La place de la coopération internationale
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« Le 11 septembre représente un jour terrible dans l'histoire des États-Unis et du monde entier. Toutefois, cet événement a donné lieu à des changements positifs, explique Richard Armitage, secrétaire d'État adjoint. D'une certaine façon, la stratégie de sécurité nationale traduit un réalignement mondial qui offre à toutes les nations l'occasion de redéfinir leurs priorités. Ce faisant, nous avons la possibilité d'orienter la coopération internationale sur deux volets : non seulement remporter la guerre contre le terrorisme, mais aussi relever tous les défis qui concernent la communauté internationale. » |
À la fin de novembre dernier, alors que les Américains se préparaient à célébrer Thanksgiving, le peuple du Sri Lanka avait aussi d'excellentes raisons de se réjouir. Le 25 novembre, à Oslo en Norvège, les représentants de 22 nations - y compris les États-Unis - s'engageaient à soutenir politiquement et financièrement le processus de paix au Sri Lanka qui offre le meilleur espoir, depuis plusieurs années, de mettre fin à vingt ans de violence et de terreur.
Cette date nous a rappelé que la résolution d'un conflit, même pour un petit pays comme le Sri Lanka, n'est possible qu'avec le soutien de la communauté internationale. Le 25 novembre nous a également prouvé qu'aucune nation ne peut lutter efficacement contre le terrorisme et contre les conditions qui sont le ferment de ce phénomène sans l'appui d'autres nations ou organisations.
À l'aube du XXIe siècle, les États-Unis sont, sans conteste, la nation la plus puissante aux plans diplomatique, économique, militaire et culturel. Le peuple américain a, bien plus qu'à tout autre moment de son histoire, la possibilité et les moyens de protéger et de propager ses intérêts dans le monde. Bien plus que jamais, la nation américaine a l'immense responsabilité de montrer la voie.
Toutefois, notre puissance et influence ne nous empêchent pas d'être confrontés aux mêmes défis en matière de sécurité que le Sri Lanka. Il apparaît qu'aucune nation ne peut faire cavalier seul pour s'attaquer à ce problème.
La coopération est un principe fondamental de la stratégie de sécurité nationale du président Bush. Ce document consacre non seulement un chapitre à l'importance stratégique des alliances et des partenariats, mais il souligne sur presque chaque page le besoin de coopération entre les nations, les institutions et les organisations internationales. La coopération internationale est un ingrédient indispensable, que l'objectif soit de lutter contre le terrorisme, de protéger la stabilité régionale, de développer les échanges et le développement, de maintenir des liens amicaux avec les puissances mondiales ou de faire face à des problèmes transnationaux tels que les armes de destruction massive, les maladies infectieuses ou la criminalité internationale.
L'attachement que portent les États-Unis à la coopération internationale reflète non seulement un certain pragmatisme mais aussi un principe clé que nous retrouvons tout au long de notre histoire et qui sous-tend notre vision de l'avenir. La stratégie de sécurité nationale du président Bush montre très clairement que la politique étrangère américaine a pour objectif non seulement de protéger le peuple américain mais aussi de défendre la dignité humaine sur les cinq continents. Ce programme ambitieux exige que l'on gagne la guerre contre le terrorisme et que l'on applique les leçons tirées de ces nouvelles relations tissées pendant cette guerre pour relever les nouveaux défis qui se poseront à nous à l'avenir. Le département d'État, agence clé dans le développement et le maintien des relations internationales d'aujourd'hui et de demain, joue un rôle fondamental dans la mise en œuvre de cette vision. En sa qualité de représentant du président dans cette initiative, le secrétaire d'État, M.Colin Powell, assume son rôle avec sérieux et dévouement pour tisser ces relations précieuses et orchestrer les efforts du département d'État.
Tout gouvernement se doit d'assurer la protection de ses gouvernés. La priorité numéro un du président Bush est d'empêcher une autre attaque terroriste contre le peuple américain. Comme l'indiquent les récents attentats à Bali et au Kenya, le terrorisme est devenu une réalité quotidienne et une menace pour toutes les nations et les peuples du monde entier. Par conséquent, notre réaction et les retombées de notre politique doivent avoir un caractère mondial. Si nous nous réserverons toujours le droit d'agir seuls pour défendre nos intérêts, notre sécurité nationale se trouve renforcée quand d'autres pays choisissent de nous aider à nous protéger en jouant un rôle constructif et proactif. Étant donné les visées mondiales des terroristes, la sécurité nationale aujourd'hui dépend de la protection que s'accordent mutuellement les pays et pas uniquement de l'infaillibilité des mesures mises en œuvre par un pays pour se défendre.
