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Le vivier du mécénat

Robin Yeager

La philanthropie aux États-Unis

SOMMAIRE
Avant-propos
Aider son prochain : les incitations publiques au bénévolat
Les fondations sont des architectes du changement social
Le secteur sans but lucratif du New Jersey: vecteur de développement économique
Le vivier du mécénat
Regards sur le monde de la philanthropie
La philanthropie exige plus que des gestes spontanés
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La philanthropie aux États-Unis
Bibliographie (en anglais)
Sites internet (en anglais)
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L'article ci-après fait le point, exemples à l'appui, des diverses formes que revêt la philanthropie aux Etats-Unis. Robin Yeager fait partie de l'équipe de rédaction de la revue électronique consacrée à la société américaine que publie le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat des Etats-Unis. Robin Yeager a elle-même administré des associations sans but lucratif et formé du personnel dans ce genre d'organismes.

A student from Zimbabwe celebrating her graduation; a 24-hour Shakespeare reading event; music students of Oberlin College in Ohio

 

Les dons que reçoivent les associations caritatives des Etats-Unis proviennent de sources diverses : sociétés, simples particuliers et groupes d'individus qui ont des intérêts communs. Les groupes d'entraide sociale, les clubs sportifs, les associations de solidarité, les institutions confessionnelles et les individus qui se regroupent autour d'une cause commune, par exemple l'amour des animaux ou la volonté de remédier à un problème social, peuvent en effet se mobiliser au profit d'une association de bienfaisance ou de diverses causes caritatives. On voit ainsi des clubs et des équipes mobiliser des fonds à l'appui d'activités philanthropiques, par exemple en vendant diverses marchandises. Le présent article décrit les multiples formes que revêt la philanthropie aux Etats-Unis.

Le mécénat d'entreprise

Aux Etats-Unis, les petites entreprises comme les grandes sociétés soutiennent régulièrement des causes philanthropiques : elles font des dons de nourriture ou de boissons à des écoles à l'occasion de manifestations scolaires ; elles laissent des employés contribuer à une bonne cause en prenant sur leur temps de travail ou en utilisant des ressources de l'entreprise ; elles contribuent financièrement à telle ou telle association de bienfaisance. En fait, on attend d'elles ce genre de comportement, qui prouve la conscience sociale de l'entreprise.

Les raisons qui les motivent sont multiples. Une raison primordiale, c'est que l'entreprise (ou sa direction, devrait-on dire) est attachée à telle ou telle cause et qu'elle ne demande pas mieux que d'y affecter des ressources. Mais il ne faut pas s'arrêter là. Le salarié qui agit en faveur du bien commun se sent fier de son employeur et intimement lié aux efforts de l'entreprise. Le moral des employés y gagne, et ceux-ci ressentent une certaine affinité avec leur employeur. La gratitude des bénéficiaires et de la collectivité dans son ensemble mérite aussi d'être signalée : l'entraide est un bon outil de relations publiques. Enfin, le système d'incitations fiscales en place aux Etats-Unis encourage le mécénat dans la mesure où les contributions financières sont en parties compensées par l'octroi d'allègements fiscaux. Comme le montre l'étude de cas qui suit à propos de Microsoft, une entreprise peut faire don d'argent, de services à caractère général ou professionnel, de produits ou de matériel. On parle souvent de contributions en nature quand les dons portent sur des biens et des services.

