eJournal USA: La Société américaine

Cinq personnes motivées

Paul Malamud

revue électronique

SOMMAIRE
Avant-propos
Mon Amérique
Mon Amérique : Colorier en dépassant les lignes
Mon Amérique : Réflexions d'un ancien aviateur
Mon Amérique : New York et le rêve américain
Mon Amérique : Le Nouveau Monde
Mon Amérique : L'Amérique, qu'est-ce que c'est ?
Pluralisme et démocratie
La mosaïque culturelle américaine
Cinq personnes motivées
Icônes américaines
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Portrait des USA
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Paul Malamud est rédacteur au Bureau des programmes d'information internationale du département d'État des États-Unis.

Une femme d'affaires branchée sur le sport

Jennifer Wright-Tubbs
Jennifer Wright-Tubbs
Avec la permission de iRUNLIKEAGIRL/Color Classics-Peoria, Illinois.

Toute bonne marque de commerce est censée stimuler les ventes. Mais créer la marque parfaite pour une nouvelle entreprise peut également refléter une certaine attitude de vie, comme le constate actuellement Jennifer Wright-Tubbs, de Peoria (Illinois).

Au mois de mars dernier, cette femme de 34 ans, mère de deux enfants et spécialiste en publicité, a lancé une entreprise de vêtements de jogging sous la marque iRUNLIKEAGIRL (jeCOURSCOMMEUNEFILLE). Son intention était d'attirer l'attention en transformant cette raillerie de cour de récréation, « tu cours comme une fille ! », en une déclaration triomphante sur l'importance du sport et de la motivation personnelle pour les femmes. « C'est certain, dit-elle. De déclaration négative c'est devenu quelque chose de positif.  »

« La vie est en effet une course : on court pour s'acquitter de ses obligations quotidiennes, on court à travers les célébrations et les déceptions de la vie, on court pour rester en forme, on court parce qu'on le peut  », déclarait Mme Wright-Tubbs à son journal local, le Journal Star. Coureuse de fond enthousiaste, elle note que le but du slogan est de motiver les femmes à se lancer avec fougue dans le parcours quotidien de leurs multiples activités, de les inviter à vivre pleinement. « C'est une façon de vivre, de définir notre identité  », ajoute-t-elle. Elle sait ce que c'est que la course et les bons départs. Après avoir inauguré sa gamme de produits au « More Marathon » (pour les femmes de plus de 40 ans), elle la relançait quinze jours plus tard au célèbre marathon de Boston. Dès les premières semaines, elle a réalisé des ventes de plusieurs dizaines de milliers de dollars. Certains de ses clients étaient des femmes, inspirées par l'idée de la « jeunesse éternelle d'esprit » qu'incarnent les filles ; d'autres étaient des hommes qui achetaient ses produits pour leur compagne.

Née dans l'Iowa, Jennifer Wright-Tubbs a rencontré son mari à l'université et c'est lui qui l'a encouragée à faire de la course à pied, à commencer par le mile, sur une piste d'athlétisme. Ils ont déménagé, se sont installés à Chicago, et elle a commencé à faire de plus grandes distances. À l'âge de 27 ans, elle a fait son premier marathon de Chicago et en a depuis inscrit huit autres à son palmarès.

Le site web iRUNLIKEAGIRL invite les femmes de partout à découvrir non seulement ce que la course à pied a fait pour une femme, mais également comment l'énergie, la motivation, l'enthousiasme et le refus hardi des limites peuvent les amener à faire ce que Mme Wright-Tubbs appelle « de la course inspirée ». Son entreprise en est à ses tout débuts. « Le plus difficile est de devoir s'occuper de tout, tout de suite, soi-même », note-t-elle. Elle a décidé de se relocaliser à Manhattan, décision dont elle escompte une expansion et la possibilité de passer d'une entreprise virtuelle de l'internet à une présence dans les magasins de détail, perspective qu'elle envisage avec une « confiance prudente ». Jennifer Wright-Tubbs a des projets d'avenir ambitieux : elle songe à implanter sa marque dans d'autres villes et localités américaines et, qui sait, dans le monde entier.

Le médecin des pauvres

Paul Farmer
Paul Farmer
AP/WWP

Paul Farmer est né dans la pauvreté. Enfant d'une famille nombreuse, il a vécu une partie de son enfance dans un autocar reconverti, installé dans un lotissement pour caravanes de Floride, ainsi que sous la tente, voire en house-boat. Il n'en est pas moins devenu le créateur de programmes cruciaux visant à universaliser les soins de santé.

