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Un jeune qui fait parler de lui -
dans le monde du football et des études

Michael Bandler

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Freddy Adu lors de son premier match professionnel en tant que joueur de DC United, le 3 avril 2004.
Freddy Adu lors de son premier match professionnel en tant que joueur de DC United, le 3 avril 2004.
Gerald Herbert, AP/WWP

Freddy Adu, le jeune prodige du football de renommée mondiale, remercie les amis de son quartier et ses camarades de classe de l'avoir aidé à s'adapter à la vie aux États-Unis quand il est arrivé du Ghana avec sa famille à l'âge de huit ans, et sa mère de lui avoir appris, par ses bons conseils, la valeur des études alors qu'un contrat de joueur professionnel lui était proposé - trop tôt.

Il interrompt un instant son entraînement avec l'équipe du club DC United pour parler de sa vie et de ses prouesses avec Michael Bandler, rédacteur du Bureau des programmes d'information internationale du département d'État.

On ne s'avance pas trop à dire que Freddy Adu n'est pas un adolescent américain comme les autres. Né dans la ville portuaire de Tema, au Ghana, à des milliers de kilomètres outre-Atlantique de la maison qu'il habite maintenant à Washington, Freddy, le plus jeune footballeur professionnel des États-Unis, est devenu une célébrité nationale.

En 1997, la famille de Freddy, qui a alors huit ans, obtient la fameuse « carte verte » dans le cadre d'une loterie d'immigration, ce qui lui permet de s'installer aux États-Unis. (En vertu de leur programme de loterie des visas d'immigrants, appelé « Diversity Lottery Visa program  », les États-Unis octroient 50.000 visas de résident permanent à des ressortissants de pays caractérisés par un faible taux d'immigration aux USA.) Freddy, son petit frère Fro, sa mère et son père viennent ainsi s'établir dans la banlieue de Washington. (Son père quittera la famille un peu plus tard.)

La mère de Freddy est déterminée à bâtir un meilleur avenir pour ses fils et à leur faire suivre les meilleures études possibles. À l'école, les camarades de classe de Freddy s'aperçoivent vite que ce nouvel élève venu d'Afrique est un athlète au talent inné. Peu de temps après, il se retrouve dans une équipe locale de football. Son instinct, en matière de football, « dépasse tout ce qu'on peut imaginer  », s'émerveille l'entraîneur.

À l'âge de 10 ans, inscrit dans une équipe parrainée par un programme du Comité olympique des États-Unis, Freddy prend part à un tournoi de football en Italie qui est réservé aux jeunes de moins de 14 ans. Son équipe remporte le tournoi, et Freddy se voit décerner le titre de « joueur le plus précieux ».

Ce n'est qu'un début. Très vite, la pression monte pour conférer à Freddy le statut de professionnel. Mais sa mère, qui à l'époque cumule deux emplois dans des magasins, tient bon - même face à la perspective de décrocher la sécurité financière pour la famille. Elle cèdera quand Freddy aura 13 ans : elle l'autorise à intégrer le programme d'internes de la Fédération américaine de football pour les moins de 17 ans, en Floride, à condition toutefois que son fils poursuive ses études tout en développant ses capacités d'athlète. C'est l'occasion pour Freddy de s'entraîner avec d'autres étoiles montantes du football et de suivre des cours accélérés au lycée.

Puis, en janvier 2004, il incorpore les rangs du club « DC United », une équipe professionnelle de football. Quelques mois plus tard, alors qu'il n'a pas encore 15 ans, Freddy obtient son diplôme de fin d'études du secondaire. Quand il prend sa place sur le terrain en juin 2004 pour inaugurer sa carrière de joueur professionnel, Freddy est le plus jeune sportif professionnel des États-Unis depuis plus d'un siècle.

Aujourd'hui âgé de 16 ans, Freddy est un pilier pour son équipe. L'adolescent précoce a récemment livré ses impressions sur son arrivée dans un nouveau pays et sur les leçons qu'il en a tirées.

Question - Il n'est pas facile de s'adapter à un nouveau pays, à une nouvelle ville, à une nouvelle maison ou à une nouvelle école. Qu'est-ce qui vous a aidé ?