Consciente de l'influence positive du mécénat d'entreprise tant sur la collectivité que sur la cote d'estime des sociétés, la Chambre de commerce des Etats-Unis encourage activement ses adhérents à se montrer généreux et elle tient ses comptes. En outre, les PDG de nombreuses grandes sociétés américaines sont membres d'un comité qui encourage le mécénat d'entreprise (le CECP, Committee to Encourage Corporate Philanthropy) et dont la mission est expliquée au site http:/www.corporatephilanthropy.org

Etude de cas : Microsoft - En 2005, la société Microsoft a fait don de 61 millions de dollars au profit d'activités de bienfaisance à l'échelle mondiale et elle a donné des logiciels d'une valeur estimée à 273 millions de dollars. Des associations implantées dans la région du Puget Sound, dans l'Etat de Washington, où se trouve le siège de Microsoft, ont ainsi reçu 19,4 millions de dollars et des logiciels d'une valeur de 4,4 millions de dollars. Au total, Microsoft a partagé ses largesses avec 9.201 associations caritatives à travers le monde, lesquelles ont notamment bénéficié de son programme de financement de contrepartie dans le cadre duquel les contributions individuelles des salariés de Microsoft sont complétées à part égale par des fonds de la société : les 20,6 millions de dollars qu'ont versés ses salariés à des associations de leur choix sont ainsi passés du simple au double.

En outre, Microsoft encourage le bénévolat. Depuis qu'elle comptabilise le nombre d'heures que ses employés consacrent volontairement et sans rémunération à diverses bonnes causes, c'est-à-dire depuis octobre 2005, environ 1.500 d'entre eux ont accumulé 60.000 heures au total. Si l'on tient compte du fait qu'il s'agit d'une initiative récente et que le mode de communication des heures « données » est récent, il est tout à fait possible que le chiffre réel soit encore plus élevé.

Par le biais de programmes de ce genre, Microsoft et ses salariés ont été en mesure d'apporter un solide appui à la Fondation Seattle, qui dessert les collectivités de la région, ainsi qu'à la section du mouvement United Way dans le comté de King - bel exemple de la complémentarité des liens entre le mécénat d'entreprise, les œuvres de bienfaisance, les diverses sections de l'organisation United Way, le mécénat individuel et les fondations familiales (la célèbre fondation Bill et Melinda Gates n'est pas la seule à être issue de Microsoft). C'est toujours la générosité d'une société, et de ses salariés, qui apparaît en filigrane dans toutes ces activités.

Les fondations

Les sociétés et les héritiers de chefs d'entreprise ou d'autres individus richissimes peuvent, s'ils le souhaitent, établir une fondation destinée à soutenir une cause en particulier ou toute une gamme de bonnes causes. Les particuliers peuvent en faire autant. Beaucoup d'individus au compte en banque bien garni peuvent contribuer directement à des œuvres qui leur tiennent à cœur, mais ils sont nombreux, en particulier quand ils sont connus du public, à préférer établir une fondation qui s'occupera de distribuer les fonds pour eux. C'est une façon d'éviter d'être sollicités personnellement, sans compter que la fondation sera gérée par des professionnels.

Qu'elles soient financées par une seule personne ou une seule famille, en fonction de ses intérêts personnels, ou qu'elles reflètent la volonté d'une personne disparue depuis longtemps, ou d'une société, dont elles gèrent les ressources, les fondations décaissent des fonds, souvent sous la forme de dons, à l'appui de nombreux programmes d'importance vitale ou de groupes. La gestion d'une fondation est une tâche complexe, et les professionnels qui travaillent dans ce domaine bénéficient d'une formation et de nombreuses sources de soutien. Le lecteur trouvera des renseignements à ce sujet en consultant le site du Council on Foundations (http://www.cof.org)ainsi que celui du Foundation Center http://www.fdncenter.org. Beaucoup de groupes contribuent à des fondations ou à des associations de bienfaisance dans l'espoir de recevoir à leur tour des fonds de la part des fondations qui proposent des programmes de subventions.

