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Le commerce et l'économie,
moteurs des relations extérieures
des États-Unis

Maarten Pereboom

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SOMMAIRE
Avant-propos
Introduction
Les États-Unis : inextricablement liés au reste du monde
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Le canal de Panama : un couloir maritime essentiel au monde
La guerre froide : une mise à l'épreuve de la puissance américaine et un affrontement d'idées
Le plan Marshall : une stratégie qui fit ses preuves
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Le plan Marshall : sa réalisation en photos
L'affaire du canal de Suez : une crise qui changea l'équilibre des forces au Moyen-Orient
L'Exposition universelle et internationale de Bruxelles (1958)
Nixon en Chine : un tournant dans l'histoire du monde
La « diplomatie du ping-pong  » a amorcé les relations sino-américaines
Le commerce et l'économie, moteurs des relations extérieures des États-Unis
Après la guerre froide
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Événements importants dans les relations extérieures des États-Unis
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« S'affirmant comme une nouvelle puissance mondiale au XXe siècle, les États-Unis se sont inspirés des principes de la philosophie des lumières à l'origine de leur création, tout en continuant à promouvoir leurs propres intérêts économiques à l'étranger, et ont défendu les idéaux de liberté, de démocratie et de libre-échange, postulant que « le libre échange entre pays libres » aurait pour effet d'améliorer à l'échelle mondiale la condition humaine. »

M. Maarten Pereboom est professeur d'histoire et président du département d'histoire de l'université de Salisbury (Maryland). C'est un spécialiste de l'histoire des relations extérieures des États-Unis, de la Seconde Guerre mondiale, de l'Holocauste et de la guerre froide.

Portrait de Jefferson par Peale
Dès les débuts de la République américaine, le «  drapeau suivit le commerce », alors que les Américains cherchaient à avoir accès au marché des autres pays. En 1789, le secrétaire d'État, Thomas Jefferson, demanda à un planteur de la Caroline du Sud, Charles Drayton, de se rendre au Vietnam pour établir des relations commerciales.
(© AP/WWP)

Treaty for the Louisiana Purchase
Les négociations relatives à l'acquisition du territoire de la Louisiane entre les États-Unis et la France aboutirent le 30 avril 1803, alors que Thomas Jefferson était président des États-Unis.
(© AP/WWP)

De tous les facteurs qui ont influencé les relations extérieures des États-Unis depuis leur accession à l'indépendance, la recherche de la croissance économique a sans doute joué le plus grand rôle. Les historiens tendent à mettre l'accent sur des événements militaires spectaculaires et la politique et la diplomatie qui les entourent, mais, dès le début de la République, « le drapeau a suivi les intérêts commerciaux  », à mesure que les Américains ont cherché à avoir accès au marché des autres pays.

S'affirmant comme une nouvelle puissance mondiale au XXe siècle, les États-Unis se sont inspirés des principes de la philosophie des lumières à l'origine de leur création, tout en continuant à promouvoir leurs propres intérêts économiques à l'étranger, et ont défendu les idéaux de liberté, de démocratie et de libre-échange, postulant que « le libre échange entre pays libres » aurait pour effet d'améliorer à l'échelle mondiale la condition humaine.

Les États-Unis ont contribué à sauver le monde des ambitions racistes de l'Allemagne nazie et des désastres du communisme soviétique, mais les exigences complexes de leur prépondérance dans le monde ont fait que l'économie n'a plus été le principal facteur influençant leur politique étrangère.

Pour l'historien Bradford Perkins, la lutte des colonies américaines pour l'indépendance correspondait au désir de rétablir la liberté, à la fois politique et économique, dont les Anglais d'Amérique du Nord avaient bénéficié sous le règne impérial d'avant 1750, qui se caractérisait par une « bienveillante indifférence ». Tout en privant les Français de leur pouvoir en Amérique du Nord, la guerre de Sept ans (1756-1763) a également conduit le Parlement britannique à exiger une contribution financière des colonies. Cette taxation par un Parlement au sein duquel les colonies n'étaient pas du tout représentées a déclenché la guerre d'Indépendance, pendant laquelle les Américains n'ont jamais perdu de vue leurs intérêts économiques.