Même si, en temps de guerre, les coalitions sont monnaie courante, la coalition actuelle contre le terrorisme est sans précédent, tant au plan de sa portée qu'à celui de son ampleur. Dans le cadre d'un effort diplomatique considérable, les États-Unis se sont ralliés à quelque 180 nations pour contrer les menaces terroristes grâce à une panoplie de moyens : renseignements, finances, forces de police et opérations militaires. C'est le Conseil de sécurité des Nations unies qui a permis la formation d'une coalition aussi vaste en adoptant la résolution 1373 qui oblige toutes les nations à lutter activement contre toutes formes de soutien aux terroristes et à leurs alliés - financement, recrutement, transit, accueil - et à collaborer avec les autres pays à la lutte antiterroriste.
Le réseau mondial d'alliances et de partenariats des États-Unis, dont plusieurs ont vu le jour, pendant la guerre froide, s'est adapté très rapidement au nouvel environnement de sécurité qui a suivi le 11 septembre. Au lendemain de la tragédie, l'OTAN, l'ANZUS (Australie, Nouvelle-Zélande et États-Unis) et l'OEA (Organisation des États américains), par exemple, ont fait appel pour la première fois à des mécanismes de légitime défense définis il y a cinquante ans. Les forces de l'OTAN venues d'Europe ont bien patrouillé le ciel américain dans les jours et les mois qui ont suivi les attaques. D'autres institutions multilatérales ont changé de cap pour répondre aux besoins immédiats. Le Financial Action Task Force (groupe d'action financière), créé pour traquer les fonds soutenant le trafic international de stupéfiants, a pris les devants pour remonter les filières de financement menant aux terroristes. Les pays du G-8 se sont réunis pour mettre sur pied, dans le cadre de l'initiative « Container Security » (sécurité des conteneurs), des réseaux sécurisés d'échanges et de communication, incluant le placement mutuel d'inspecteurs de douanes dans leurs ports. De nouvelles relations sont également intervenues. Ainsi, pour la première fois, des diplomates américains ont négocié avec les États d'Asie centrale des droits d'accès et de survol pour les forces américaines et celles de la coalition.
Depuis plus d'un an, ce mélange de soutien multilatéral composé d'alliances ad hoc et d'arrangements plus formels a permis de mener une campagne antiterroriste efficace et continue. Les opérations militaires des forces alliées ont permis de chasser Al-Qaëda de l'Afghanistan en détruisant ses infrastructures et en tuant ou capturant plusieurs de ses chefs. Les autres se cachent ou sont en cavale. L'échange de renseignements et la coopération des forces de police ont conduit à l'arrestation ou à la détention de presque 2.300 suspects dans 99 pays et ont permis d'éviter des attaques sur des civils dans le monde entier, même si malheureusement certaines n'ont pu être empêchées. Quelque 160 pays ont gelé plus de 100 millions de dollars d'avoirs appartenant aux terroristes et à leurs alliés. Tous ces efforts ont été accomplis par des experts chevronnés en politique étrangère à qui l'on doit les accords et les actions nécessaires.
Outre, la conduite de la guerre et le déploiement de moyens à long terme pour lutter contre le terrorisme, la coalition internationale actuelle a été essentielle pour libérer l'Afghanistan. Même si, en partie, cet effort a un caractère humanitaire, il constitue aussi une mesure de sécurité très importante. Pendant de trop nombreuses années, l'Afghanistan a servi de base et de camp d'entraînement aux terroristes. La paix et la stabilité en Afghanistan sont non seulement dans l'intérêt du pays et de ses 23 millions d'habitants, mais aussi dans celui des pays limitrophes qui ont subi les vagues déstabilisantes du trafic de stupéfiants, de la criminalité et du flux de réfugiés afghans, et dans celui des pays du monde où l'État de droit est un fait que les activités d'Al-Qaëda menacent.
Des décennies de guerre en Afghanistan ont laissé leur marque. Le pays est dépourvu d'infrastructures de base et d'institutions pour assurer le fonctionnement de la société civile et leur reconstruction nécessitera des moyens considérables. Ainsi, la reconstruction d'une route goudronnée allant de Kaboul à Herat coûte 260 millions de dollars au moins et la réalisation de ce seul projet impliquera les efforts financiers du Japon, de l'Arabie Saoudite et des États-Unis. À l'heure actuelle, pour se maintenir à l'abri du chaos, l'Afghanistan a besoin d'un engagement international continu aux niveaux politique et financier ainsi que d'un ballet diplomatique intense pour maintenir cet engagement.
Les campagnes simultanées de lutte antiterroriste et de reconstruction en Afghanistan mettent à rude épreuve la détermination et les moyens disponibles de la communauté internationale. Les chefs de file américains, et en particulier les efforts diplomatiques du département d'État, ont joué un rôle majeur dans la mobilisation des moyens et des efforts, et leurs résultats ont été spectaculaires. Comme l'indique la stratégie de sécurité nationale, « en menant la campagne antiterroriste, nous forgeons des relations internationales nouvelles et productives et nous redéfinissons les relations déjà existantes pour affronter les grands défis de notre siècle ».