Etude de cas : la Fondation W. K. Kellogg - L'un des objectifs de la Fondation W. K. Kellogg consiste à mettre en relation les pauvres et les riches, les dirigeants du secteur non structuré et les cadres du secteur officiel, les activistes acquis à l'action sociale et les chefs d'entreprise. Par le biais des programmes qu'elle parraine, les collectivités tentent de corriger les déséquilibres entre les nantis et les démunis. Sur son site internet http://www.wkkf.org, la Fondation W. K. Kellogg explique qu'elle se propose de « créer des espaces où divers secteurs de la société peuvent se retrouver pour mettre en commun leur vitalité et leur créativité ». Fidèle à sa mission philanthropique, elle invite les collectivités « à mettre à profit les connaissances et l'énergie de tous les secteurs  ».

Son rapport annuel pour l'année 2005 présente quelques-uns de ses nombreux bénéficiaires, dont le National Center for Boundless Playgrounds, qui a pour mission de créer un peu partout aux Etats-Unis des aires de jeux adaptées aux enfants handicapés ; le Cultural Industries Exchange Program, par le biais duquel plus d'une centaine d'artistes indigènes d'Afrique australe apprennent à faire de l'art autochtone un outil de développement culturel et économique capable de promouvoir l'autodétermination et de faire reculer la pauvreté ; et le Centro de Multiservicios Educativos, en Bolivie, qui dispense des cours au niveau tant du primaire que du secondaire et qui soutient aussi des services d'importance critique, notamment en ce qui concerne les bibliothèques, le matériel audiovisuel et informatique, l'équipement de laboratoire et la formation des enseignants.

J'ai déjà donné au bureau - ou à mon lieu du culte, ou au marché, etc.

Comme les gens se montrent plus généreux quand il est facile de donner, les organisations caritatives ont adopté un certain nombre de pratiques destinées à encourager la philanthropie. Les mécanismes varient, certains étant plus structurés que d'autres, mais le triple fil conducteur de toutes ces pratiques, c'est la volonté de fournir aux donateurs potentiels des informations sur les œuvres auxquelles ils pourraient contribuer ; d'instiller la confiance pour qu'ils soient convaincus que leurs dons finiront effectivement dans l'escarcelle des bénéficiaires pressentis ; et de les convaincre que toutes les contributions, une fois mises en commun, seront suffisantes pour produire un changement mesurable.

Dans le cadre de campagnes menées à l'échelle de tout un bureau, de toute une collectivité, ou de toute autre institution, les individus peuvent prendre leurs dispositions pour que leurs contributions à la cause de leur choix se fassent de manière automatique. Par exemple, ils peuvent prévoir un prélèvement automatique sur leur salaire en faveur d'une organisation non gouvernementale. Ils peuvent aussi contribuer par l'intermédiaire de leur église, qui affecte un pourcentage de tous les dons reçus à certaines causes, ou faire un don unique à l'appui d'un projet spécial. À notre époque où les cartes de crédit sont d'usage si courant, les paiements effectués par système électronique se révèlent de plus en plus fréquents, en particulier quand il s'agit de mobiliser des sommes importantes : quoi de plus facile que de porter régulièrement une somme déterminée au débit d'un compte ? La mise en commun des dons permet aux donateurs de mieux cerner les résultats accomplis ou alors d'exercer une certaine influence sur l'usage qui sera fait des fonds. Et quand les progrès sont visibles, tous les donateurs peuvent se réjouir ensemble.

Les commerces et d'autres entités proposent parfois de contribuer au financement de certaines causes pour attirer l'attention de leurs clients. À l'occasion d'une fête, par exemple, un supermarché va proposer de donner un cageot de denrées alimentaires à une association locale qui sert des repas aux personnes démunies à chaque fois qu'un client lui achètera une dinde, ou une entreprise de mise en bouteilles va s'engager à livrer des boissons à une association pour la jeunesse à chaque fois qu'elle aura vendu dix caisses de boissons. Ainsi, en achÉtant leurs boissons, les clients savent qu'ils soutiennent une bonne cause.

Etude de cas : The United Way of America - Il s'agit d'un organisme ombrelle qui accepte des dons monétaires pour les distribuer à toutes les œuvres de bienfaisance sous son égide. Au cours de la période 2004-2005, United Way a mobilisé plus de 3,6 milliards de dollars.

