Corée du Nord :
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Le gouvernement de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), ou Corée du Nord, n'a jamais pleinement respecté le Traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP) qu'il avait signé en 1985. La signature d'un accord de garantie permettant à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) d'inspecter ses installations nucléaires a été reportée jusqu'en 1992. Lorsque les inspections de l'AIEA, qui s'étaient fait attendre, révélèrent que les Nord-Coréens dissimulaient du matériel nucléaire, la RPDC fut le premier pays à annoncer son retrait du traité. Grâce aux efforts de persuasion des États-Unis, ce retrait fut « suspendu » en 1993, la veille du jour où il allait entrer en vigueur. Mais l'AIEA ne put procéder aux inspections qu'elle avait demandées aux termes de l'Accord-cadre que la Corée du Nord avait négocié avec les États-Unis en 1994. Lorsque l'accord-cadre a été rompu, à la fin de 2002, la Corée du Nord s'est retirée du TNP et de l'AIEA et s'est vantée d'avoir commencé à fabriquer une arme de dissuasion nucléaire. La Corée du Nord a entamé son programme nucléaire au milieu des années 1950, lorsqu'un groupe de scientifiques nucléaires de ce pays a reçu une formation en Union soviétique. Au milieu des années 1960, grâce à l'aide et à la technologie soviétiques, la Corée du Nord a construit deux petits réacteurs nucléaires de recherche. Un autre réacteur nucléaire produisant cinq mégawatts d'électricité a été achevé en 1986. [Note de la rédaction : selon l'administration américaine de l'information sur l'énergie, une telle centrale pourrait produire suffisamment d'électricité pour alimenter 4.000 foyers américains pendant un an si elle fonctionnait continuellement à plein régime.] Ce réacteur était trop petit pour être connecté à un réseau électrique, mais on commença à retraiter son combustible irradié en vue de la production de plutonium de qualité militaire, en violation flagrante des engagements que la Corée du Nord a pris en signant le TNP. En 1984 a débuté la construction d'un réacteur de 50 mégawatts et, en 1991, celle d'un réacteur de 200 mégawatts. La construction de ces deux réacteurs n'a jamais été achevée. Dans les années 1980, les Soviétiques acceptèrent de construire un réacteur à eau légère capable de produire 1.760 mégawatts d'électricité, à condition que les Nord-Coréens adhèrent au TNP. Cette construction a été interrompue peu de temps après, lorsque les Nord-Coréens ont eu des difficultés de paiement. Aux termes de l'Accord-cadre de 1994 conclu avec les États-Unis, le réacteur nord-coréen de 5 mégawatts ainsi que l'usine de retraitement de combustible et les installations annexes de Yongbyon furent fermés et la construction des réacteurs de 50 et de 200 mégawatts interrompue. L'AIEA a vérifié cette fermeture mais n'a été autorisée à procéder à une inspection complète du programme nucléaire nord-coréen que lorsque la construction de deux réacteurs de 1.000 mégawatts a eau légère construits par un nouveau consortium, la Korean Peninsula Development Organisation (KEDO), était sur le point d'être achevée. Ces réacteurs allaient être construits par les Sud-Coréens, étaient basés sur des plans américains et financés principalement par la Corée du Sud et le Japon. Les réacteurs à eau légère offrent moins de possibilités de prolifération que les réacteurs nord-coréens à gaz et graphite parce qu'ils exigent de l'uranium enrichi comme combustible et, dans des conditions normales de fonctionnement, le combustible irradié produit par les réacteurs à eau légère ne peut pas être retraité pour fournir du plutonium utilisable pour la fabrication d'armes avec la technologie que possèdent actuellement les Nord-Coréens. L'heure de rendre des comptes La construction des deux réacteurs qui, à l'origine, devait être terminée en 2003, a pris un grand retard pour diverses raisons. Dans l'intervalle, les services américains du renseignement en sont venus à penser que les Nord-Coréens étaient en train de mettre sur pied un programme clandestin d'enrichissement d'uranium ; un tel programme était contraire à la Déclaration nord-coréenne de dénucléarisation et, par conséquent, une violation de l'Accord-cadre. Amené à en répondre lors d'une réunion tenue en octobre 2002 entre des représentants des deux gouvernements, un fonctionnaire nord-coréen a reconnu dans un premier temps l'existence du programme d'enrichissement d'uranium, mais s'est rétracté ultérieurement. Le mois suivant, les États-Unis ont annoncé qu'ils suspendaient la livraison du demi-million de tonnes de combustible lourd qu'ils fournissaient chaque année à la Corée du Nord en compensation de la diminution de leur capacité de production d'énergie. En décembre 2002, les Nord-Coréens chassèrent les inspecteurs de l'AIEA, brisèrent les scellés posés par cette agence et démontèrent les cameras qu'elle avait installées à Yongbyon. En janvier 2003, ils annoncèrent qu'ils levaient la « suspension » antérieure de leur retrait du TNP et que ce retrait entrerait donc en vigueur le jour suivant. Ils remirent en marche leur réacteur de 5 mégawatts et affirmèrent par la suite qu'ils avaient procédé au retraitement des 8.000 barres de combustible irradié scellées par l'AIEA. La construction des deux réacteurs à eau légère, qui en était toujours à son stade initial, fut suspendue en novembre 2003. On pense que, grâce au retraitement de combustible opéré avant l'entrée en vigueur de