Argument en faveur de l'octroi d'une licence
par les community colleges

Kenneth Walker

Préface

Dans un récent rapport sur la crise financière de l'enseignement supérieur aux États-Unis, la Commission du financement national de l'enseignement supérieur au sein du Conseil sur l'aide à l'éducation (CAE) lançait l'avertissement suivant :

« Alors que le niveau d'éducation requis pour trouver un emploi productif ne cesse de s'élever, des millions d'Américains risquent de se trouver dans l'incapacité d'aller à l'université si l'on n'introduit pas des réformes de fond destinées à maîtriser les coûts, à arrêter la brutale augmentation des frais de scolarité et à augmenter les autres sources de revenu. »

Les problèmes financiers de l'enseignement supérieur exigent des solutions novatrices. Les modes de pensée traditionnels, fondés sur l'expérience acquise et quelque peu limités, ne sont d'aucune aide pour les millions d'étudiants qui vont avoir besoin d'une licence mais qui ne peuvent pas se payer quatre ans d'études universitaires. Alors, pensons aux community colleges qui sont capables de trouver des solutions nouvelles aux défis posés par la montée de la demande, par les limites à l'admission et par l'augmentation des coûts. Une solution logique serait de les autoriser à octroyer un diplôme de licence.

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Au cours de la prochaine décennie, l'enseignement aux États-Unis va découvrir que les trois « C » - collaboration, concurrence et coopération - sont les moteurs du processus de prise de décision. Comme exemples de collaboration on peut déjà citer des centres universitaires qui se sont développés sur les campus d'établissements tels que le Macomb Community College (Michigan), le North Harris Montgomery Community College (Texas), le St. Petersburg Junior College et l'Edison Community College (tous deux en Floride). À l'échelle internationale, la British Open University examine l'opportunité d'une association avec des community colleges aux fins d'octroyer des licences par le biais de l'enseignement à distance.

La concurrence des établissements privés à but non lucratif et à but lucratif se durcit : ils ne conféraient que des certificats mais ils octroient maintenant des licences et des diplômes universitaires. Le nombre des universités constituées est passé de 400 en 1988 à plus de 1000 aujourd'hui et nombre d'entre elles sont aujourd'hui accréditées par des associations régionales. Cette concurrence du secteur privé va continuer d'avoir un impact considérable sur l'enseignement supérieur.

S'il est vrai, comme le note le rapport du CAE, que « l'accès généralisé à l'enseignement supérieur est essentiel à la santé économique et au bien-être social de la nation », il est nécessaire que le système des community colleges joue un rôle dans ce domaine et commence à conférer des diplômes de licence. Les installations, le personnel enseignant et autre et les programmes existent déjà. Élargir leur mission en leur permettant de conférer des licences tout en préservant leur politique de la porte ouverte et leur adaptation aux besoins locaux est une solution logique pour satisfaire les besoins existants sur le plan de l'accès et des possibilités financières. Cela ne signifie pas que tous ces établissements doivent se transformer en universités d'État couvrant un cycle de quatre ans. Au contraire, il est indispensable qu'ils conservent leur mission et leur gestion locales. De plus, s'il n'est pas nécessaire, voire souhaitable, que toutes les écoles offrant deux années d'études élargissent leur mission, elles devraient pouvoir le faire là où les circonstances, les besoins et les souhaits le permettent.

Traditionnellement, les community colleges américains se sont toujours adaptés aux besoins éducatifs de l'époque. Lorsqu'ils ont été créés, ils offraient les programmes académiques préparatoires aux étudiants qui ensuite continuaient leurs études dans des universités ou établissements offrant quatre ans d'études. Après la Deuxième Guerre mondiale, lorsque les soldats sont revenus dans leurs familles et leurs collectivités, ces centres ont adapté leurs programmes pour répondre à la demande accrue d'éducation. Et pendant les années 1960, le gouvernement leur a fourni des fonds pour élargir leurs programmes d'enseignement professionnel, technique et continu.