Organisées à l'échelon local, au niveau du comté par exemple, la plupart de ses sections proposent aux donateurs potentiels de contribuer à des associations locales, nationales ou internationales. L'organisation nationale et ses 1.350 bureaux locaux sont administrés par des bénévoles qui dirigent un personnel salarié.

United Way organise chaque année une campagne de collecte de dons pendant laquelle les salariés peuvent désigner une association caritative à laquelle leur employeur versera automatiquement, à intervalles réguliers, une certaine somme d'argent prélevée sur leur salaire. L'intérêt de cet organisme ombrelle, c'est qu'il fait découvrir des associations, qu'il facilite la collecte de fonds et qu'il fait ressortir la générosité de l'ensemble du personnel à l'échelon de l'entreprise. Certaines sociétés offrent des fonds de contrepartie, ce qui revient à doubler la somme que touche l'association caritative désignée : quand un employé donne 1 dollar, l'employeur en fait autant et l'association désignée en touche 2. Il faut préciser que les employés ne sont pas obligés de choisir une association : certes, ils peuvent contribuer à la section locale de la Croix-Rouge, par exemple, mais ils peuvent aussi laisser l'initiative à United Way, qui distribuera les fonds là où le besoin s'en fait sentir. Pour tout renseignement complémentaire sur The United Way of America et ses sections locales, consulter le site internet de l'organisation nationale à l'adresse http://national.unitedway.org/.

Où qu'ils soient en poste dans le monde, les fonctionnaires qui travaillent pour le gouvernement fédéral ont eux aussi l'occasion de participer à la campagne de collecte de fonds menée annuellement par United Way et connue, dans la fonction publique, sous le nom de Combined Federal Campaign (CFC). Créée en 1961, c'est la plus vaste campagne de mobilisation de fonds au profit de bonnes œuvres et la seule organisation philanthropique qui soit autorisée à solliciter de l'argent sur le lieu de travail des fonctionnaires fédéraux. Depuis sa mise en route, la CFC a recueilli plus de 5,5 milliards de dollars. En 2005, les promesses de dons faites par les fonctionnaires fédéraux à toute une gamme d'associations caritatives à travers le monde ont atteint 268,5 millions de dollars.

L'union fait la force

Comme le note l'organisme ombrelle The Giving Forum, dans le cadre de son programme New Ventures in Philanthropy, les gens ont de plus en plus tendance à former des groupes, dits giving circles, pour mettre en commun leurs dons et choisir ensemble les bonnes causes qu'ils vont soutenir.

L'action collective présente l'intérêt d'encourager les individus à tenir leurs promesses de dons, de les aider à être mieux informés sur les programmes auxquels ils contribuent et de leur montrer l'effet que peut avoir leur concours financier quand il est associé à d'autres. Ce renforcement de l'action collective a un côté séduisant, qui plaît particulièrement aux associations féminines, aux groupes ethniques et à tous ceux qui entrent dans la catégorie des « nouveaux donateurs ». On dénombre plus de deux cents « cercles » aux Etats-Unis, répartis dans une quarantaine d'Etats au moins. Les fondations communautaires sont un exemple d'une forme plus ancienne de cette philanthropie collective.

Etude de cas : la Fondation Cleveland - Cette fondation communautaire, la première du genre, a été instituée en 1914 par un banquier et avocat de cette ville de l'Ohio, Frederick Goff, qui a eu un trait de génie - une idée qui allait révolutionner la philanthropie et servir de calque à près de six cents fondations communautaires dans le monde entier. Il a eu l'idée d'établir une fondation à laquelle les âmes généreuses pourraient verser des fonds permanents qui seraient distribués sous forme de subventions en vue d'améliorer les conditions de vie dans la collectivité.