Le principe du libre-échange

En 1776, lorsque les colonies rebelles ont eu besoin d'un allié politique et militaire contre la Grande-Bretagne, le « traité modèle » de John Adam proposait en substance d'établir des relations commerciales avec la France, sans tenir compte de la nationalité des partenaires commerciaux et dans le respect intégral du droit au libre-échange de chaque pays, même si un des partenaires voulait commercer avec un pays avec lequel l'autre était en guerre. Bien que ce traité ne soit jamais entré en vigueur, il incarnait parfaitement la notion héritée du siècle des lumières selon laquelle le libre-échange entre pays libres créerait un monde prospère et en paix.

Ayant accédé à l'indépendance, les États-Unis ont cherché à promouvoir leurs intérêts économiques dans un monde encore dominé par de féroces rivalités impériales entre puissances européennes. L'offre faite par Napoléon de vendre le vaste territoire de la Louisiane pour 15 millions de dollars, de façon à financer les guerres menées par la France, a été une chance extraordinaire. Toutefois, quelques années plus tard, les États-Unis tentèrent d'influencer le conflit qui opposait la Grande-Bretagne et la France en adoptant la loi sur l'embargo, privant ainsi les parties au conflit des avantages des échanges commerciaux avec les États-Unis, mais forçant également les Américains à renoncer à ces mêmes avantages. Cela reste l'une des plus graves erreurs de l'histoire des relations extérieures des États-Unis et explique également en partie la guerre peu probante de 1812, qui a abouti à une impasse en 1815.

À partir des années 1820, les États-Unis font preuve d'une plus grande confiance sur la scène mondiale, à mesure que l'Europe post-napoléonienne entre dans une période de paix relative et qu'un grand nombre des pays de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud accède à l'indépendance. Par la doctrine Monroe de 1823, les États-Unis proclament que l'ensemble du continent américain ne peut plus être colonisé par les pays européens.

Les Européens continuent cependant à investir dans le continent américain, et les ressources de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud exercent également un fort attrait sur les États-Unis. À mesure que des entreprises américaines s'implantent dans les secteurs de l'extraction minière et de l'agriculture, la politique étrangère des États-Unis, ainsi que leurs forces armées, contribuent à faire en sorte que les gouvernements des pays latino-américains restent favorables à la présence économique des États-Unis.

Entre temps, la République s'est considérablement agrandie, les Américains se déplaçant vers l'Ouest, poussés par des rêves de croissance économique et par les idéaux de la « destinée manifeste  ». Pour permettre cette expansion, le gouvernement américain chasse des Indiens, entre en guerre avec le Mexique et négocie avec les Britanniques, de façon à étendre les frontières des États-Unis jusqu'au Pacifique.

Le commerce des deux côtés du Pacifique

Le conflit portant sur l'esclavage limite cependant toute nouvelle expansion vers le Nord ou vers le Sud, et à la fin de la guerre de Sécession en 1865, William Seward, secrétaire d'État du président Lincoln, nourrit de nouvelles ambitions, qui ont moins trait à l'expansion territoriale qu'à l'expansion commerciale. De l'autre côté du Pacifique, en Asie, se trouve en effet un vaste marché potentiel. Si l'Alaska, achetée à la Russie en 1867, est vite surnommée la « folie de Seward  », son acquisition s'inscrit dans le cadre d'une habile stratégie visant à établir des voies commerciales sûres avec l'Extrême-Orient. De la Grande-Bretagne au Japon, les puissances coloniales s'intéressent à la fin du XIXe siècle aux perspectives d'expansion coloniale en Chine, mais les États-Unis, espérant empêcher un démantèlement de la Chine comparable à la ruée vers l'Afrique qui a eu lieu dans les années 1880, s'emploient à promouvoir une « politique de la porte ouverte » afin de préserver l'accès à ce vaste marché potentiel. La politique de la porte ouverte consiste à accorder dans un territoire donné les mêmes droits commerciaux et industriels à tous les ressortissants de tous les pays.