Mais ces changements survenus dans la mission, dans les programmes et dans la culture de ces établissements n'ont en rien changé la philosophie qui les sous-tendait, non plus que leur gestion locale. Le community college a pour fonction de satisfaire les besoins changeants de la collectivité qui l'a créé. Sa mission doit se définir en fonction non pas des besoins d'une époque révolue mais des mesures novatrices d'adaptation et de croissance à prendre pour s'inscrire dans la dynamique de la collectivité qu'il sert.

L'adjonction d'un diplôme de licence aux certificats que ces établissements décernent déjà leur permettrait d'élargir l'accès géographique, financier et académique à l'enseignement supérieur. Elle stimulerait leur rentabilité en utilisant mieux les infrastructures existantes. Elle donnerait aux immigrants ou aux étudiants souhaitant reprendre leurs études la possibilité de réussir en leur offrant des classes moins chargées, une structuration moins rigide des cours et des emplois du temps mieux adaptés. Elle encouragerait les étudiants ayant des diplômes associés à essayer de poursuivre leurs études. Elle stabiliserait les rapports familiaux et de travail des étudiants pendant leurs quatre années d'études. Enfin, elle contribuerait à préserver l'engagement traditionnel de ces établissements au développement de la main-d'œuvre et de l'économie et leur réceptivité aux besoins de la collectivité en matière de programmes spécialisés.

Et puis, d'un point de vue économique, à un moment où les parents et les élèves s'inquiètent des coûts de l'enseignement supérieur, il tombe sous le sens d'utiliser des infrastructures qui existent déjà pour répondre à la demande de cet enseignement. Près de la moitié des étudiants inscrits dans des établissements publics fréquentent des community colleges et beaucoup d'entre eux aimeraient obtenir leur diplôme dans les établissements où ils ont commencé leurs études.

De fait, un récent sondage dans mon établissement, l'Edison Community College, a montré que 80 % des répondants souhaitaient terminer leur licence à Edison. Leurs motifs : la facilité d'accès, la modicité des coûts et l'existence des licences recherchées.

Mais, outre cette familiarité avec les lieux qui fait que les gens s'intéressent à la création d'un diplôme de licence dans ces établissements, un autre facteur intervient : l'expression « formation professionnelle continue » ou « éducation permanente » ne veut plus dire la même chose qu'il y a quelques années, depuis l'afflux dans les community colleges d'étudiants plus âgés en nombre toujours plus important. Le ministère américain du travail estime que, pendant sa vie active, l'Américain moyen occupera de quatre à six postes différents dans deux ou trois filières différentes.

Où ces adultes vont-ils recevoir la formation nécessaire à ces reconversions ? Les universités de la région ne sont pas toujours géographiquement, financièrement ou académiquement accessibles. Au contraire, du fait de leurs moindres frais de scolarité et de leur meilleure implantation géographique, les community colleges offrent à ces étudiants des possibilités plus attrayantes. Pour l'étudiant adulte qui possède une maison, qui a une famille et qui travaille à plein temps, suivre des cours dans un établissement local est souvent la seule option possible. Les étudiants non traditionnels méritent d'avoir accès à des licences non traditionnelles.

En outre, ces centres d'enseignement entretiennent des liens étroits avec les entreprises locales et sont donc plus susceptibles qu'une université traditionnelle de réagir à l'évolution de la conjoncture démographique, sociale et politique locale. Grâce à ce partenariat entre les centres d'enseignement et les entreprises locales, les étudiants constituent pour les employeurs une main-d'œuvre bien éduquée et qualifiée.

Éducation et revenu sont indissociables. Comme le fait remarquer le rapport du CAE, « dans la mesure où le secteur des services domine le marché de l'emploi, le diplôme universitaire ou au moins un enseignement et une formation postsecondaires ont remplacé le diplôme du secondaire comme ticket d'entrée à un emploi enrichissant. » De ce fait, « l'accès généralisé à l'enseignement supérieur est (...) essentiel à la santé économique et au bien être social de la nation. »

Pour la grande majorité des Américains, un des facteurs clés de l'éducation est l'accès - surtout vu l'importance accrue de l'enseignement supérieur. Selon une publication du Southern Regional Education Board (Conseil d'éducation de la région sud), ce sont les emplois exigeant un diplôme universitaire qui progressent le plus rapidement et l'on prévoit que cette tendance va se poursuivre jusqu'en 2005. En fait, sur les quelque 200 types d'emploi qui devraient connaître une croissance supérieure à la moyenne pendant les premières années du XXIe siècle, 34 % exigeront un diplôme universitaire de 4 ans.

