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Les échanges internationaux de jeunes

SOMMAIRE
Avant-propos
« Ce sont mes enfants »
Parole aux jeunes
Hospitalité romaine
Une expérience décisive
Des actions qui marquent
Tir au but
Vivre et s'instruire dans la diversité
Préparer l'avenir au milieu des échos du passé
Déjeuner au Rwanda
Défilé commémoratif
Vidéoclips (en anglais) Vídeo icon
Les échanges internationaux de jeunes
Inspirer, informer, participer
Rencontres et échanges d'idées en ligne
Vivre au quotidien les relations internationales
Que dois-je faire ?
Où puis-je me renseigner ?
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Préparer l'avenir au milieu des échos du passé

De jeunes Américains spécialisés dans l'informatique sont sélectionnés pour se rendre, dans le cadre d'un programme d'échanges, au Rwanda, où ils aident d'autres jeunes à se familiariser davantage avec les ordinateurs. Les jeunes Américains et les jeunes Rwandais sont sur la même longueur d'onde lorsqu'il s'agit d'enseigner et d'apprendre, mais il faut, pour les mettre en présence les uns des autres, l'appui d'universités et d'organisations non gouvernementales désireuses d'aider les États africains à créer un avenir meilleur.

Tout est numérique de nos jours, sauf dans les pays sous-développés qui n'ont pu prendre en marche la révolution des technologies de l'information. Le Center to Bridge the Digital Divide ou CBDD (Centre visant à combler le fossé numérique) du campus de l'Université d'État de Washington aide ces pays à rattraper rapidement leur retard à cet égard et à se préparer à l'avenir. Il s'emploie à aider des particuliers à travers le monde à avoir un meilleur accès aux technologies modernes de l'information et à en faire un meilleur usage. Qui pourrait mieux contribuer à ce projet que des jeunes ayant grandi à l'ère numérique ?

Depuis 2005, le CBDD envoie des groupes de jeunes au Rwanda pour aider d'autres jeunes de leur âge à maîtriser l'informatique. Dans le cadre de ce programme, il aide le Rwanda à mettre en œuvre Vision 2020, une stratégie nationale qui vise à former une main-d'œuvre qualifiée dans le domaine des technologies de l'information et à faire de ce pays le centre des technologies de l'information de l'Afrique.

L'Initiative Youth 4 BIT (Jeunes pour les technologies de l'information au service des entreprises) du CBDD aide des lycéens africains et américains à acquérir des compétences pratiques. Le programme d'études est loin de se limiter aux jeux sur ordinateur. Les jeunes apprennent entre autres à construire et à perfectionner des ordinateurs, à assurer la maintenance des disques durs et à résoudre les problèmes d'informatique. Les élèves rwandais se familiarisent aussi avec les logiciels de diagnostic et les systèmes d'exploitation. Au terme du programme, les élèves ont acquis des compétences très recherchées dans le secteur informatique, qui commence seulement à se développer en Afrique.

Les diplômés du programme transmettent aussi leurs connaissances, en aidant d'autres jeunes à accroître leurs connaissances informatiques dans d'autres écoles et établissements du Rwanda.

Ces ambitions et ces investissements pour l'avenir s'effectuent dans un pays qui s'efforce encore de refermer les cicatrices du génocide de 1994 entre Tutsis et Hutus, qui a fait 800.000 morts et forcé 2 millions de Rwandais à quitter leur pays. Le Rwanda cherche à faire œuvre de réconciliation et a adopté l'un des programmes les plus ambitieux du continent africain en vue d'améliorer les moyens dont il dispose dans le domaine des technologies de l'information.

Les jeunes Américains qui se sont rendus au Rwanda en tant qu'instructeurs dans le cadre de l'initiative Youth 4 BIT ont souvent entendu des échos de ce passé tragique, comme en témoignent deux d'entre eux. Âgé de vingt-deux ans et originaire de Renton, dans l'État de Washington, Brian Newman étudie l'informatique à l'université d'État de Washington et raconte comment de simples discussions à la pause-déjeuner lui ont permis de mieux comprendre ses élèves. Âgée de vingt et un ans et originaire de Pasco, dans l'État de Washington, Leah Rommereim, qui est une récente diplômée de l'université du Puget Sound, relate un défilé commémoratif, bel exemple de courage.

Leah Rommereim et Brian Newman avec quelques-uns de leurs élèves rwandais.
Leah Rommereim et Brian Newman avec quelques-uns de leurs élèves rwandais.
Avec la gracieuse permission de Brian Newman

Brian : déjeuner au Rwanda

Lorsque je songe à mon séjour au Rwanda, le plus souvent je pense aux déjeuners avec les élèves auxquels je donnais des cours d'informatique. Le déjeuner était le moment où nous parlions de nos familles, de nos pays et de nos cultures.

Le souvenir de ces discussions durant le déjeuner me laisse toujours étonné par la joie de vivre et par l'amabilité des habitants de ce pays qui est passé par tant d'épreuves.

Alors que beaucoup de mes élèves souhaitaient aller faire des études aux États-Unis ou en Europe, j'ai été très surpris d'apprendre que la plupart d'entre eux voulaient retourner au Rwanda après avoir obtenu leur diplôme pour reconstruire leur pays. Beaucoup d'entre eux se demandaient s'ils avaient choisi la bonne filière à l'université. Ce sont les mêmes questions que je me posais avant d'aller à l'université. En les entendant parler de leur famille, j'avais l'impression de m'entendre parler de la mienne.