Alors qu'il faisait ses études de médecine à Harvard en 1987, avec un autre étudiant de ses amis Jim Yong Kim, Paul Farmer a créé une fondation ayant son siège à Boston, Partners in Health (PIH), et a établi un dispensaire d'hygiène et de santé en Haïti. Ce dispensaire qui dessert quelque 100.000 personnes est devenu un modèle : il offre non seulement des soins mais également toute une gamme de services sociaux et d'amélioration personnelle dans les zones paupérisées de par le monde. Partners in Health décrit sa mission comme suit : « apporter les bienfaits de la médecine moderne à ceux qui en ont le plus besoin et servir d'antidote au désespoir ». Le modèle PIH comporte des unités de dépistage mobiles, des programmes de formation pour agents de santé communautaires, des dispensaires, des écoles, des visites à domicile pour l'administration de traitements thérapeutiques complexes et des installations de recherche sur les maladies infectieuses. Certains protocoles de dosage novateurs élaborés par le Dr Farmer et ses collègues ont permis de réduire les taux de mortalité de la tuberculose pharmacorésistante et du sida dans des régions du monde aussi distantes que la Sibérie et le Pérou.

Le Dr Farmer s'est décrit comme un « médecin des pauvres » à Tracy Kidder, auteur du best-seller dont il est le héros, intitulé Mountains Beyond Mountains [Des montagnes au-delà des montagnes]. Il espère poursuivre les efforts qu'il déploie actuellement pour réduire la famine, la maladie et la mortalité évitables dans le monde entier. « Je crois qu'il est possible de convaincre les gens qu'il est immoral que les pauvres frappés par la maladie meurent sans être soignés, dit-il. Nous pouvons faire en sorte que cela change. "

Dessinatrice de mode

Chloe Dao
Chloé Dao
Women’s Wear Daily

Quand Thu Thien Dao et Hue Thuc Luong sont arrivés aux États-Unis en 1979, en provenance du Laos, ils nourrissaient d'ambitieux projets d'avenir pour leurs huit filles. La famille tenait une entreprise de nettoyage à sec et de services de tailleur à Houston (Texas), mais comme beaucoup d'immigrés extrêmement travailleurs, ils souhaitaient que leurs enfants fassent des études poussées, de droit ou de médecine.

Leur sixième fille, Chloé, avait toutefois d'autres projets en tête. Dès l'âge de 10 ans, elle était fascinée par une émission de mode sur CNN : « Le style avec Elsa Klensch  ». Adolescente, Chloé a commencé à se consacrer à sa passion pour le dessin de mode ; dans le garage de la maison familiale, elle fabriquait déjà de la bijouterie au moyen de divers articles de quincaillerie, vis, écrous, rondelles. À l'université, après s'être orientée dans un premier temps vers le marketing, elle a changé d'avis en faveur de la poursuite de son rêve ; elle s'est donc inscrite à un programme d'études de mode dans un community college (établissement à cursus court de 2 ans) puis est allée passer un certain temps à New York, au Fashion Institute of Technology.

« J'aime beaucoup ma mère et mon père, a-t-elle déclaré récemment au San Jose Mercury News, mais il faut poursuivre ses rêves. Il faut vivre pour ce qui vous intéresse.  »

Son séjour à New York lui a valu un emploi dans une entreprise de vêtements de soirée. Chloé a aidé à gérer un petit atelier de mode et à le développer pour atteindre un chiffre d'affaires de plusieurs millions de dollars. En 2000, elle est revenue à Houston pour fonder sa propre boutique de mode, « Lot 8  », par allusion aux huit filles de la famille. Lot 8, qui offre une collection de robes du soir, robes de jour et vêtements de sport, est aujourd'hui l'une des boutiques de mode les plus courues de Houston et elle a retenu l'attention au niveau national.

Chloé participe aussi à l'émission télévisée « Project Runway », où différents candidats s'affrontent chaque semaine pour résoudre un problème de dessin de mode. Chloé a été la gagnante de la deuxième série de l'émission et s'est vu attribuer 100.000 dollars pour l'aider à lancer sa ligne de vêtements. « Je dessine pour tout le monde, dit-elle. La mode, la bonne, est égalisatrice. »

Étudiante prometteuse

Anna Umanskaya
Anna Umanskaya
Avec la permission d'Anna Umanskaya

Anna Umanskaya n'est pas une adolescente américaine moyenne : à l'âge de 18 ans, elle vit seule dans son appartement de Brooklyn (New York) où elle aborde la vie avec une énergie extraordinairement focalisée.

