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Réseautage social 2.0

Jessica Hilberman

The Next New Thing

SOMMAIRE
Avant-propos
Comment innover dès à présent
Innovations et santé
Portrait d'un jeune innovateur : John Wherry
Ah que le monde est petit!
Portrait d'un jeune innovateur : Michael Wong
Réseautage social 2.0
Entretien avec un jeune innovateur : Matt Flannery
Les sports de l'avenir
Portrait d'un jeune innovateur: Luis von Ahn
Les architectes s'inspirent de la nature
Portrait d'une jeune innovatrice : Christina Galitsky
Réapprendre l'éducation
Portrait d'une jeune innovatrice : Geneva Wiki
Innovations dans le domaine musical
Portrait d'une jeune innovatrice : Maya del Valle
L'avenir du voyage
Portrait d'une jeune innovatrice : Beth Shapiro
Une nation innovante
Sites Internet (en anglais)
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social networking

Le terme de « réseautage social » évoque des sites web tels que Bebo et MySpace, mais la pratique de l'établissement de relations personnelles via l'Internet donne lieu à toute une vague d'innovations technologiques dans les entreprises et les organisations américaines. Les nouveaux réseaux sociaux ne reposent pas sur l'obtention de revenus publicitaires et les retrouvailles d'amis d'enfance. Ils sont conçus avec des objectifs spécifiques en tête, qui vont de la lutte contre la pauvreté au rassemblement de partisans de campagnes électorales. En appréhendant de façon large les applications des réseaux sociaux, entrepreneurs, philanthropes et même candidats politiques établissent des connexions de manières aussi nouvelles que fascinantes. De par les sites qu'ils élaborent, ils modifient la nature de l'interaction humaine sur l'Internet.

Lutte contre la pauvreté

Sean Blagsvedt, employé américain de Microsoft responsable d'un laboratoire à Bangalore, a pris conscience de la chance qu'il avait eue de naître dans un pays riche. Il a décidé de mettre ses connaissances techniques au service des pauvres de l'Inde.

En se documentant sur les causes de la pauvreté, Sean Blagsvedt a trouvé une étude indiquant que c'était par l'emploi que les gens s'extirpaient de la pauvreté. Plus de 70 % du temps, ils trouvent ces emplois grâce à des relations. Fort de cette information, Sean Blagsvedt a conçu l'idée de mettre en rapport employés et employeurs au moyen d'un système informatisé ; encore fallait-il résoudre la difficulté qui tenait à ce qu'en Inde, la plupart des pauvres n'ont pas accès aux techniques de l'information.

Pour cela, il a créé Babajob, un site web indien qui met les demandeurs d'emploi en relation avec des employeurs. Sean Blagsvedt et son équipe paient les gens dotés d'un accès à l'Internet pour qu'ils inscrivent sur Babajob les gens qui n'ont pas ce luxe, ce qui résout le problème de l'inscription des demandeurs d'emploi dans sa base de données. Cela crée aussi un nouveau type d'emploi intermédiaire, fondé sur les réseaux sociaux, où les gens équipés d'un ordinateur et ayant des connaissances dans ce domaine peuvent se procurer des revenus. Babajob travaille aussi avec des cybercafés et des organisations non gouvernementales pour contribuer à la création d'un pool de demandeurs d'emploi. Un profil est établi pour chaque candidat et les futurs employeurs peuvent ainsi trouver les compétences qui les intéressent. Une condition exigée des candidats est qu'ils aient accès à un téléphone, même si celui-ci appartient à un parent éloigné.

Ce qui fait la spécificité de Babajob par rapport aux autres entreprises de réseautage, dit Sean Blagsvedt, c'est qu'il a recours à « des incitations financières et sociales pour encourager un comportement positif, à savoir faire embaucher les pauvres  ». Bien que Babajob n'existe que depuis quelques mois, l'idée s'est répandue dans le monde entier. Sean Blagsvedt a reçu des messages électroniques de gens qui souhaitent appliquer sa méthode aux États-Unis, au Mexique, au Pérou et au Royaume-Uni, en tant que moyen d'intégration des travailleurs d'Europe orientale dans l'économie.

Le recyclage

Lorsque les entreprises se déplacent, se contractent ou ferment leurs portes, elles ont souvent une quantité considérable de matériel excédentaire. Ce matériel a permis à Ken Kurtzig de créer une entreprise écologique prospère, fondée sur le site web iReuse.com. (I reuse = Je réutilise. NdT.) Ce site met en relation les gens qui ont du matériel en trop et les gens qui en ont besoin ; il met ainsi en rapport des grandes entreprises telles qu'Adobe et Birkenstock avec de petites organisations sans but lucratif à la recherche de dons divers, bureaux, télécopieurs et autres.

L'opération iReuse s'articule en trois composantes : l'offre, la demande et la technologie qui les unit. Essentiellement, les deux côtés dressent des listes. Les fournisseurs indiquent ce qu'ils ont à donner et ceux qui recherchent du matériel font la liste de ce dont ils ont besoin. La technologie du site relie ces listes entre elles. Ken Kurtzig a mis au point un grand nombre de programmes brevetés pour le site, mais il entend les mettre à la disposition d'autres organisations sans but lucratif.