Environ 90 ans plus tard, la Fondation Cleveland est l'une des plus importantes fondations communautaires des Etats-Unis et elle continue de jouer un rôle de chef de file dans le domaine de la philanthropie, avec des avoirs dont le montant s'élève à 1,6 milliard de dollars. En 2004, elle a distribué plus de 86 millions de dollars à des associations sans but lucratif, principalement à Cleveland et dans sa grande banlieue, à l'appui de projets dans toutes sortes de secteurs, dont les soins de santé, l'éducation, le développement économique, la conservation des ressources naturelles et la vie artistique et culturelle.

Héros et modèles de comportement - Les célébrités philanthropes

Les célébrités du monde du spectacle et des sports apportent à diverses causes un soutien de plus en plus médiatisé. Les images de grandes vedettes qui se rendent dans des endroits miséreux ou dévastés, pour aider à mobiliser des fonds en faveur d'une cause humanitaire ou exaucer le souhait d'un enfant malade, sont devenues tellement courantes que l'hebdomadaire d'information Time a baptisé l'année 2005 « l'année de la charité spectacle ». Le nom et le visage de célébrités, sans rien dire de leur fortune souvent considérable, braquent l'attention du public sur diverses causes tout en donnant à ces grandes vedettes l'occasion de montrer à leurs admirateurs comme à leurs détracteurs que leur personnalité ne se résume pas aux rôles qu'elles interprètent, aux vêtements qu'elles portent, ou aux manifestations publicitaires qu'elles fréquentent.

Il suffit de naviguer sur Internet pour trouver sans difficultés les causes auxquelles les célébrités prêtent leur nom. Le Foundation Center dresse la liste de philanthropes célèbres, ceux d'aujourd'hui comme ceux des temps passés (http://youth.fdncenter.org/youth_celebrity.html, tandis que le site Look to the Stars http://www.looktothestars.org récapitule les activités de 160 personnalités en vue au profit de diverses bonnes œuvres. Ce site est régulièrement mis à jour. Peu de temps avant la publication du présent article, les dix personnalités ci-après figuraient au palmarès de Look to the Stars : George Clooney, Bono, Jude Law, Oprah Winfrey, Elton John, Jackie Chan, Kate Moss, Ewan McGregor, Robbie Williams et Bob Geldorf. Les dix œuvres principales soutenues étaient les suivantes : Make Poverty History, ONE Campaign, Clothes Off Our Back, UNICEF, la Fondation Luke Neuhedel, RADD, Amnistie Internationale, la Croix-Rouge américaine, l'hôpital pour enfants St. Jude et l'association Oxfam.

Le projet « Les sports au service de la philanthropie », qui encourage la solidarité à tous les échelons des milieux du sport (ligues, équipes, propriétaires d'équipes et joueurs), organise chaque année une conférence. La Legacy League http://www.thelegacyleague.com aide les joueurs à établir des fondations ou des programmes caritatifs à l'appui de causes qui leur tiennent à cœur. Le site http://www.sportsphilanthropyproject.com contient des informations complémentaires sur le projet des sports au service de la philanthropie.

Etude de cas : NBA Cares (La NBA a du cœur) - La NBA (National Basketball Association) a mis en place une initiative humanitaire de portée mondiale qui vise à soutenir des causes sociales importantes, notamment dans le domaine de l'éducation, de la santé et du soutien des jeunes et de la cellule familiale. Sur son site internet (http://aol.nba.com/nba_cares/), la NBA précise qu'au cours des cinq années à venir, la ligue, les joueurs et les équipes s'engagent à mobiliser cent millions de dollars au profit d'œuvres de bienfaisance, à donner un million d'heures de bénévolat à des communautés du monde entier et à construire plus d'une centaine de foyers où des jeunes et leur famille pourront vivre, étudier et s'amuser.