À mesure que nous avançons dans ce siècle et que les baby-boomers (la génération née à la fin des années 40 et pendant les années 50) commencent à prendre leur retraite, nous allons voir une réduction des effectifs de la main-d'œuvre américaine entrant sur le marché mondial du travail. Dans cette perspective, il importe que l'enseignement supérieur soit plus généralement disséminé dans la population pour que nous puissions préserver notre niveau de vie et protéger la démocratie. Offrir des diplômes de licence dans les community colleges est un bon moyen d'accroître l'accès des minorités et des étudiants désavantagés.

Plusieurs États - dont l'Arizona, l'Arkansas, la Floride, le New York, la Pennsylvanie et l'Utah - ont déjà pris des mesures permettant aux community colleges d'octroyer des licences. En voici un exemple :

En Floride, le plan quinquennal pour l'enseignement supérieur préparé par la Commission de planification de l'enseignement postsecondaire prévenait que la production de licenciés ne serait pas suffisante pour atteindre les objectifs économiques de l'État et de ses ressortissants, et prévoyait que « d'ici 2010, plus de 200.000 étudiants supplémentaires seraient inscrits dans les établissements d'enseignement supérieur de l'État. Ces établissements et le secteur postsecondaire ne sont pas prêts à faire face à cette augmentation des effectifs. » La Commission a donc envisagé divers scénarios pour résoudre le problème, notamment une recommandation d'autoriser les community colleges à offrir des licences dans certaines disciplines.

En novembre 1998, le Florida State Board of Community Colleges (Comité des community colleges de la Floride) a adopté son propre plan stratégique quinquennal « dans l'optique de la demande accrue des employeurs de trouver des licenciés prêts à travailler. » Le Board demandait la mise en place d'un « diplôme d'études supérieures à vocation pratique mettant l'accent sur les compétences requises aujourd'hui par le monde des affaires. » Ce diplôme, soulignait le Board, s'inscrivait « dans la logique et la droite ligne de l'évolution des community colleges de la Floride. »

Les choses ont suivi leur cours et un comité du Florida Council of Community Colleges Presidents (Conseil des présidents des community colleges de Floride) a préparé un projet demandant que ces programmes de licence soient approuvés par les District Board of Trustees (comités de tutelles des circonscriptions scolaires) locaux, le State Board of Community Colleges (Comité des community colleges de l'État) et la Commission de planification de l'enseignement postsecondaire. Depuis, les deux chambres législatives de l'État ont unanimement adopté une loi autorisant les community colleges à conférer des licences, sous certaines réserves.

Maintenant, nous commençons à engranger les résultats : cette année, le Board of Education de l'État a autorisé le Miami Dade Community College à octroyer des licences d'enseignement. Il a également autorisé l'Edison Community College à offrir une licence en collaboration avec la Florida Gulf Coast University - établissement offrant des cursus sur quatre ans - en se fondant sur les programmes de gestion de service public et d'informatique existant au Centre universitaire d'Edison.

Il est inévitable que les besoins d'une société fondée sur la technologie amènent des changements majeurs dans l'enseignement supérieur. Nous ne pouvons pas nous contenter d'adapter les anciennes stratégies : nous devons en adopter de nouvelles. La concurrence des établissements du secteur privé à but non lucratif et à but lucratif va obliger les établissements publics à revoir leur mission et leur vision. Les gouvernements des États, sous la pression des électeurs, vont être amenés à encourager les universités publiques, les facultés régionales et les community colleges à trouver des moyens rentables et efficaces de répondre à la demande croissante d'accès à la licence : comment ne pas penser aux programmes des « communuty colleges » qui privilégient les besoins et les intérêts des étudiants ?

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M. Kenneth Walker est président de l'Edison Community College à Fort Myers (Floride) et président de la Community College Baccalaureate Association. Copyright © 2000 Kenneth Walker.

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