Alors que la politique étrangère américaine continue à favoriser l'accès au marché d'autres pays, la plus grande partie de la croissance économique spectaculaire que connaissent les États-Unis après la guerre de Sécession se produit à l'intérieur même de leurs frontières. Des hommes comme John Rockefeller et Andrew Carnegie amassent d'immenses fortunes dans les secteurs du pétrole et de l'acier et président à l'expansion des entreprises de ces secteurs, qui deviennent des monopoles ou des quasi-monopoles. Les sociétés anonymes, qui constituent une innovation américaine, permettent aux entreprises de prendre des proportions gigantesques et ouvrent la voie à la mondialisation de la puissance économique américaine au XXe siècle.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en 1914, les États-Unis sont une superpuissance économique, représentant plus du tiers de la production industrielle mondiale, contre environ 15 % pour l'Allemagne et 14 % pour la Grande-Bretagne, d'après l'historien Paul Kennedy. Alors que l'Allemagne et l'Autriche entrent en guerre contre les puissances alliées, la Grande-Bretagne, la France et la Russie, de l'autre côté de l'Atlantique les États-Unis adoptent une politique de neutralité « en pensée et en fait ». Cette définition de la neutralité fait écho au « traité modèle » de John Adams : un libre-échange indépendant des circonstances politiques. Les échanges commerciaux avec l'Allemagne sont quasiment réduits à zéro du fait du blocus de la Grande-Bretagne, que les États-Unis ne contestent pas, alors que le commerce en plein essor avec les puissances alliées compense largement l'interruption des échanges avec l'Allemagne. En 1916, le soutien économique que les États-Unis apportent aux puissances alliées sous forme de biens d'équipement et de services financiers menace l'Allemagne de défaite sur le front occidental, malgré les victoires qu'elle a remportées contre la Russie à l'Est. S'attaquant à la neutralité proclamée des États-Unis, l'Allemagne ordonne à ses sous-marins de tirer sur des navires américains. Les États-Unis déclarent alors la guerre en avril 1917, se joignant aux puissances alliées pour vaincre l'Allemagne l'année suivante.

Robert Portman
Le représentant des États-Unis pour le commerce extérieur, M. Robert Portman, prononce un discours le 28 janvier 2006, lors du Forum économique mondial à Davos (Suisse), au sujet des négociations cruciales sur la libéralisation du commerce.
(© AP/WWP)

Le président de la Banque mondiale, M. Paul Wolfowitz, échange des paroles avec la ministre ougandaise de l'énergie, Mme Syda Bbumba, après qu'elle eut prononcé un discours lors de l'ouverture, le 6 mars 2006, de la Semaine de l'énergie au siège de la Banque mondiale à Washington.
Le président de la Banque mondiale, M. Paul Wolfowitz, échange des paroles avec la ministre ougandaise de l'énergie, Mme Syda Bbumba, après qu'elle eut prononcé un discours lors de l'ouverture, le 6 mars 2006, de la Semaine de l'énergie au siège de la Banque mondiale à Washington.
(© AP/WWP)

Un « empire sans larmes »

La Première Guerre mondiale a considérablement ébranlé l'Europe. New York a détrôné Londres au rang de capitale financière mondiale, et l'économie des États-Unis est en plein essor pendant que ses rivaux transatlantiques connaissent des difficultés. La conception du président Woodrow Wilson relative à un monde en paix, démocratique et pratiquant le libre-échange est contraire à l'ancien système d'empires européens rivaux, mais elle échoue, du fait de considérations politiques du monde de l'après-guerre, à la fois aux États-Unis et ailleurs. L'historien Warren Cohen estime que, entre les deux guerres, les États-Unis adoptent une politique étrangère « d'empire sans larmes  », qui consiste à s'imposer sur les marchés mondiaux avec aussi peu de responsabilités militaires et politiques que possible. Dans les années 1930, les politiciens isolationnistes considèrent qu'intervenir dans la guerre serait une erreur commise sous la pression des fabricants d'armes avides de réaliser des profits en temps de guerre, et le Congrès des États-Unis adopte alors une série de lois sur la neutralité afin que les intérêts commerciaux des États-Unis ne les conduisent plus à entrer en guerre.

« L'empire sans larmes » n'est pas sans rappeler la période coloniale de prospérité insouciante, sous le règne peu vigilant de la Grande-Bretagne. Toutefois, cette indifférence ne peut durer dans un monde que les militants extrémistes allemands et japonais cherchent à dominer. À la fin du XVIIIe siècle, le président George Washington avait conseillé à la jeune République des États-Unis de prendre ses distances avec les empires européens en guerre, mais désormais les États-Unis sont suffisamment puissants, en grande partie grâce à leurs ressources économiques, pour veiller à ce que des empires naissants ne compromettent pas leurs intérêts mondiaux.