L'initiative NBA Cares regroupe un grand nombre de programmes et d'activités. Par exemple, elle a créé un programme visant à encourager les jeunes à acquérir le goût des études, et les adultes à lire à haute voix avec eux. Intitulé Read to Achieve (Lire pour réussir), ce programme touche cinquante millions d'enfants chaque année : il n'y a pas d'initiative de plus vaste envergure, en matière d'éducation, dans les annales du sport professionnel.

Etude de cas : Oprah Winfrey - Grande dame des médias, philanthrope, reine des émissions-débats sur le petit écran qui sont suivies par des millions d'Américains, Oprah Winfrey ne se contente pas de partager généreusement sa fortune par le biais de sa propre fondation : elle met aussi son émission télévisée au service de diverses causes.

Cette année, elle a notamment invité l'acteur George Clooney pour le faire parler des efforts qu'il déploie en vue de sensibiliser l'opinion aux horreurs dont le Darfour est le théâtre jour après jour. Elle a donné la parole à Lisa Ling, qui a discuté le triste sort des enfants-soldats en Ouganda. Elle a consacré du temps d'antenne à la tournée de l'actrice Meg Ryan en Inde, pour le compte de l'association CARE, ainsi qu'à l'action de l'actrice Angelina Jolie, ambassadrice itinérante du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, en faveur du Darfour. En avril 2006, Oprah a accompagné Bill et Melinda Gates au cours de la tournée qu'ils ont faite aux Etats-Unis durant laquelle ils ont visité de nombreux lycées bénéficiant du financement de leur fondation. Les causes auxquelles s'intéressent les célébrités retiennent l'attention du public, qui se sent alors incité à se familiariser avec les questions en jeu, voire à donner d'eux-mêmes ou de leur argent. Oprah Winfrey met régulièrement son émission au service de ce genre de causes.

En outre, elle fait jouer la solidarité de ses auditeurs en faveur d'organisations caritatives. Par exemple, frappée par les difficultés auxquelles se heurtaient les rescapés du tremblement de terre de 2005 au Pakistan, elle a encouragé les téléspectateurs à faire des dons qui seraient regroupés pour être envoyés dans la région sinistrée. Lors d'un reportage diffusé ultérieurement au cours de l'émission-débat animée par Oprah Winfrey, l'actrice Lucy Liu, en visite dans un camp de réfugiés au Pakistan à l'occasion d'une mission pour l'UNICEF, a montré aux téléspectateurs les tentes qui seraient achetées avec leurs contributions, de l'ordre d'environ 500.000 dollars, et qui serviraient d'écoles. Consulter le site d'Oprah, (http://www.oprah.com), pour des renseignements complémentaires sur ses activités philanthropiques.

Programmes en faveur de la jeunesse : donner de bonnes habitudes, transmettre des traditions

Selon le Council of Michigan Foundations (Conseil des fondations du Michigan) et ses collaborateurs avec lesquels il a créé un programme d'études intitulé Learning to Give (Apprendre à donner), les personnalités, en provenance de démocraties naissantes, qui arrivent aux Etats-Unis pour y participer posent souvent certaines questions relativement surprenantes. Elles veulent savoir comment s'y prendre pour créer le secteur de l'économie sociale, pour enseigner les principes démocratiques et philanthropiques aux enfants et pour amener ces derniers à œuvrer pour le bien commun, en suivant ainsi une longue tradition. Ce sont des questions auxquelles il est difficile de répondre parce que, dans bien des cas, ces concepts sont enseignés sans formalité spéciale. Il n'y a pas de leçons toutes faites pour enseigner le b.a.-ba du secteur non lucratif ni pour inculquer les valeurs qu'il incarne.

