eJournal USA: La Société américaine

Cinquante ans après l'arrêt Brown :
Pourquoi les collèges et universités créés à l'origine
pour les Afro-Américains ont encore
leur raison d'être

Beverly Daniel Tatum

revue électronique

SOMMAIRE
Hughes
Introduction
Avant-propos
Les universités publiques américaines
Qu'est-ce qu'une grande université de recherche privée ?
Les community colleges américains : Point d'accès à l'enseignement supérieur pour beaucoup
Une vitalité due à la diversité : Le secteur indépendant de l'éducation aux États-Unis
Les établissements d'enseignement supérieur au service des minorités
Cinquante ans après l'arrêt Brown : Pourquoi les collèges et universités créés à l'origine pour les Afro-Américains ont encore leur raison d'être
Les universités affiliées à une religion
Les universités spécialisées
Galerie de photos : La vie estudiantine photo icon
L'étude des relations internationales à l'université de Pennsylvanie
Les étudiants étrangers trouvent un foyer d'accueil et un but aux États-Unis
L'engagement bénévole des étudiants
Sept instantanés de l'enseignement : Album de référence
Le choix d'une discipline principale
Les modalités d'enseignement dans le premier cycle
Le coût des études universitaires aux États-Unis
Sources possibles d'aide financière
Les États-Unis admetttent de nombreux étudiants étrangers dans leurs community colleges
Bibliographie
Sites Internet
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Une étudiante expose un point de vue à ses camarades de classe, lors d'un débat.
Une étudiante expose un point de vue à ses camarades de classe, lors d'un débat.
Avec la permission du Spelman College

Beverly Daniel Tatum parle du rôle que jouent les collèges universitaires créés à l'origine pour les Afro-Américains en aidant les étudiants afro-américains à affirmer leur identité, tout en leur donnant la possibilité de rencontrer des étudiants dont les origines et perspectives diffèrent des leurs. Elle est présidente du College Spelman situé à Atlanta (Géorgie) et l'auteur de « Why Are All the Black Kids Sitting Together in the Cafeteria ? and Other Conversations about Race » (Pourquoi tous les enfants noirs s'assoient-ils ensemble dans la cafétéria ? et autres conversations sur la question raciale) publié par Basic Books en 2003.

Je suis née en 1954, tout juste quatre mois après l'arrêt de la Cour suprême des États-Unis intitulé Brown v. Board of Education (Brown contre la Commission scolaire), qui déclarait inconstitutionnelle la doctrine dite des établissements scolaires « distincts mais égaux ». Je suis venue au monde à Tallahassee (Floride) où mon père enseignait dans le département des beaux-arts de l'université de Floride A&M. Il aurait voulu étudier à l'Université d'État de Floride pour y préparer un doctorat mais, en 1954, l'État de Floride refusait encore l'accès aux étudiants noirs de troisième cycle. Au lieu de cela, il prit le train aux frais de l'université pour la Pennsylvanie et, en 1957, il obtint son diplôme de l'université Penn State. Un an plus tard, il devenait le premier professeur noir de Bridgewater State College, situé à Bridgewater (Massachusetts), la ville dans laquelle j'ai grandi. Or aujourd'hui, Bridgewater State College a pour la première fois un président noir et, en février 2004, c'est moi, une femme noire, qui ait prononcé le discours d'ouverture à une conférence sur l'enseignement supérieur tenue à l'Université d'État de Floride. Aucun de ces deux événements n'était imaginable en 1954.

