Les adolescents parlentJe chante le corps électrique Ian McEuen
| ||||
|---|---|---|---|---|
Je suis musicien, j'ai 17 ans et je suis en première au lycée Walt Whitman (http://www.waltwhitman.edu/). Mon lycée porte le nom du grand poète américain de l'époque de la guerre de Sécession et de la période d'immigration qui suivit, alors que le pays était en proie à une profonde déchirure et à de grandes difficultés associées à l'intégration dans la société des nouveaux venus. Walt Whitman passe pour être le plus grand poète des États-Unis et le plus grand chantre de la démocratie. C'est peut-être la vue des blessures causées par la guerre de Sécession (il fut infirmier pendant un certain temps) qui le poussa à prendre fait et cause pour la fraternité, l'homme du peuple et une vision inclusive de l'avenir : I hear America singing, the varied carols I hear ... (J'entends l'Amérique qui chante, j'entends ses chants variés...) Each singing what belongs to him or her and to none else . . . (Chacun chantant ce qui lui appartient, à lui, à elle, mais à personne d'autre...) ( » J'entends l'Amérique qui chante », poème de Walt Whitman, vers 1 et 7) Walt Whitman est surtout connu pour son long poème « Feuilles d'herbe » (Blades of Grass), également connu sous le nom de Chant de moi-même (Song of Myself). Je ne le signale pas simplement pour des raisons historiques. Comme je l'ai déjà dit, je suis musicien. Mais l'instrument de musique dont je joue, c'est moi : je suis chanteur. Et en tant que chanteur, j'ai vécu dans ma chair ce dont parlait Whitman, le pouvoir qu'a la voix d'abattre les frontières et d'ouvrir les portes. Quand je chante, j'ouvre une porte que j'invite le public à franchir pour partager avec lui la beauté de la musique. Ce partage peut aussi se faire entre les peuples. La musique est la seule langue universelle, et les musiciens peuvent ouvrir des portes entre les cultures et rapprocher les nations. Les poèmes de Whitman célèbrent le privilège de l'instant et la présence physique. Il écrit : « I sing the body electric » (Je chante le corps électrique - vers 1), « the present now and here,/America's busy, teeming, intricate whirl » (le présent maintenant et ici/le tourbillon animé, grouillant et compliqué de l'Amérique - Eidolons, vers 25 et 26 »). Dans cet esprit, je vais décrire le « maintenant et ici » du « tourbillon » qu'est ma vie, celle d'un adolescent américain qui chante. Je me lève à six heures moins le quart. Direction : la douche. Pour moi, chanter sous la douche est un impératif ! J'ai besoin de m'échauffer la voix dès le début d'une longue journée qui mettront mes cordes vocales à contribution. Il n'est pas rare que mes vocalises réveillent mes parents et nos quatre chats. « Je pousse mon braillement sur tous les toits du monde » (I sound my barbaric yawp over the roofs of the world), écrivit Whitman. Mon objectif n'est pas de brailler, mais c'est de chanter harmonieusement. J'ai de grands rêves, même si ma taille n'est pas à la mesure de mes ambitions. Je veux un jour interpréter « Nessun Dorma », un aria de Turandot, l'opéra de Puccini, au Metropolitan Opera de New-York. Je rêve de devenir un grand chanteur d'opéra. Je chante et je joue aussi dans des comédies musicales. Pendant l'été 2004, j'ai eu un rôle de chanteur dans une représentation de « Sweeney Todd », au Wildwood Summer Theatre, une compagnie théâtrale composée exclusivement de jeunes, et j'ai campé le personnage de Marius quand mon lycée a monté « Les Misérables ». Je suis aussi chanteur de rock. C'est moi la première voix du groupe Big Black Cat, un groupe formé de camarades de classe. On compose des chansons (je suis le parolier) et on a un site Web (http://www.purevolume.com/BigBlackCat). Je crois que Walt Whitman nous comprendrait : « S'il était vivant aujourd'hui, le bon vieux Walt écouterait de la musique