Malgré cette lacune, la volonté d'instiller chez la prochaine génération le désir de venir en aide à autrui est présente dans quantité d'organisations qui travaillent avec les jeunes. Les clubs de scouts et d'éclaireuses, les cercles 4-H (honneur, habileté, honnêteté, humanité), les Boys and Girls Clubs of America, les organisations confessionnelles, les clubs qui visent à encourager le civisme à l'école et dans le cadre d'activités extrascolaires, les organismes de service et les équipes sportives donnent l'exemple aux jeunes en leur montrant ce qu'est le bénévolat et leur offrent aussi l'occasion de s'impliquer dans ce genre d'activités. Divers organismes communautaires, qu'il s'agisse d'hôpitaux, de la Croix-Rouge américaine, de bibliothèques ou de bases de loisirs, proposent souvent aux jeunes de participer à des activités qui leur font découvrir le bénévolat. Ils apprennent ainsi non seulement à choisir des causes qui les intéressent, mais aussi à planifier et à exécuter des projets, et ils ont la satisfaction de voir le fruit de leur travail.

Etude de cas : America's Promise/The Alliance for Youth - Il s'agit d'une alliance qui regroupe des collectivités, des particuliers, des entreprises et des organismes de tous les secteurs. Ceux-ci sont déterminés à donner aux enfants et aux adolescents un maximum de chances pour qu'ils réussissent dans la vie.

America's Promise est née du Sommet des Présidents pour l'avenir de l'Amérique, tenu en 1997 et auquel participaient George Bush père, Jimmy Carter, Bill Clinton et Gerald Ford, Ronald Reagan y étant représenté par son épouse, Nancy. Le but de cette rencontre visait à lancer au pays le défi de conférer un rang de priorité nationale aux enfants et aux adolescents. C'est un engagement qu'a réitéré l'actuel président George Bush, en 2001. Le général Colin Powell, à la retraite, a été le premier président de cette association, poste qu'il a conservé de 1997 à 2001.

America's Promise a pour mission de renforcer le caractère et la compétence des jeunes Américains. Elle veut que chaque enfant aux Etats-Unis ait accès aux ressources fondamentales qui sont indispensables pour faire face à l'avenir. À cette fin, elle met en relief cinq points essentiels, qui sont qualifiés de « promesses » :

  • la présence dans la vie des jeunes d'adultes attentifs à leurs besoins, qu'il s'agisse de parents, de conseillers, de tuteurs ou d'entraîneurs

  • - des activités structurées dans des lieux à même de leur offrir des garanties de sécurité et de faciliter l'apprentissage et l'épanouissement personnel

  • un capital santé pour un avenir prometteur

  • un enseignement performant qui dispense des compétences monnayables sur le marché du travail

  • la possibilité donnée aux jeunes de se mettre à leur tour au service de leur collectivité.

Lors de la fondation de l'alliance America's Promise, le général Colin Powell a fait un discours dans lequel il s'est adressé directement aux jeunes pour leur expliquer l'importance de cette « cinquième promesse  ». En voici un extrait :

« America's Promise veut aider les jeunes, mais elle leur demande aussi de s'entraider pour donner un sens à leur vie : c'est la cinquième promesse.

« Donner de soi implique quelques sacrifices. On peut sacrifier une heure ou deux par semaine, ou un samedi, ou un week-end, ou même un peu de temps rogné sur ses vacances, pour participer à un projet communautaire. On peut aussi se mettre à la disposition de son pays en consacrant une année, voire plus, au service du Corps de la paix, des forces armées ou d'AmeriCorps.

« La plupart des jeunes qui ont fait du bénévolat me disent qu'ils se sentent largement payés en retour. On se sent bien quand on donne de soi et qu'on touche la vie d'autrui. Mieux encore, on se sent plus confiant en soi, on rehausse son estime personnelle, on maîtrise de nouvelles compétences et on acquiert des qualités de chef à un jeune âge. Des jeunes gens et des jeunes femmes ont découvert des talents qu'ils n'avaient jamais pressentis en eux et ils ont même fini par faire une carrière du service à autrui. »

