Portrait d'un jeune innovateur :
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« La réalisation des plus grands projets de l'humanité - le canal de Panama, les pyramides d'Égypte - a exigé la participation de cent mille personnes, dit-il. À présent, pour la première fois dans l'histoire, on peut facilement amener un nombre encore plus grand de personnes à travailler de concert. Imaginez ce qu'on pourrait accomplir avec 500 millions de personnes. » L'astuce consiste à obtenir leur coopération. Comme Tom Sawyer, Luis von Ahn a trouvé une solution à la fois simple et astucieuse : transformer cette tâche en jeu. Chaque année, les gens perdent des milliards d'heures à jouer au solitaire sur leur ordinateur. Selon lui, les jeux qu'il conçoit ayant un but précis, ils permettront au contraire d'accomplir toutes sortes de tâches utiles. Les joueurs traduiront des documents dans une autre langue ou aideront les aveugles à naviguer sur le Web - tout en se distrayant. Et à moins de prêter une grande attention aux détails, ils pourront très bien ne pas se rendre compte qu'ils font œuvre utile. Ce qui intéresse les chercheurs concernant le travail d'intelligence artificielle de von Ahn, c'est moins la perspective d'obtenir que les gens s'acquittent de besognes ennuyeuses et répétitives que la promesse de former les ordinateurs pour qu'ils accomplissent ces tâches eux-mêmes. Bien des tâches faciles pour les humains sont étonnamment difficiles pour les ordinateurs, en particulier celles que les enfants maîtrisent facilement comme classer des objets, reconnaître des visages, apprendre à parler une langue et à déchiffrer une écriture. Michael Kearns, informaticien de l'université de Pennsylvanie, déclare : « De nombreuses personnes étudient le problème difficile qui consiste à amener les ordinateurs à apprendre, et quantité d'autres personnes ont conscience de la valeur de divertissement du Web. Mais il est rare de trouver quelqu'un comme von Ahn qui a profondément réfléchi à la façon de combiner ces deux éléments. » Le grand objectif de von Ahn est, selon lui, d'obtenir que les ordinateurs fassent tout ce que les gens peuvent faire. « Je pense que cela arrivera à coup sûr, sinon dans cinquante ans, du moins dans un siècle. » En attendant, M. von Ahn s'associe avec Internet Archive, une bibliothèque numérique, pour amener les utilisateurs d'ordinateurs à contribuer à la numérisation d'anciens livres de bibliothèque, par exemple en tapant des mots difficiles à lire dans les livres scannés lorsqu'ils font une demande de compte courriel. Il coopère également avec le ministère de la sécurité intérieure à la mise au point d'un jeu ayant pour but d'aider les inspecteurs des aéroports à faire leur travail en attirant leur attention sur d'importants détails lors de l'examen des bagages aux rayons X et, avec l'étudiant de troisième cycle Severin Hacker et le programmeur Michael Crawford, il planche sur la conception d'un jeu permettant de classer les images dans un ordre esthétique. Il projette d'utiliser ces données pour apprendre aux ordinateurs à classer la beauté. Jusqu'à maintenant, ce sont les jeunes chiots et les bébés qui viennent en tête. Il se peut que les esthètes protestent, mais il est peu probable que cela décourage M. von Ahn. « Luis est intrépide », déclare Manuel Blum, informaticien de Carnegie Mellon et ancien conseiller de M. von Ahn. « Il est prêt à se lancer sur des voies où peu de gens oseraient s'aventurer. »
Les opinions exprimées dans le présent article ne coïncident pas nécessairement avec les vues ou les politiques du gouvernement des États-Unis. |
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