IntroductionCondoleezza Rice, secrétaire d'État
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En temps ordinaire, lorsque les idées, les institutions et les alliances existantes sont suffisantes pour faire face aux problèmes du jour, l'art de diriger un pays consiste à gérer l'ordre établi au niveau international et à le faire durer. Toutefois, en temps extraordinaire, lorsque le terrain même de l'histoire glisse sous nos pieds, il s'agit de transformer nos institutions et nos partenariats afin de pouvoir réaliser de nouveaux objectifs en se fondant sur des principes permanents. Une période extraordinaire débuta en 1945, dans les décombres de l'un des plus grands cataclysmes de l'histoire humaine. La Seconde Guerre mondiale détruisit de fond en comble l'ancien régime international, et il revint à un groupe d'hommes d'État américains, notamment le président Harry Truman, deux secrétaires d'État, George Marshall (1947-1949) et Dean Acheson (1949-1953) et un sénateur, Arthur Vandenberg, d'assumer le rôle d'architecte et de constructeur d'un monde meilleur. Les solutions appliquées pour faire face aux problèmes de cette période semblent parfaitement claires maintenant, avec cinquante années de recul. Néanmoins, elles étaient loin d'être claires pour les hommes et les femmes qui vécurent et travaillèrent en cette période caractérisée par des bouleversements exceptionnels. Après tout, en 1946 l'Allemagne n'arrivait pas à se reconstruire, et la population allemande souffrait toujours de la faim. Le Japon était dans un état de prostration profonde. En 1947, la Grèce était en proie à une guerre civile. En 1948, les communistes s'emparèrent du pouvoir en Tchécoslovaquie. En 1949, l'Allemagne fut scindée en deux, l'Union soviétique fit exploser une bombe atomique, et les communistes chinois remportèrent la guerre civile. En 1950, une guerre se déclencha dans la péninsule coréenne. Il ne s'agissait pas seulement de revers tactiques pour la progression de la démocratie. Alors que le « rideau de fer » divisait l'Europe et que la guerre froide commençait de se manifester, il était peu évident que la liberté et l'ouverture sur le monde extérieur finiraient par triompher. Les hommes d'État de cette période réussirent cependant avec brio à concevoir les doctrines, à établir les alliances et à mettre en place les institutions qui garantirent la liberté, qui limitèrent la progression du communisme et qui eurent finalement pour résultat l'effondrement de l'Union soviétique, la dissolution du pacte de Varsovie et l'anéantissement du marxisme-léninisme. De 1989 à 1991, j'eus le privilège d'occuper à la Maison-Blanche les fonctions de spécialiste de l'Union soviétique à la fin de la guerre froide. Rien ne pouvait être mieux que ce poste. Je pus participer à des événements dont maintes personnes pensaient qu'ils n'auraient jamais lieu : la libération des pays d'Europe de l'Est, la réunification de l'Allemagne et les débuts de l'effondrement non violent de l'Union soviétique. Des événements qui paraissaient impossibles un jour se produisaient rapidement et semblaient inévitables quelques jours plus tard. C'est là la caractéristique des temps extraordinaires. Je me rends compte maintenant que je ne faisais que profiter des bonnes décisions prises en 1947, en 1948 et en 1949. Nous vous invitons à vous pencher sur ces décisions et sur d'autres choix diplomatiques essentiels qui définissent encore la politique étrangère des États-Unis. L'examen de ces moments extraordinaires peut nous aider tous à mettre en perspective les problèmes auxquels nous avons à faire face de nos jours. Le président Bush et moi sommes convaincus que nous nous trouvons de nouveau à une période extraordinaire de l'histoire. La cause fondamentale des attentats du 11 septembre 2001 est l'expression violente d'une idéologie extrémiste universelle qui se fonde sur l'oppression et le désespoir de la population du Moyen-Orient contemporain. Il s'ensuit que notre réaction doit être de grande ampleur et tournée vers l'avenir. Il nous faut nous employer à supprimer la source même du terrorisme en aidant les hommes et les femmes de cette partie du monde à transformer leur vie et leur pays. Nous savons que la démocratisation n'est pas facile. Notre propre histoire est celle d'un peuple imparfait qui cherche depuis des siècles à être à la hauteur de l'idéal noble des principes démocratiques. Alors que nous regardons ceux qui font de même, nous leur devons le respect et il nous faut avoir confiance qu'eux aussi réussiront à réaliser leurs aspirations. Tout comme ces grands architectes de l'après-guerre contribuèrent à poser les fondements de l'avancée démocratique actuelle, nous prenons maintenant des décisions qui auront des répercussions pendant de nombreuses décennies. Si notre action est couronnée de succès, nous transmettrons à ceux qui viendront à notre suite les fondements pour la construction d'un monde empreint d'espoir, d'un monde où la paix et la liberté régneront.
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