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Quoi de neuf ? L'influence de la culture hip-hop sur l'anglais parlé

Emmett Price

revue électronique

SOMMAIRE
Avant-propos
Le changement vous fera du bien
Éclaircir le mystère : des outils pour décoder l'argot
La terminologie des blogs
Le parler jeune
C'est parti ! Le sens figuré des expressions sportives dans le parler américain
Quoi de neuf ? L'influence de la culture hip-hop sur l'anglais parlé
Le « spanglish » : la « lengua loca » des hispanophones aux États-Unis
De l'arabe à l'anglais
Vidéo : video feature icon
L'anglais dynamique
L'arabe en selle
Ressources complémentaires
 

Prenant une pause pendant la réalisation d'une peinture murale sur le thème du hip-hop pour un centre de la jeunesse dans le Michigan, cet artiste montre son talent en break-dance.
Prenant une pause pendant la réalisation d'une peinture murale sur le thème du hip-hop pour un centre de la jeunesse dans le Michigan, cet artiste montre son talent en break-dance.
© AP Images/Jim Slosiarek/The Gazette

Les expressions inventées par les jeunes vivant en milieu urbain se sont glissées dans l'anglais courant via la génération appelée « génération hip-hop  ». Emmett Price, professeur adjoint de musique et de culture afro-américaines à l'université Northeastern de Boston dans le Massachusetts, a écrit Hip Hop Culture (ABC-CLIO, 2006) et il est le rédacteur en chef du Journal des études de la musique populaire. Il est également rédacteur exécutif de l'Encyclopédie de la musique afro-américaine qui va paraître prochainement en trois volumes (Greenwood Press, 2008).

La langue est le produit d'une société. Quand une société évolue, une langue fait de même. Un des signes les plus notables qui signalent un changement dans une langue est l'expansion rapide de ses lexiques. Depuis plus de 30 ans, les dictionnaires américains ont connu une évolution sans précédent. Les mots qui attestent du riche apport des cultures mondiales à la culture américaine, les mots nouveaux à usage scientifique, les mots qui reflètent les progrès technologiques et bien sûr, les mots qui symbolisent la culture contemporaine ont tous enrichi l'anglais. Et pourtant, c'est cette dernière catégorie qui a modifié l'anglais plus rapidement que toute autre influence.

Ces changements proviennent des mots créés par la jeunesse et les jeunes adultes qui se sentent investis pour codifier et refléter leurs propres réalités au moyen de nouvelles expressions : des mots qui représentent de nouvelles réflexions, de nouvelles quêtes, de nouveaux désirs et de nouvelles idées (même si ces idées ne sont pas neuves en soi). Dans The Hip Hop Generation, Bakari Kitwana détermine que les années comprises entre 1965 et 1984 constituent le critère d'admission dans la génération hip-hop. Naturellement, le choix de Bakari Kitwana de s'arrêter à l'année 1984 est restrictif, car nous avons observé l'émergence de plusieurs générations hip-hop, qui ont chacune apporté des ajouts et d'autres approches à la langue anglaise.

La culture hip-hop

Pendant les années 60 et 70, alors que les rues de New York sombraient dans la violence, la déliquescence sociale et le marasme économique, la jeunesse multiethnique des quartiers difficiles apporta sa propre solution aux défis redoutables qui la minaient en permanence. Rassemblant les éléments préexistants du rap, des graffiti, de la danse sans oublier l'éclosion du djing (méthode utilisant des équipements de son et les disques pour créer des sons et des arrangements comme le scratch, les répétitions rapides de segments, le remixage, etc., radicalement opposés aux méthodes traditionnelles), cette jeunesse riche de sa diversité se créa un dérivatif au désenchantement profond qui accablait ses quartiers.

Jusqu'au milieu des années 70, ce phénomène local demeura ignoré de l'Amérique. Mais dans les années 80, la culture hip-hop acquit non seulement une présence nationale mais elle devint également prisée dans le monde entier. Les films tels que « Wild Style », « Style Wars », et plus tard « Beat Street » sans oublier « Breakin´ » permirent au public international de découvrir les multiples facettes de la culture hip-hop, notamment son usage unique de l'anglais oral et écrit. Dans les années 90, la presse écrite et audiovisuelle, ainsi que les jeux vidéo, étaient dominés par la présence et l'influence de la culture hip-hop. Des multinationales telles que Burger King, Coca-Cola, America Online (AOL), Nike et Reebok lancèrent des campagnes marketing et publicitaires mettant en valeur la culture hip-hop pour faire écho à l'image populaire et à la mode de ses éléments pour s'intégrer dans la culture dominante. Hormis la danse, la mode et les nombreux éléments musicaux, ce sont les nouvelles règles de la pratique, de la lecture et de l'écriture de l'anglais qui frappèrent le plus nos oreilles.