l'Accord-cadre de 1994, les Nord-Coréens avaient accumulé au moins de 6 à 10 kilogrammes de plutonium, soit une quantité suffisante pour fabriquer une ou deux petites armes nucléaires. Une autre demi-douzaine d'engins nucléaires pourraient être construits grâce aux 20 à 35 kilogrammes de plutonium extraits des 8.000 barres de combustible irradié. Dans quelques années, quand le combustible pourra être extrait du réacteur de 5 mégawatts dont la construction a repris, puis retraité pour la fabrication de plutonium, une quantité suffisante de plutonium pourrait permettre la fabrication annuelle d'un engin nucléaire supplémentaire. Si la construction du réacteur de 50 mégawatts est jamais menée à bien, ce dernier pourrait produire un jour suffisamment de plutonium pour assurer la fabrication annuelle de 5 à 10 armes nucléaires et le réacteur de 200 mégawatts pourrait évidemment en produire davantage. La production du programme présumé d'enrichissement d'uranium de la Corée du Nord est purement hypothétique car on en ignore l'ampleur. Cependant, des achats à d'autres pays ou par l'intermédiaire de réseaux clandestins de prolifération comme celui d'A.Q. Khan basé au Pakistan pourraient être une autre source éventuelle d'approvisionnement en matériel ou en armes nucléaires. Les premiers pourparlers importants entre les États-Unis et la RPDC avaient débuté en 1993 et se sont poursuivis de façon sporadique jusqu'à 1994, culminant avec la signature de l'Accord-cadre. Six réunions à quatre (États-Unis, RPDC, Corée du Sud et Chine) eurent lieu entre 1997 et 1999 pour discuter de la demande, par la Corée du Nord, du remplacement de l'armistice avec la Corée du Sud par un traité de paix. Mais ces pourparlers se soldèrent par un échec. En avril 2003, les États-Unis ayant refusé une réunion bilatérale avec la Corée du Nord, la Chine organisa une réunion à trois dont elle fut l'hôte, réunion qui se transforma en un forum à six (avec la Corée du Sud, le Japon et la Russie) et donna lieu à trois réunions à six qui débutèrent en août 2003.
Lors de ces réunions à six, la Corée du Nord proposa de geler son programme d'armes nucléaires dès que les États-Unis reprendraient leurs livraisons de pétrole, lèveraient leur embargo économique et rayeraient la Corée du Nord de leur liste des États qui commanditent le terrorisme. Se basant sur leur expérience avec l'Accord-cadre, les États-Unis maintiennent que ce n'est que lorsque la Corée du Nord aura gelé son programme nucléaire de façon vérifiable qu'ils pourront commencer à négocier un ensemble de mesures d'assistance économique et un pacte multilatéral de non-agression. Les voisins de la Corée du Nord - Chine, Russie, Japon et Corée du Sud - ont maintes fois déclaré qu'ils ne toléreraient pas un programme nord-coréen d'armes nucléaires. Les États-Unis ont également exprimé leur opposition immuable à un tel programme. Personne n'a cependant réussi à empêcher la Corée du Nord de continuer à accumuler du matériel nucléaire et, suppose-t-on, à fabriquer des armes atomiques. L'Accord-cadre négocié par le gouvernement Clinton a ralenti le programme nucléaire nord-coréen, mais il n'y a pas mis fin. Le gouvernement Bush évite les pourparlers bilatéraux parce qu'il considère la prolifération nord-coréenne comme un problème régional et non bilatéral, mais il a accepté de se réunir avec des responsables de la Corée du Nord dans un cadre multilatéral. Les États-Unis s'attendaient initialement à ce que les autres participants aux réunions à six se joignent à eux pour faire pression sur la Corée du Nord afin qu'elle renonce à son programme nucléaire. Or ce qui s'est produit, à nos yeux, c'est que la Russie, la Chine et la Corée du Sud sympathisent dans une certaine mesure avec la Corée du Nord quand elle déclare être une cible de l'agression du gouvernement Bush dans sa guerre contre le terrorisme. Ces pays ont demandé aux États-Unis d'accepter un compromis avec la Corée du Nord, sans que personne n'ait expliqué clairement en quoi consisterait ce compromis. La Corée du Nord a proposé de renoncer à son programme d'armes nucléaires et d'accepter un type non précisé de régime de vérification lorsque les États-Unis remplaceront par l'acceptation, la non-ingérence et même l'assistance leur hostilité à l'égard du régime de Kim Jong-Il. Mais la politique américaine étant axée non seulement sur la prolifération nucléaire de la Corée du Nord mais aussi sur son comportement passé, son déploiement d'armes classiques et son odieuse politique des droits de l'homme, il semble y avoir peu de chances qu'un gouvernement américain quelconque accorde à Kim Jong-Il le respect et le soutien qu'il estime mériter. La plupart des observateurs américains de la Corée du Nord semblent penser que les Nord-Coréens cesseraient de continuer à produire du plutonium en échange d'un assortiment de récompenses, mais ils doutent qu'un démantèlement complet, vérifiable et irréversible de l'ensemble du programme nucléaire nord-coréen puisse avoir lieu tant que Kim Jong-Il restera au pouvoir. Sur le plan pratique, la question est donc de savoir si les États-Unis se contenteront d'un nouvel accord qui limiterait partiellement le programme nucléaire nord-coréen ou s'ils permettront la poursuite de la prolifération, du moins jusqu'à ce que la Chine, principal bienfaiteur de la Corée du Nord, s'inquiète suffisamment pour mettre fin à son aide économique et à son soutien diplomatique au régime de Kim.
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