rock. » (David Haven Blake, cité dans l'ouvrage de Peter Carlson « Walt Whitman, Taking Poetic License ».) On s'est produit dans des boîtes de nuit à Washington pour collecter des fonds au profit de la recherche sur la maladie de Parkinson et des victimes du tsunami en Asie, en 2004. Reprenons le train-train quotidien. Après un petit déjeuner rapide (sans jamais oublier ma tasse de thé sucrée au miel), je vais à l'école, qui n'est qu'à quelques kilomètres de chez moi. Les cours commencent à 7 h 25. Ce semestre, je suis des cours de latin, de pré-calcul, d'anglais, de psychologie et de musique (chorale masculine et chorale de chambre) et je me rends utile au maître de la chorale. Je commence la journée en chantant, je chante dans la chorale masculine avant le déjeuner, je chante pour m'entraîner pendant la pause déjeuner et, pour mon dernier cours de la journée, je chante dans la chorale de musique de chambre. La plupart du temps, je reste à l'école après 2 h 10, l'heure de la fin des cours, pour continuer de travailler ma voix ou pour participer à une répétition en vue d'une pièce de théâtre, d'un concert, d'un festival des arts ou d'un autre spectacle organisés au lycée.
De retour à la maison, j'écoute du rock et des airs d'opéra et je prépare des morceaux de musique à exécuter. En ce moment, je répète des chants en français, en italien et en anglais : « Lydia », de Gabriel Fauré, « Amarilli, mia bella », de Giulio Caccini, et « The Roadside Fire » et « Loch Lomond », d'après un arrangement musical de Ralph Vaughan Williams. Cette année, quand j'ai interprété ces trois premiers titres au concours régional de musique de l'association nationale des professeurs de chant, j'ai été classé premier dans la catégorie des chanteurs masculins de niveau avancé au lycée. Quant à la dernière chanson, je l'ai interprétée en soliste lors d'un déplacement parrainé par mon lycée à Orlando, en Floride, en 2005. Après toutes ces heures passées à faire de la musique, je vais souvent faire du jogging dans le quartier pour me changer les idées. Quand je reviens, je fais mes devoirs jusqu'à ce que mes parents rentrent du travail. Après le dîner, je finis mes devoirs et, avant de me coucher, je regarde la télévision ou un DVD (souvent un opéra), ou je télécharge des chansons sur l'internet. Le week-end, j'ai une leçon particulière avec ma professeur de chant, Mme Myra Tate, je récupère mes heures de sommeil perdues, je rattrape mon retard dans mes devoirs et je sors avec mes copains. C'est une vie très astreignante, comme celle d'un athlète, mais cela vaut le coup. Je me suis fixé pour objectif d'étudier l'exécution vocale à l'université ou au conservatoire l'année prochaine et, un jour, de chanter dans les plus grands opéras du monde. Comme le dit Mme Tate, « les chanteurs d'opéra sont les athlètes olympiques du vocalisme ». Jusqu'à présent, la musique m'a donné l'occasion de monter sur les planches dans des spectacles au lycée et dans la communauté et de me donner en public dans des salles de récital d'universités, de maisons de la culture et des concerts de rock. Cet été, je vais interpréter mon premier rôle d'opéra en campant Borsa, de « Rigoletto », l'opéra de Verdi qui sera monté dans le cadre du festival de musique d'été de Bethesda. C'est le rôle qu'a interprété Placido Domingo, le grand ténor et directeur général du Washington National Opera, quand il a lancé sa carrière. Je mords la vie à pleines dents, galvanisé par ma passion pour la musique et mon développement en tant que chanteur. Les paroles de Walt Whitman ont pour moi l'accent de la vérité quand il écrit : « Si le don du chant ne t'avait pas été donné, sûrement tu mourrais. » If thou wast not granted to sing thou would'st surely die. ( « When Lilacs Last in the Door-yard Bloom'd », vers 4) Des établissements scolaires à l'image du pays >>>>
|
||||