Les dons individuels

Si les fondations et les entreprises se montrent très généreuses, les particuliers le sont plus encore, donnant certaines années jusqu'à sept fois plus qu'elles. À l'instar des fondations et des entreprises, les particuliers peuvent faire des dons monétaires ou en nature (matériel et équipement) à toutes sortes d'œuvres, ou encore faire du bénévolat. Ils peuvent aussi léguer leur patrimoine à une organisation caritative. Il y a des gens qui choisissent de fréquenter certains commerces parce que ces derniers s'engagent à soutenir des causes qui leur sont chères ou à « créditer » le compte d'établissements scolaires dans la collectivité, ou celui d'autres groupes, en fonction des achats qui sont faits par leur clientèle. Tel individu peut soutenir la recherche sur le cancer en participant à une course à pied, tandis qu'un autre peut y contribuer en versant à l'organisation une somme dont le montant sera fonction du nombre de kilomètres parcourus par tel ou tel coureur. Les particuliers consacrent un nombre incalculable d'heures de bénévolat à toutes sortes de projets et d'organisations, donnant généreusement d'eux-mêmes à l'appui de tous les segments de la société des Etats-Unis.

Loin d'être un cas isolé, l'exemple de Jennifer Stobbe, docteur vétérinaire, et de ses collègues illustre la façon dont les Américains font don de leur temps et de leurs talents, discrètement et sans compter.

Etude de cas : Jennifer Stobbe, docteur en médecine vétérinaire - A la suite de l'ouragan Katrina, des bénévoles ont sauvé des centaines d'animaux, y compris une chienne à la mine patibulaire, prise dans la tourmente des eaux de crue, dangereuses et sales, qui ravageaient La Nouvelle-Orléans. Souffrant de filariose, de lésions cutanées et d'autres infections encore, presque morte de faim et le poil rare, elle a été surnommée « Mangy Dog » (chienne galeuse) par ses sauveteurs, qui l'ont transférée en Arkansas dans une sorte d'hôpital de campagne pour animaux où une vétérinaire du Mississippi, Jennifer Stobbe, et ses employés, venus à la rescousse, se sont occupés du pauvre animal. Sous une chaleur étouffante et avec des tentes de fortune pour tout abri, les équipes vétérinaires ont prodigué des soins à des animaux malades et effrayés. À l'abri du danger dans ce camp, « Mangy Dog » et des centaines d'autres animaux ont été nourris, soignés et logés. Grâce à Jennifer Stobbe, plus d'une cinquantaine de chiens ont été transférés dans le Mississippi avant d'être placés dans des foyers en Virginie et dans le Maryland, où des familles avaient proposé de les adopter.

Katy est fin prête pour la randonnée canine.
Katy est fin prête pour la randonnée canine.
(Avec la permission d'Anne Arundel County Society for the Prevention of Cruelty to Animals.)

Après avoir été sauvée des eaux et fait un voyage de plus de 1.600 kilomètres, « Mangy Dog » a été prise en charge par d'autres bénévoles qui ont continué à la soigner et, chose plus importante encore, qui lui ont donné une nouvelle vie en lui trouvant une famille d'accueil. Rebaptisée « Katy » (en souvenir de Katrina), cette chienne au pelage aujourd'hui magnifique coule des jours heureux au foyer de l'un des membres de l'équipe de rédaction de la présente revue.

À en juger d'après des conversations avec les groupes et les individus qui ont participé à son sauvetage, il semblerait que la facture de l'épopée de Katy se soit élevée à 4.000 dollars quand on inclut tous les services dont elle a bénéficié, y compris les médicaments et son transport. Quand on multiplie cette somme par le nombre d'animaux qui ont été sauvés par centaines, on commence à mesurer l'incroyable générosité de la population américaine. En avril 2006, Katy, que l'on voit en photo ci-dessous, a participé à une randonnée canine organisée à Annapolis (Maryland) par la société américaine de protection des animaux. Elle a ainsi contribué à mobiliser des fonds pour cette association. Bravo, Katy !


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