Portrait de jeunes innovateurs : Beth Shapiro
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Si vous cherchez à analyser l'ADN du dronte (dodo), un grand oiseau coureur de l'Ile Maurice aujourd'hui disparu, voici la marche à suivre : commencez par trouver un os de dronte non fossilisé. La tâche est aisée. Parmi les quelques spécimens connus dans le monde, un crâne et un pied gauche sont conservés dans des boîtes au deuxième étage du Musée d'histoire naturelle de l'université d'Oxford. Ils appartiennent à l'université depuis 1683, date approximative de la mort du dernier dronte. Le musée n'est pas grand, mais si jamais vous vous perdez, cherchez une petite plaque qui se trouve près de l'entrée de la salle, où a eu lieu en 1860 un débat légendaire sur la théorie de l'évolution de Charles Darwin. Le plus dur, comme la biologiste Beth Shapiro l'a constaté en 2000, sera de convaincre le responsable des collections, Malgosia Nowak-Kemp, de vous autoriser à faire un prélèvement dans ce qui est la définition même d'une ressource non renouvelable. Certes, vous n'aurez pas besoin d'abîmer grand-chose - un fragment de la taille de l'ongle d'un petit doigt devrait suffire - mais il est quasiment certain que vous ne pourrez pas vous y reprendre à deux fois. Essayez donc de ne pas vous laisser impressionner. « Voilà un spécimen très connu et une petite Américaine qui arrive et demande à en prendre un morceau », raconte Beth Shapiro. « J'avais encore plus peur que [Nowak-Kemp]. » Prochaine étape : une amplification en chaîne par polymérase. L'ACP, qui sert aussi bien aux tests de paternité qu'au clonage, ne peut se faire que dans un laboratoire très bien équipé. Avant d'entrer, revêtez une combinaison spéciale, comme celle que l'on porte dans les usines de fabrication de puces électroniques, afin d'éviter de contaminer votre échantillon avec de l'ADN moderne. Prêt ? Il ne vous reste plus qu'à broyer l'os de dronte en une fine poudre, que vous dissoudrez ensuite dans une solution aqueuse. Ajoutez-y du magnésium et des polymérases d'ADN - des enzymes qui aident les gènes à se reproduire. Faites chauffer le tout à 150 degrés Fahrenheit (65,5 degrés Celsius) pour diviser les chaînes d'ADN en deux brins. Laissez refroidir, afin que les enzymes polymérases se fixent sur l'ADN du dronte et en fabriquent des copies. Répétez l'opération au moins 30 fois. Au matin, vous devriez avoir dans votre éprouvette environ un million de copies d'un gène ou d'un fragment de gène de dronte. Pour Mme Shapiro, âgée de 31 ans, cette procédure dont la simplicité n'est qu'apparente a été la recette du succès. Lorsqu'elle est arrivée à Oxford avec une bourse Rhodes en 1999, elle s'est formée auprès d'Alan Cooper, pionnier du tout nouveau domaine d'études de l'ADN ancien. Durant les huit ans qui ont suivi, Beth Shapiro s'est hissée aux premiers rangs de ce secteur de recherche encore minuscule mais qui suscite beaucoup d'attention et compte une majorité de jeunes chercheurs. Les recherches portant sur l'ADN ancien analysent les gènes de plantes et d'animaux disparus depuis longtemps - ce qui permet aux scientifiques de reconstituer l'évolution, et l'extinction, d'espèces avec une précision inimaginable il y a cinq ans encore. Ainsi, en comparant l'ADN de dronte aux gènes de cinq autres espèces, Beth Shapiro a pu établir que cet oiseau incapable de voler étant un parent éloigné du pigeon. Beth Shapiro a parcouru le monde en quête d'échantillons d'ADN, anciens ou non. L'an dernier, elle est allée à l'île Maurice, dans l'océan Indien, pour chercher - en vain - des os de dronte non fossilisés à comparer avec le spécimen d'Oxford. L'ADN se rencontre en général sous forme de multiples fragments minuscules, et en l'absence d'un animal vivant, il est impossible d'établir quel gène est intervenu à quel stade du développement du dronte. Pour simplifier : pas de maman dronte, pas de bébé dronte. Beth Shapiro espère que ses recherches contribueront à éviter à certaines espèces contemporaines de connaître le même sort que le dronte.
Cet article est extrait de « How to Make A Dodo » d'Andrew Curry, publié dans le numéro d'octobre 2007 de la revue Smithsonian d'octobre 2007. Les opinions exprimées dans le présent article ne coïncident pas nécessairement avec les vues ou les politiques du gouvernement des États-Unis. |
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