F. Adu - Les copains. Ce sont eux qui m'ont aidé. Quand je suis arrivé à l'école, mes camarades de classes m'ont tout de suite accepté et ils m'ont soutenu à toutes les étapes du parcours. Je ne parlais pas très bien l'anglais, et je ne connaissais pas l'argot, mais ils m'ont aidé. Je dois dire que je détestais le climat quand je suis arrivé. Il faisait froid ! Je venais d'Afrique, où il fait toujours chaud ! Ici, il neigeait. Ici, on ne voit pas les enfants jouer dans la rue, comme c'est le cas au Ghana. Mais mes copains m'ont aidé à surmonter tout ça. Ils venaient chez moi, ils venaient me chercher pour m'emmener chez eux et on s'amusait bien.

Freddy s'arrête un instant durant un entraînement avec l'Equipe nationale masculine des moins de 17 ans, le 18 mars 2003.
Freddy s'arrête un instant durant un entraînement avec l'Equipe nationale masculine des moins de 17 ans, le 18 mars 2003.
Steve Nesius, AP/WWP

Question - Vous étiez inscrit dans une école publique de la banlieue de Washington. Comment cela s'est-il passé ?

F. Adu - Les élèves étaient très sympas. En fait, c'était plus que ça. Je les intriguais parce que je venais d'Afrique. C'était nouveau pour eux. J'exerçais une certaine attraction sur eux et ils me posaient beaucoup de questions. Cela m'a certainement aidé à nouer des relations avec eux.

Question - Somme toute, vous avez tous appris quelque chose.

F. Adu - Oui, et ils m'ont dit qu'au CE2, le Ghana avait été le thème de l'un de leurs projets de recherche.

Question - Et vous êtiez en quelle classe à votre arrivée ?

F. Adu - En CM1.

Question - Et le sport ? Quand avez-vous commencé à faire vraiment partie de l'équipe, en quelque sorte ?

F. Adu - Les copains qui me posaient un tas de questions sur l'Afrique et le Ghana jouaient au football à la récré. J'ai commencé à jouer avec eux, comme ça. Ils ont trouvé que j'étais vraiment bon. Il y en a un qui a parlé de moi à ses parents. Ceux-ci ont téléphoné à mes parents pour demander si je pouvais participer à un tournoi avec leur équipe, à titre de joueur-invité. C'est moi qui ai marqué tous les buts, et on a gagné le tournoi. L'organisateur du tournoi était l'entraîneur d'une équipe de « moins de 11 ans », les Cougars de Potomac (localité de la banlieue de Washington). Comme il voulait me recruter, il a contacté ma mère. À l'époque, les frais d'inscription s'élevaient à 250 dollars, mais il nous a accordé une dispense. Il venait me chercher tous les jours pour m'emmener à l'entraînement.

Question - Dans quelles circonstances avez-vous disputé un match en Italie ?

F. Adu - Les meilleurs joueurs des équipes de la côte Est (des États-Unis) ont été rassemblés pour former une équipe. Nous sommes allés à un camp d'entraînement, et de là nous sommes partis pour l'Italie représenter les États-Unis dans un tournoi international. C'était pour les garçons de moins de 14 ans. J'en avais 10.

Question - Et c'est là que quelqu'un vous a repéré pour votre talent ?

F. Adu - Ma mère ne voulait pas que j'aille en Italie. Elle avait peur que je me perde. À l'époque, elle cumulait deux emplois : elle était vendeuse dans deux grands magasins. Je me demande pourquoi elle n'a pas sauté sur l'occasion, parce qu'on me proposait beaucoup d'argent. Mais ça en dit long sur ma mère. Elle avait foi en moi. Il se trouve qu'elle a eu raison. (Note de l'éditeur : son équipe a remporté le tournoi, et Freddy a été nommé le « joueur le plus valable » ; à la suite de quoi, des responsables du football professionnel italien lui ont offert un contrat généreux pour qu'il reste avec eux, mais sa mère s'y est opposée.)

Question - J'imagine que le sport vous apprend à faire face à la vie et à réussir.