Russell Simmons est un des pionniers du mouvement hip-hop et est devenu le porte-parole et défenseur de la communauté hip-hop.
Russell Simmons est un des pionniers du mouvement hip-hop et est devenu le porte-parole et défenseur de la communauté hip-hop.
© AP Images/Stephen Chernin

Même des activités officielles, comme cette colonie de vacance axée sur les arts pour enfants dans l'Ohio, utilise des thèmes et des images «cool» s'inspirant du hip-hop pour attirer les enfants.
Même des activités officielles, comme cette colonie de vacance axée sur les arts pour enfants dans l'Ohio, utilise des thèmes et des images « cool » s'inspirant du hip-hop pour attirer les enfants.
© AP Images/The Plain Dealer, Roadell Hickman

La langue hip-hop

La culture populaire aux États-Unis a exercé une influence unique sur l'anglais parlé par de nombreuses générations. La musique afro-américaine, à de nombreux égards, a joué un rôle considérable dans cette évolution. Avant même que n'émergent la musique spiritual et le blues, la musique afro-américaine a toujours informé ses amateurs (qui étaient surtout les Noirs aux origines) des modes du moment et des stratégies de libération, en utilisant un parler alternatif compréhensible uniquement par ceux qui appartenaient à ce réseau culturel.

Au fil des ans, de nombreux mots et expressions se sont intégrés et ont commencé à être utilisés par les communautés externes qui avaient déchiffré le contexte et la signification de ces mots. Ce processus d'adaptation culturelle s'est produit dans de nombreuses communautés et enclaves ethniques aux États-Unis même si ce fut grâce à la musique afro-américaine, qui utilisait principalement cette langue, que la culture américaine dominante en bénéficia.

La langue de la culture hip-hop est le prolongement des langues vernaculaires passées et récentes. Des mots tels que hot (1920), swing (1930), hip (1940), cool (1950), soul (1960), chill (1970) et smooth (1980) ont été redéfinis et leur sens a été usurpé par la langue hip-hop. Celle-ci est la réponse de la prochaine génération à la sempiternelle question : « quoi de neuf ?  ».

Cette bande dessinée met l'accent sur le mot tiré de l'argot qui signifie « bijoux » sur le panneau de la boutique. Dessin publié au Royaume-Uni.
« Hélas, il faut être de son temps, monsieur Bagley. »
Cette bande dessinée met l'accent sur le mot tiré de l'argot qui signifie « bijoux » sur le panneau de la boutique. Dessin publié au Royaume-Uni.
http://www.CartoonStock.com

L'impact de la culture hip-hop

L'impact le plus fort de la culture hip-hop se trouve peut-être dans sa capacité à créer un moyen permettant à des jeunes (qui sont maintenant de jeunes adultes) de croyances, de races, de cultures, et d'origine ethnique différentes de s'exprimer d'une manière auto-déterminée, individuellement et collectivement. La culture hip-hop a non seulement influencé l'anglais américain mais de nombreuses autres langues du monde entier. Les pays multiculturels qui possèdent des communautés hip-hop dynamiques ont dû trouver un sens à ces nouveaux mots et expressions. Le hip-hop a influencé les langues de nombreux pays et cultures, du hip-hop allemand au hip-hop australien, au rap « Pinoy » (Philippines) en passant par le rap azéri (Azerbaïdjan) ou le rap nigérien (Niger).

Que ce soit par l'ajout du mot bling-bling (tape-à-l'oeil) dans l'Oxford English Dictionary en 2003 ou l'inclusion du terme crunk (variante du rap) dans l'édition 2007 du Merriam-Webster Collegiate Dictionary, la culture hip-hop est en passe de bouleverser la nature, le son et les règles de la langue anglaise. Des mots tels que hood (abréviation de « neighborhood » ou quartier), crib (qui signifie berceau et par extension, son domicile) et whip (qui signifie voiture) sont devenus couramment utilisés dans l'anglais quotidien. Des expressions telles que what's up (salut), peace out (au revoir) et l'expression extrêmement populaire chill out (se relaxer) sont fréquemment utilisées dans les émissions télévisées, les films et même dans les spots publicitaires des multinationales classées dans Fortune 500. L'anglais américain est un organisme vivant et, avec des mécanismes aussi dynamiques que la culture hip-hop ou l'explosion des technologies, qui peut prédire comment nous écrirons ou parlerons dans 30 ans ? Que les États-Unis soient « une nation hip-hop », comme l'a affirmé le magazine Time sur sa couverture du 5 février 1999, ou pas, il est évident que l'anglais a été fortement influencé par la culture hip-hop.

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