À l'instar du terrorisme, la plupart des défis du XXIe siècle seront des problèmes d'ordre international : prolifération des armes de destruction massive, nécessité de garantir que tous les pays profitent de la mondialisation et propagation de maladies infectieuses. Des soulèvements internes continueront à ébranler la stabilité régionale. Ces problèmes transnationaux demandent des solutions transnationales et la guerre actuelle aide les États-Unis à élaborer les processus et les mécanismes de coopération nécessaires.
Les alliances et les rivalités datant de la guerre froide, modifiées par la lutte contre le terrorisme, montrent des signes prometteurs d'assouplissement. Ainsi, la stratégie de sécurité nationale souligne que les États-Unis ont peut-être une nouvelle occasion de définir un avenir où « les centres principaux de puissance mondiale » coopèreraient davantage et se livreraient moins à une compétition acharnée. Depuis le message de condoléances et de soutien du président russe Vladimir Poutine immédiatement après les attaques du 11 septembre, la coopération américano-russe dans la guerre antiterroriste a été surprenante par son échelle, sa profondeur et son ouverture. Les États-Unis ont également forgé de nouvelles relations avec la Chine qui a offert une aide précieuse pour traquer les réseaux de financement des terroristes. Dans les deux cas, le chevauchement de nos efforts nous ouvre de nouvelles possibilités de dialogue dans des domaines traditionnellement sensibles tels la sécurité régionale, la prolifération des armes de destruction massive, le respect des droits de l'homme et des questions importantes en matière de commerce comme l'adhésion à l'OMC.
Les institutions multilatérales ont été stimulées. Après les efforts diplomatiques intenses des États-Unis, les Nations unies ont par exemple adopté la résolution 1441, adoptant une nouvelle position plus dure face à la menace que représente la possession par l'Irak d'armes chimiques, biologiques et peut-être nucléaires. L'OTAN aussi s'est réorganisée pour répondre aux besoins actuels. Lors de son dernier sommet, à Prague, l'OTAN a invité sept pays européens à devenir membres de l'organisation. Elle a réaffirmé son attachement au renforcement des capacités militaires et mis l'accent sur le resserrement de ses liens avec la Russie, l'Asie centrale et d'autres régions au-delà de l'Europe.
La prise de conscience à l'échelle internationale que des conditions néfastes telles la répression, la pauvreté et les maladies menacent la stabilité internationale a entraîné la création de nouveaux mécanismes de coopération. Il est crucial que les États-Unis montrent la voie dans ces efforts, mais ils ne seront vraiment efficaces que s'ils peuvent obtenir le soutien des autres pays. Le VIH/Sida par exemple constitue une crise atterrante en matière de santé publique et elle menace à terme de déstabiliser plusieurs régions. Les États-Unis ont versé le premier et le plus important don au Fonds mondial lancé par le G-8 qui a reçu l'aval des Nations unies pour lutter contre la propagation de cette maladie et traiter ses conséquences. Ce fond dispose maintenant de 2,1 milliards de dollars. Lors de conférences internationales comme celle des Nations unies sur le financement du développement qui a eu lieu à Monterrey, les États-Unis ont aidé à concevoir de nouvelles approches en matière d'aide internationale, basées sur les principes de l'obligation de rendre des comptes, de la responsabilité fiscale et de la bonne gouvernance. Les États-Unis ont ainsi établi le Compte du millénaire, financé à hauteur de 5 milliards de dollars, qui représente une augmentation de 50 % de leur engagement en matière d'aide étrangère, et dont les fonds seront distribués selon ces principes fondamentaux.
En conclusion, ces nouveaux mécanismes de coopération vont perdurer en raison d'un double impératif de pragmatisme et de principe. En premier lieu, lorsqu'il s'agit de gérer des problèmes transnationaux, la coopération va dans l'intérêt de nombreux pays et, en second lieu, ces pays partagent certaines valeurs qu'ils tiennent à cœur. Les terroristes, par exemple, constituent une menace évidente et directe à l'État de droit, aux normes et aux règles internationales en matière de dignité humaine et, en fin de compte, au système international des États.
Le 11 septembre représente un jour terrible dans l'histoire des États-Unis et du monde entier. Toutefois, cet événement a donné lieu à des changements positifs. D'une certaine façon, la stratégie de sécurité nationale traduit un réalignement mondial qui offre à toutes les nations l'occasion de redéfinir leurs priorités. Ce faisant, nous avons la possibilité d'orienter la coopération internationale sur deux volets : non seulement remporter la guerre contre le terrorisme, mais aussi relever tous les défis qui concernent la communauté internationale. Chaque pays en retirera des bénéfices, du Sri Lanka aux États-Unis.