F. Adu - Oui. On apprend beaucoup de choses rien qu'en faisant du sport. D'abord, on se fait des copains. Et puis, on peut obtenir une bourse d'études pour aller à l'université. Le sport vous apprend aussi à composer avec toutes sortes de gens à la fois, dans toutes sortes de situations. Il ne faut pas croire que tout est facile quand on fait du sport. Il y a des moments où l'équipe bat de l'aile et il faut trouver un moyen de gagner, un moyen de s'en sortir. Toutes ces petites choses que vous apprenez vous aident à réussir dans la vie. C'est comme cela que je le vois.

Question - Parlez-moi d'une ou deux situations difficiles que vous avez connues, de domaines dans lesquels vous avez dû vous accrocher.

F. Adu - Evidemment, il n'est pas facile de faire du sport et des études en même temps.

Question - Vous avez suivi un enseignement accéléré.

F. Adu - C'est vrai. Mais ce n'est pas facile. On finit par se dire qu'on ne peut pas continuer à faire du sport constamment. Il faut aussi se concentrer sur son travail scolaire. Il n'est pas facile de trouver l'équilibre, pas facile du tout. Mais vous savez, quand il faut aller à l'entraînement, on y va. On fait ce qu'on doit faire. Après l'entraînement, on oublie le sport. On se concentre sur ses devoirs. Au bout du compte, on en ressort plus fort.

Question - Parlez-moi un peu de l'effet que cela fait d'avoir cinq ou dix ans de moins que les gens que vous côtoyez - les joueurs, les entraîneurs, les managers. Parlez-moi du respect qu'on vous montre.

F. Adu - Vous voulez que je vous dise ? Imaginez que vous débarquez à 14 ans ; vous n'avez pas fait vos preuves, vous n'avez vraiment rien fait, et les médias font tout un plat à votre sujet. Il faut vraiment apprendre à assumer tout ça. J'ai appris à me taire et à me donner à fond pendant l'entraînement, et à m'acquitter des tâches qui sont celles des nouvelles recrues de l'année - porter les ballons, les bidons d'eau réfrigérée, et tout le reste -, à travailler dur pour l'équipe aussi. Au fil du temps, j'ai forcé le respect des gens par les propos que je tenais quand j'étais interviewé, quand je parlais de l'équipe et que je disais que je voulais tout faire pour me rendre utile. Les gars qui lisent ça se rendent compte que je suis vraiment sérieux, que je ne suis pas là pour la galerie. Du coup, ils ont fini par me prendre en amitié et à me respecter davantage. Et puis, quand on arrive sur le terrain et qu'on joue bien, on force le respect encore davantage.

Question - Maintenant que vous avez fini vos études secondaires, et que le football va vous occuper à plein temps dans l'avenir immédiat, quels sont vos objectifs ?

F. Adu - Obtenir un diplôme universitaire, évidemment. C'est important pour moi, et c'est très important pour ma mère. Je veux le faire pour elle, et pour moi aussi, évidemment. J'ai 16 ans maintenant. Je vais attendre d'avoir 18 ans avant de m'inscrire en fac, et à ce moment-là je déciderai.

Question - Comment équilibrer le sport et les études universitaires ?

F. Adu - Exactement.

Question - Votre équipe à Washington, D.C. United, joue un rôle très actif dans la collectivité locale. Vous faites partie de ce mouvement ?

F. Adu - Oh, oui. Les gens vous mettent sur un piédestal et plus vous réussissez, plus vous devez aider la communauté parce que sans elle vous ne seriez pas où vous êtes aujourd'hui.

Question - Quel message pourriez-vous faire passer aux adolescents comme vous, dans le monde entier, qui veulent atteindre un objectif ou réaliser un rêve ?

F. Adu - Je leur dirai qu'ils ne doivent pas s'attendre à une réussite facile. Ils vont avoir à surmonter beaucoup de distractions. Il va falloir passer par beaucoup d'épreuves. Il y aura des jours où vous vous direz que c'est trop dur, que vous ne voulez plus continuer. Mais vous voulez que je vous dise ? Il faut lutter contre ça. Et vous devez écouter les gens autour de vous qui ont le plus d'importance. Ils seront toujours là pour vous soutenir. Il faut tenir bon, c'est tout - et un jour vous arriverez à bon port.

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