrement utiles sur le réseau mondial de la prolifération. Au cours de ce projet d'élimination mené conjointement par la Libye, les États-Unis et le Royaume-Uni, les Libyens ont fait preuve de leur bonne foi et de leur volonté d'honorer leurs engagements de décembre 2003. Par l'élimination vérifiable des programmes illicites d'ADM et de missiles de longue portée, ils sont devenus un modèle de la réintégration au sein de la communauté internationale d'un État qui en avait été isolé. La volonté stratégique sans équivoque de la Libye de s'orienter dans cette nouvelle direction illustre également l'importance primordiale de la coopération patente et d'une bonne foi manifeste sur le plan de la vérification du respect des promesses. La Libye recueille les fruits d'une décision judicieuse Il est également important de reconnaître que la décision de la Libye n'est pas une solution de facilité et que la transparence actuellement manifestée par ce pays a exigé de sa part de la sagesse, de la discipline et un engagement sincère. La Libye avait jusque là considéré que ses programmes d'ADM et de missiles étaient des composantes essentielles de sa stratégie de sécurité nationale et elle avait, pendant des années, investi des fonds considérables dans l'exécution de ces programmes. Il n'a selon toute vraisemblance pas été facile pour la Libye de décider de s'orienter vers d'autres directions pour assurer sa sécurité. De même, il n'a sans doute pas été facile pour elle d'ouvrir les portes de certaines de ses installations les plus sensibles à des experts étrangers. Mais la Libye a fait tout cela et sa sécurité s'en trouve aujourd'hui renforcée. Les États-Unis et le Royaume-Uni n'ont pas fait de promesses spécifiques ni offert d'avantages particuliers à la Libye. Nous lui avons seulement promis que sa bonne foi, si elle était vérifiée, serait accueillie par la même bonne foi de notre part et que le renoncement aux ADM ouvrirait la voie à l'amélioration des relations du pays avec le reste du monde. En fait, nous offrions là à la Libye l'encouragement le plus attrayant dont nous disposions, à savoir la possibilité de recueillir les avantages qui découlent naturellement d'une appartenance plus entière à la communauté des nations.
Les avantages de l'amélioration de ses relations avec les États-Unis et le Royaume-Uni se sont avérés substantiels, nombreux et tangibles pour la Libye. Les États-Unis, par exemple, ont cessé d'appliquer certaines de leurs sanctions les plus importantes à son égard, notamment les restrictions relatives aux déplacements et au commerce des hydrocarbures et d'autres biens importants. Déjà, des contrats d'une valeur de centaines de millions de dollars ont été conclus avec des entreprises privées américaines. Sur le front diplomatique, les États-Unis ont ouvert un bureau de liaison à Tripoli et la Libye a établi des bureaux à Washington. La Libye prend maintenant part à des réunions internationales telles que celles de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques et de l'Agence internationale de l'énergie atomique, ainsi qu'aux réunions en rapport avec le Code de conduite de la Haye contre la prolifération des missiles balistiques. Elle y participe à présent non pas en tant que nation traitée en paria, mais en tant qu'authentique partenaire œuvrant à la réalisation des objectifs louables de ces organisations. Une usine chimique servira à lutter contre le VIH/sida et le paludisme Les États-Unis et le Royaume-Uni ont dépêché des médecins et des experts en matière de biosûreté et de biosécurité pour aider les Libyens dans leurs efforts de modernisation et de conversion de leurs activités dans les secteurs de la recherche scientifique et de la santé. En outre, nous continuons d'aider à réorienter les efforts des scientifiques libyens qui travaillaient au développement d'ADM vers des activités plus productives, avec le plein appui de la communauté internationale. Avec l'aide italienne, et grâce à un effort diplomatique international mené par les États-Unis pour appliquer un changement technique à l'annexe de la Convention sur les armes chimiques relative à la vérification, les Libyens procèdent à la conversion de l'usine d'armes chimiques de Rabta, de triste réputation, pour en faire une usine pharmaceutique qui produira des médicaments contre le paludisme et le VIH/sida à destination de l'Afrique subsaharienne. Le gouvernement des États-Unis a fait usage de tous les instruments dont il dispose pour introduire des modifications radicales dans les calculs coûts-avantages des États « voyous » et des États sources de prolifération de par le monde. Nous avons pénalisé ces derniers au moyen de vigoureuses sanctions ; nous avons coordonné nos actions avec celles de pays amis de manière à renforcer nos aptitudes collectives à interdire les expéditions de produits liés aux ADM ; et nous nous sommes montrés parfaitement disposés à prendre des mesures des plus vigoureuses, y inclus la déposition d'un cruel dictateur en Irak qui avait précédemment fait usage de telles armes contre son propre peuple et qui n'aurait pas hésité à le refaire s'il en avait eu la capacité. Cette nouvelle donne n'a pas échappé au colonel Kadhafi qui, expliquant sa décision soudaine de renoncer à ses programmes d'ADM, a déclaré en février 2004 : « Il y a de nouvelles réalités et nous nous adaptons aux nouvelles réalités ». Les États-Unis et la communauté internationale ont accueilli cette décision avec satisfaction, et le peuple libyen bénéficie aujourd'hui de la sagesse du choix de son dirigeant. L'engagement stratégique de la Libye constitue un modèle à imiter et une route à suivre pour les États hors-la-loi isolés, comme il se doit, de la communauté internationale en raison de leurs activités dans le domaine des ADM. La voie indiquée par le modèle libyen pour mettre fin à l'isolement passe par un authentique engagement en faveur de l'élimination, assortie de vérifications, de ces armes dangereuses.
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