Les étudiants étrangers trouvent
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Tapez sur l'épaule d'un étudiant étranger choisi au hasard à l'Earlham College, et vous aurez touché un visionnaire. Ce petit établissement consacré à l'enseignement des arts libéraux tend à attirer des étudiants qui sont résolus à trouver des solutions justes et pacifiques aux problèmes du monde. Et la plupart n'attendent pas d'avoir terminé leurs études pour se mettre à l'ouvrage. Deux d'entre eux, particulièrement motivés, Jawad Sepehri Joya d'Afghanistan et Yvette Issar du Kenya, trouvent déjà de multiples manières d'appliquer leurs connaissances universitaires à la résolution des problèmes sociaux et politiques mondiaux. Les étudiants étrangers ont souvent fait personnellement l'expérience de l'injustice dans leur pays d'origine, ce qui soutient leur motivation. Jawad est un bon exemple de la force de l'espoir et d'un travail acharné qui permet de vaincre des obstacles apparemment insurmontables. Dans le chaos de Kaboul, condamné par la polio à un fauteuil roulant, issu d'une famille de musulmans chiites illettrés et paupérisés, son avenir n'était guère prometteur à la fin des années 1990. Le régime taliban décourageait la poursuite des études, tout particulièrement pour les filles et les handicapés. Un médecin italien qui travaillait dans un centre de la Croix-Rouge a reconnu le potentiel de Jawad et lui a fait donner clandestinement des leçons par une série de professeurs particuliers. Jawad est très doué pour les langues et pour l'informatique. À l'âge de 13 ans, il travaillait déjà au centre de la Croix-Rouge en tant que programmeur et il commençait à envisager la perspective d'une vie qui lui apporterait de grandes satisfactions. Grâce à son amitié avec le médecin italien et avec un journaliste italien rencontré en 2002, après la chute du régime taliban, Jawad a pu quitter son pays déchiré par la guerre et aller faire des études à Trieste (Italie). Avant d'obtenir son baccalauréat international, il fit des demandes d'admission dans divers établissements d'enseignement supérieur des États-Unis et du Canada. Earlham est l'un de ces établissements, particulièrement exigeant, qui l'a accepté et qui lui a offert une bourse d'études complète. « Je suis absolument ravi d'être ici, dit Jawad, le visage radieux. Je peux travailler à des choses auxquelles je crois bien plus facilement que dans une grande université, je pense. » Actuellement en deuxième année à Earlham, il se concentre sur les sciences tout en suivant d'autres cours dans les art et les sciences sociales. « Étant donné ce que j'ai vécu, je m'intéresse de plus en plus aux études sur la paix d'un point de vue naturaliste, explique-t-il. En biologie, il y a la question de la concurrence entre les espèces. Comme les êtres humains sont l'une de ces espèces, j'examine la question sous différents angles et cherche les moyens d'être humainement concurrentiels. » Il prévoit de poursuivre ses études dans cette direction dans le deuxième cycle et espère obtenir un poste dans une université, une fondation ou un centre d'études et de recherches. Jawad est particulièrement impliqué et participe à la vie parascolaire et sociale de la communauté universitaire : ONU mise en scène, Club des études mondiales et pour la paix, Amnesty International et Association des étudiants d'Asie. Pour étoffer sa bourse, il a un poste de chercheur pour le programme des études mondiales et de la paix (PAGS) du collège Earlham et se penche sur les moyens d'accroître l'efficacité du cursus du PAGS. L'été dernier, il a fait partie d'un groupe de 40 délégués d'universités américaines qui a participé à la Conférence Japon-Amérique de l'université de Stanford (Californie), puis il a travaillé à la Société des professionnels afghans en Amérique du Nord, qui a son siège à Fremont (Californie). Cette année, les travaux de Jawad lui ont valu le premier prix de l'Association nationale pour la paix et la justice « pour ses contributions à l'établissement de la paix et à la recherche de la justice sur le campus, dans la communauté et de par le monde ». Il s'est vu décerner un prix analogue par la Conférence Plowshares des étudiants en faveur de la paix qui a eu lieu au Collège Goshen (Indiana). Fort de ses antécédents et acquis afghans, italiens et américains, aujourd'hui âge de 20 ans, Jawad se considère comme « un citoyen du monde », auquel, ajoute-t-il, il ne manque plus qu'un « visa mondial ». Yvette Issar est étudiante de troisième année spécialisée en études internationales à Earlham. Ce qui l'a attirée vers cet établissement, ce sont l'héritage quaker de celui-ci et ses principes de « non violence, simplicité et justice sociale ». Yvette est née de parents indiens au Kenya, où elle a grandi. « Je me perçois comme ayant des racines dans ces deux pays, mais je m'identifie peut-être davantage avec l'Inde », dit-elle. « Quand je suis arrivée (à Earlham), j'ai d'abord pensé que j'aurai horreur de vivre dans une petite ville du Midwest, admet-elle, mais c'est en fait un endroit merveilleux. La communauté de l'enseignement est incroyable et il y a un tel sens de l'engagement chez les gens qui vous entourent. » À Earlham, Yvette a établi une section de l'association Americans for Informed Democracy (AID), qui organise des vidéoconférences avec des étudiants universitaires du monde entier pour débattre des problèmes mondiaux et pour forger un consensus sur la façon de les résoudre. Il y a aujourd'hui aux États-Unis et ailleurs 70 sections de l'AID administrées par des étudiants. « Tout a commencé lorsque je suis allée à une retraite de l'AID, où j'ai rencontré des gens qui avaient des idées fascinantes sur les moyens de mieux représenter les autres pays aux yeux des Américains moyens, tout en facilitant l'accès à ceux-ci pour les gens des autres pays. » Yvette a déjà organisé quatre conférences cette année auxquelles ont pris part des étudiants des États-Unis et leurs homologues de pays tels que le Pakistan, l'Australie, les Philippines, le Honduras, Sri Lanka et de nombreux autres. Parmi les sujets sur lesquels ils se sont penchés figuraient « Les ripostes mondiales aux catastrophes naturelles » et « Les États-Unis devraient-ils viser à instaurer la démocratie à l'étranger ? ». Comme Jawad, Yvette a participé activement aux sessions de « l'ONU mise en scène ». L'an dernier, elle a représenté le Liban à une session régionale de ce programme à Chicago. « Cela consiste à vous mettre à la place d'autres personnes pour défendre les intérêts d'un autre pays, dit-elle. Mais c'est aussi apprendre à coopérer pour coordonner les efforts, à accepter des compromis pour le bien général. » Yvette trouve également le temps de satisfaire à sa passion pour la musique en tant que membre de la Chorale d'Earlham. Au printemps dernier, elle a passé un semestre à Vienne dans le cadre du programme de chant choral du collège. « C'est une expérience fantastique, dit-elle, de se trouver au cœur de l'Europe et de chanter dans ces glorieuses cathédrales. C'est quelque chose que je n'oublierai jamais. » Lorsqu'on lui demande de dire quelles sont les leçons les plus importantes qu'elle a tirées de son séjour universitaire aux États-Unis, Yvette déclare après un long regard penseur, les yeux tournés vers le plafond : « C'est que la communauté est l'une des choses les plus importantes dans la vie. Sans connexion avec les autres, et sans amour, vous n'êtes qu'une île dans un univers dont le bonheur est absent. J'ai appris que les gens doivent s'entraider, se soucier de leurs voisins. Je suppose que je le savais déjà, mais c'est une chose qui m'est apparue clairement aux États-Unis. »
Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.
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