Parfois la conversation prenait un tour inattendu.

Un jour, en discutant de différentes langues avec une étudiante de FAWE* (Forum des éducatrices africaines), je lui ai demandé quelles langues parlaient ses parents. Elle m'a alors dit que ses parents avaient été tués pendant le génocide. En le disant, elle avait l'air de trouver tout à fait banal que ses parents aient été tués et qu'elle vive maintenant avec d'autres membres de sa famille. J'étais horrifié non seulement que ses parents aient été tués, mais aussi que cela soit considéré comme une chose aussi courante au Rwanda.

Je ne me suis jamais habitué à entendre parler du génocide. J'ai visité leur pays, j'ai parlé et ri avec des jeunes qui en fait me ressemblaient. Mais à ce jour, je ne peux même pas imaginer vivre ce qu'ils ont vécu.

Avant d'aller au Rwanda, je pensais que ce serait difficile de bien m'entendre avec mes futurs élèves car leur culture était tellement différente de la mienne. Ils avaient vécu des choses qui étaient pour moi du domaine de l'inimaginable.

En fait, j'ai découvert qu'ils n'étaient pas si différents que ça. À la fin de mon séjour, je me suis rendu compte que j'avais à l'autre bout du monde un nouveau groupe d'amis, qui étaient plus ou moins comme moi.

*FAWE est l'un des quatre établissements du Rwanda participant à l'initiative Youth 4 BIT (avec Apred Ndera, Kagarama et le lycée de Kigali).

Les participants à un défilé commémoratif organisé en 2006 se dirigent vers le Mémorial national du génocide à Kigali (Rwanda)
Les participants à un défilé commémoratif organisé en 2006 se dirigent vers le Mémorial national du génocide à Kigali (Rwanda).
Avec la gracieuse permission de Brian Newman

Leah : défilé commémoratif

Au Rwanda, de nombreuses routes sont inondées pendant la saison des pluies. Elles sont couvertes de boue et, une fois cette boue sèche, elles sont sillonnées de profondes ornières. Nous roulions sur l'une de ces routes cahoteuses, de bonne heure un samedi matin, en direction d'une petite église où allait avoir lieu un défilé commémoratif du génocide, avec des étudiants de Kigali.

Mes amis rwandais m'avaient dit que cette église était l'un des lieux où l'on offrait refuge aux réfugiés pour ensuite les assassiner.

Le souvenir de ces morts semblait imprégner les lieux, mais la vie avait repris ses droits. Lorsque tous les élèves sont arrivés, c'était un beau spectacle. Certains étaient en uniforme de leur école, d'autres portaient des chemises avec les noms de leurs héros : Mahatma Ghandi, Nelson Mandela et Martin Luther King. Certains portaient des vêtements de tous les jours et ressemblaient à tous les élèves du monde.

Le fait que je suis blanche intriguait beaucoup les autres étudiants. C'est comme si je faisais tache. J'avais l'impression de ne pas être à ma place, mais une fois que mes amis rwandais ont commencé à me présenter aux autres étudiants, ce sentiment s'est dissipé. Je n'étais plus là simplement pour observer, mais bien pour participer. Cela a changé la façon dont on me considérait : non comme quelqu'un à regarder, mais comme quelqu'un avec qui dialoguer.

Le défilé a commencé par une fanfare de l'orchestre national, et nous avons marché dans les rues de Kigali. C'était tout un spectacle par ce samedi matin. Nous nous sommes dirigés vers le Mémorial national du génocide, qui comprend aussi un musée. En chemin, j'ai fait la connaissance de beaucoup d'étudiants aux horizons, aux visages et aux sourires très divers. Nous avons parlé de films, de musique, du secteur de l'enseignement au Rwanda et de ce que nous voulions faire dans la vie. Cela ressemblait aux conversations que j'ai souvent avec mes amis dans l'État de Washington, aux États-Unis.

Lorsque nous sommes arrivés au mémorial, l'ambiance s'est assombrie. Nous nous sommes rassemblés autour des tombes des personnes récemment enterrées. En reconstruisant la ville, on retrouve les corps de victimes supplémentaires du génocide. Les enterrer comme il se doit fait maintenant partie du processus de reconstruction. En regardant mes nouveaux amis, de l'autre côté des tombes, j'essayais d'imaginer comment cela avait pu être de grandir dans un pays dont près de la moitié des habitants ont été assassinés. Une bonne partie des étudiants sont partis dans d'autres pays avec leurs parents pendant le génocide. D'autres sont restés et ont perdu un de leurs parents, voire même les deux, ainsi que de nombreux membres de leur famille et amis.

Ces êtres intelligents, doués et impressionnants sont passés par tant d'épreuves et malgré tout, ce samedi matin, ils étaient là, la tête haute. C'était un honneur pour moi que d'être acceptée comme l'une des leurs et d'être considérée comme une amie.

Les échanges internationaux de jeunes

Les opinions exprimées par Brian Newman et Leah Rommereim ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

NDLR : le Center to Bridge the Digital Divide a hébergé un blogue tenu par Brian et Leah lors de leur voyage de 2006 au Rwanda. On peut consulter ce blogue à l'adresse suivante : http://cbdd.typepad.com/bit/. Brian a publié des photos du voyage, à l'adresse http://picasaweb.google.com/achievingslacker/Rwanda.

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