Malgré l'isolationnisme persistant du pays, le président Roosevelt présente en janvier 1939 le plus grand budget qui ait jamais été consacré à la défense en période de paix. En mars 1941, quelques mois avant l'attaque des Japonais à Pearl Harbor (Hawaï), les États-Unis mettent leur puissance économique au service de la lutte contre les puissances de l'Axe en adoptant la loi prêt-bail. L'été de la même année, les sous-marins allemands tirent de nouveau sur des navires américains dans l'Atlantique, sans déclaration officielle de guerre.

L'apparition de superpuissances

L'étrange alliance des États-Unis, de l'empire britannique et de l'Union soviétique conduit à la défaite des puissances de l'Axe en 1945. Les Soviétiques disposaient des ressources humaines et de la détermination nécessaires pour repousser la plus grande invasion de l'histoire et pour venir à bout des forces armées allemandes ; les États-Unis ont mis à profit leurs énormes ressources humaines et économiques pour remporter sur deux continents différents la plus grande guerre de l'histoire. À l'heure du déclin de l'Europe, ces deux pays sont devenus deux superpuissances mondiales. Toutefois, ces superpuissances représentent également des régimes économiques et politiques opposés, et la mise au point dans les deux camps d'armes nucléaires extrêmement destructrices donnera à la guerre froide qui suit une dimension apocalyptique et globale.

Du fait de la menace soviétique, les États-Unis ne peuvent se soustraire à leur rôle politique et militaire sur la scène mondiale. Les considérations économiques restent décisives : dans le cadre de l'une des plus brillantes initiatives prises dans l'histoire des relations extérieures américaines, le plan Marshall, les États-Unis accordent 12 milliards de dollars d'aide aux pays européens de 1948 à 1951. Ils consentent ainsi une aide à des pays qui en ont désespérément besoin et les aident à rejeter le communisme. La croissance économique phénoménale qui en résulte en Europe de l'Ouest alimente également les échanges commerciaux mondiaux, faisant ainsi de cet acte de générosité un investissement très habile. Dans leur rôle de gardien du marché mondial, les États-Unis encouragent généralement le libre-échange, bien que les Américains et leur gouvernement ne soient pas toujours indifférents à la tentation du protectionnisme. D'une manière générale, cependant, bien que son objectif soit avant tout de préserver le régime économique mondial, la politique de la guerre froide a pour effet de créer une présence militaire américaine à travers le monde et de donner jour à ce que le président Eisenhower a qualifié de complexe militaro-industriel. Selon la politique de l'endiguement, le Vietnam est, par exemple, un domino qui, en passant sous contrôle communiste, entraînerait une réaction en chaîne dans l'Asie du Sud-Est. Les États-Unis cherchent donc, sans y parvenir, mais au prix d'un énorme coût humain et économique, à établir un État vietnamien non communiste.

Les impératifs de la guerre froide pèsent très lourdement sur l'économie de l'Union soviétique et de ses alliés, et en fin de compte, le régime communiste n'a pu produire suffisamment de richesses pour rester dans la course, et encore moins pour assurer à la population des droits fondamentaux, un environnement sûr ou un niveau de vie acceptable. À la suite de l'effondrement du communisme à la fin des années 1980, les États-Unis sont la seule superpuissance mondiale, et le système capitaliste, qui est plus réglementé qu'au temps des « barons voleurs », mais qui n'est toujours pas sans failles ni victimes, s'est imposé. La fin de cette opposition n'a pas conduit à la « fin de l'histoire  », comme l'avait suggéré le politologue Francis Fukuyama, mais à un monde dont les complexités et les turbulences obligent de nouveau les Américains à définir leurs intérêts politiques et économiques nationaux dans un contexte mondial, et à se pencher sur le passé afin d'analyser rationnellement le présent et de définir une vision d'avenir.

Événements importants dans les relations extérieures des États-Unis (1900-2001)

Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

Événements importants dans les relations extérieures des États-Unis (1900-2001)