Les avantages de la formule sont multiples. Il y a un avantage social, étant donné que les institutions qui n'ont pas les moyens de s'acheter du matériel nouveau sont mises en rapport avec des organisations qui peuvent faire des dons. Ken Kurtzig note que lorsque l'administrateur d'un établissement d'enseignement établit une liste de besoins, iReuse lui permet de trouver des entreprises disposant des surplus correspondants. « Avant iReuse, dit-il, les organisations sans but lucratif recevaient un tas de choses dont les entreprises se débarrassaient et dont souvent, elles n'avaient rien à faire. Avec nos listes de souhaits, les gens ne reçoivent ou ne prennent que ce dont ils ont besoin. »

Il y a également d'immenses avantages pour l'environnement, du fait que le matériel excédentaire n'aboutit pas dans les décharges publiques. Il y a moins de déchets et plus d'objets recyclés.

Enfin, il y a pour les grandes entreprises donatrices un avantage financier provenant de l'économie des coûts de la mise au rebut des déchets. Les entreprises clientes de iReuse cherchent à économiser de l'argent et du temps ainsi qu'à sauvegarder l'environnement, dit Ken Kurtzig. En les mettant directement en rapport avec des organisations qui peuvent réutiliser leur matériel excédentaire, iReuse soutient simultanément le secteur commercial et le secteur associatif.

Aide aux victimes de catastrophes

Inspirés par les difficultés de l'acheminement des secours au lendemain du passage de l'ouragan Katrina sur la côte américaine du golfe du Mexique en 2005, Anand Kulkarni et Ephrat Bitton, deux étudiants de troisième cycle de l'université de Californie à Berkeley, ont eu l'idée de créer un marché de particulier à particulier pour les dons caritatifs. Ils s'intéressaient tous deux aux possibilités d'utiliser les technologies de l'information pour résoudre des problèmes sociaux et ils ont constaté une situation particulièrement déplorable après le passage de Katrina : de nombreuses personnes voulaient aider les sinistrés, mais elles pouvaient faire peu de choses. Le résultat est iCare [I care = Cela me concerne. NdT.], site qui permet aux populations sinistrées de faire connaître leurs besoins de manière à ce que les membres du public puissent faire don des biens et des services les plus nécessaires.

iCare chart

Le site iCare [http://icare.ieor.berkeley.edu/] repose sur une application en ligne qui opère une synthèse de plusieurs bases de données disponibles sur l'Internet, notamment des transporteurs, des listes de besoins des populations touchées, et des stocks de fourniture d'urgence. Les modalités de réponse décentralisées, partiellement automatisées, sont conçues pour éliminer les inefficacités en assurant l'acheminement simultané de l'aide par plusieurs voies distinctes, ce qui réduit les perturbations potentielles telles que les ruptures locales de stocks et le vol. L'apport de dons en nature et non pas en espèces élimine aussi les coûts liés à la gestion de grandes organisations, ce qui fait qu'un pourcentage plus grand des dons atteint les bénéficiaires.

« Il y avait une immense bonne volonté de la part du public qui était tout disposé à contribuer de toutes les manières possibles, au niveau personnel, aux interventions de secours, mais peu de mécanismes le permettant », dit Anand Kulkarni à propos de Katrina. En voyant le nombre de bénévoles qui se sont rendus en voiture jusqu'à la Nouvelle-Orléans pour aider et la foule de gens qui ont commencé à coordonner les efforts par l'entremise de sites web pour fournir des logements et des emplois, les deux fondateurs de iCare ont constaté que le public souhaitait apporter une aide allant au-delà du simple envoi d'un chèque. C'est ce qui les a amenés à créer ce réseau conçu pour permettre aux gens de s'entraider et pour empêcher la fraude et la corruption de se greffer sur le processus.

Les sites Web et les campagnes électorales

Les sites web sont les lieux où l'on se rend pour trouver des informations sur les candidats à l'élection présidentielle américaine de 2008, ce qui était déjà le cas en 2004. Mais aujourd'hui, la plupart des candidats prennent aussi contact avec le public par l'entremise de sites de réseautage social connus : Hillary Clinton, Mike Huckabee, John Edwards et Rudy Giuliani ont tous recours au site de réseautage professionnel LinkedIn.com pour faire connaître leurs programmes et leurs points de vue.

L'un des candidats du peloton de tête, Barack Obama, a élaboré une composante de réseautage social sur son propre site. Sur http://my.barackobama.com, les utilisateurs peuvent donner des informations sur leur profil, rédiger des blogs, avoir un accès personnalisé aux informations sur les manifestations, établir des réseaux avec leurs amis et gagner des points pour mesurer l'impact qu'ils ont sur la campagne. Selon les prospectus politiques, plus de 280.000 personnes ont ouvert un compte personnel sur barackobama.com ; elles ont créé plus de 6 500 groupes de bénévoles et ont organisé plus de 13.000 manifestations en se servant du site web.

Les utilisateurs peuvent aussi présenter leurs idées de politiques en téléchargeant des textes ou des vidéos. Si d'autres candidats, tels que Fred Thompson et Hillary Clinton, ont des blogs et des fonctions de recherche sur leur site Internet, le système de « tableau de bord » de celui d'Obama reproduit celui des grands sites de réseautage social tels que MySpace, en permettant à ses partisans de s'envoyer des messages entre eux par l'entremise du site. M. Obama préconise d'ailleurs la mise en place d'une infrastructure de communications moderne, fondée sur les techniques de pointe, et il a déjà commencé à le faire avec le site Web de sa campagne.

The Next New Thing

Jessica Hilberman est journaliste et rédactrice. Elle a publié de nombreux ouvrages sur les nouvelles technologies, la santé, la culture populaire et les questions urbaines. Elle vit dans le nord de la Californie.

Les opinions exprimées dans le présent article ne coïncident pas nécessairement avec les vues ou les politiques du gouvernement des États-Unis.