Anna a obtenu récemment une bourse du New York Times qui lui paiera ses études universitaires. Elle partage cette distinction avec 18 autres lycéens de la ville de New York qui, sur 1.400 demandes, ont reçu cette bourse attribuée sur la base du mérite et du potentiel. Outre la somme de 30.000 dollars, qui lui permettra de s'inscrire à l'université Brandeis, le Times offre également aux boursiers un stage d'été en entreprise, un ordinateur portable et des conseils d'orientation sur leurs études. Anna prévoit de faire des études en relations internationales.

Amenée de Moscou aux États-Unis par sa grand-mère à l'âge de 10 ans, Anna a connu une enfance difficile car les membres de sa famille vivaient fort éloignés les uns des autres et déménageaient souvent. Elle vit seule depuis un certain temps et, actuellement en dernière année à la Franklin Delano Roosevelt High School de Brooklyn, travaille comme serveuse dans un café le soir pour gagner sa vie. Cela ne l'empêche pas de se classer parmi les meilleurs de sa classe, de faire du bénévolat auprès de personnes âgées et de se lancer dans la création littéraire. L'an dernier, elle a remporté le concours annuel de dissertation sur le thème du Souvenir de l'holocauste organisé pour les élèves du secondaire de Brooklyn.

L'histoire d'Anna Umanskaya est celle de la vie traditionnelle de l'immigrant américain, avec ses revers, ses longues heures de travail, mais aussi les occasions de réussir qui se présentent. « Je voulais toujours plus, a déclaré Anna au New York Times, réaliser mes rêves, être admise à Brandeis, me trouver là où moi je veux être, pour une fois. »

Conseiller pour ex-prisonniers

Julio Medina
Julio Medina
Avec la permission d'Exodus Transitional Community, Inc.

Pour certains individus, trouver sa voie exige un travail particulièrement dur. Tel a été le cas de Julio Medina, de l'Exodus Transitional Community : un parcours ardu, c'est le moins qu'on puisse dire.

Arrêté dans sa jeunesse pour vente de drogue, il a été condamné à 12 ans de prison. Mais cette expérience et les conseils psychosociaux qui lui ont été dispensés dans le système pénitentiaire de l'État de New York par le Groupe Exodus, organisation à base confessionnelle, lui ont fait comprendre que le fait d'aider ses semblables pouvait être une vocation. Libéré en 1996, il a commencé à travailler comme conseiller pour les toxicomanes et les séropositifs.

Puis Julio Medina a décidé de se consacrer aux problèmes de la réinsertion sociale des anciens prisonniers. Étant lui-même passé par là, il savait la facilité avec laquelle ceux-ci retombaient dans le crime et en connaissait certaines des raisons : difficulté à trouver un emploi, graves problèmes émotionnels, incapacité de créer des liens familiaux. En 1999, il a obtenu des fonds pour créer l'Exodus Transitional Community, centre où les personnes sorties de prison pouvaient trouver une aide pratique pour les aider à réintégrer la société.

À ce jour, Exodus Transitional, qui a son siège à East Harlem (New York), a aidé plus de 1.500 hommes et femmes, anciens prisonniers, toxicomanes ou sans abri, à opérer la transition qui les a ramenés dans la société. L'organisation offre un programme d'autoévaluation, des conseils psychosociaux, des services de logement et d'emploi, et même une formation à l'informatique. Exodus, qui intervient dans le cadre d'une initiative du ministère du travail des États-Unis, dit avoir réduit considérablement le taux de récidive chez ses clients, dont 75 % retrouvent une vie normale. (Au niveau national, les deux tiers des prisonniers se retrouvent tôt ou tard en prison.)

Julio Medina pense que les personnes les mieux désignées pour aider les ex-prisonniers sont d'ex-prisonniers eux-mêmes. « Je crois que personne ne peut faire ce travail mieux que ceux et celles qui ont vécu la même expérience, a-t-il déclaré à la presse. Nous sommes experts dans ce domaine et c'est nous qui pourrons vraiment remédier au problème.  »

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