En tant qu'éducatrice ayant consacré de nombreuses années d'enseignement au problème du racisme dans des établissements fréquentés principalement par des Blancs, et à présent en ma qualité de neuvième président de Spelman College, le plus ancien college universitaire pour jeunes filles noires, je perçois sous un nouvel angle la signification de Brown v. Board of Education. Comme de nombreux établissements universitaires créés à l'origine pour les Afro-Américains, Spelman entrait en compétition, pour le recrutement de ses étudiants, avec les collèges et universités fréquentés en majorité par des Blancs et qui excluaient précédemment les Afro-Américains. Mais l'accroissement de la concurrence a encouragé Spelman College à procéder à d'importantes améliorations. Durant la période qui a suivi l'arrêt Brown, les professeurs ont été activement encouragés à accroître leurs recherches et leurs publications et de nouvelles ressources ont été mises à jour pour financer l'octroi de bourses. Le succès des collectes destinées à l'accroissement des dotations a apporté une stabilité financière et permis la construction de nouvelles résidences et de nouveaux bâtiments universitaires, créant un environnement qui attire maintenant chaque année quelque 4.000 jeunes filles douées qui se disputent les 525 places disponibles en première année.

Des étudiantes de Spelman College se détendent dans une résidence universitaire
Des étudiantes de Spelman College se détendent dans une résidence universitaire.
Avec la permission du Spelman College

Pourquoi les universités pour Afro-Américains telles que Spelman sont-ils toujours non seulement pertinents mais préférés par de nombreuses étudiantes noires douées ? Le choix d'une université est le reflet de votre identité, une indication de la façon dont vous vous concevez, de la personne que vous êtes maintenant et de celle que vous espérez devenir. Les étudiants sont attirés par des milieux qui les reflètent intensément, dans lesquels ils se considèrent comme un élément central de l'expérience éducative.

Il y a plusieurs années, dans le cadre de mes recherches sur le développement du sentiment d'identité raciale chez les étudiants afro-américains élevés dans des communautés ayant une prédominance de Blancs. J'ai interrogé des étudiants qui avaient choisi de fréquenter une université créés à l'origine pour les Afro-Américains. Une jeune étudiante a commenté en ces termes son expérience d'un tel collège universitaire : « Vous savez, je suis vraiment heureuse, lorsque je traverse le campus, de savoir que cet endroit a été conçu pour moi. » Il n'y a guère d'endroits, aux États-Unis, où une Noire peut se dire une telle chose. L'importance de l'affirmation de l'identité dans le choix d'une université ne saurait être sous-estimée.

Bien que la diversité des campus universitaires américains soit généralement jugée infiniment plus grande qu'elle ne l'était en 1954, ces établissements s'efforcent toujours de trouver les mesures de base à prendre pour créer un climat d'inclusion qui portera à leur maximum le potentiel intellectuel et l'initiative de tous leurs étudiants. Ces mesures qui affirment leur identité, forment leur esprit de corps et encouragent l'esprit d'initiative sont des caractéristiques indispensables aux milieux éducatifs à tous les niveaux.

Traduire ces mesures en actes exige que, systématiquement, nous nous posions mutuellement d'importantes questions : Qui s'identifie avec notre environnement ? Qui est absent du tableau ? Quelles sont les possibilités d'encourager l'esprit de corps, le dialogue entre personnes différentes ? Quel est le type de participation qui permettra aux étudiants d'améliorer leurs qualités de chef de file dans un contexte caractérisé par la diversité ?

On me demande souvent, en ma qualité de spécialiste des relations raciales, pourquoi je choisirais de diriger une institution aussi « homogène » que Spelman College. La question est évidemment basée sur une supposition erronée. Bien que 97 pour cent de nos étudiantes soient dénombrées comme « noires » sur le plan racial, il y a parmi elles une grande diversité. Elles viennent de tous les coins des États-Unis et de nombreux pays étrangers, de communautés blanches et rurales aussi bien que d'agglomérations urbaines noires. Toutes les facettes de la diaspora africaine y sont représentées et la diversité d'expériences et de points de vue des jeunes filles qui fréquentent le collège crée de nombreuses possibilités de dialogue. Il arrive un moment, dans la vie des jeunes de couleur, où le dialogue au sein du groupe est aussi important, peut-être même plus important parfois, que le dialogue entre groupes. Et même dans le contexte d'une université noire, les deux types d'échanges sont possibles.

Bon nombre d'entre nous conçoivent l'université comme un endroit où tous les étudiants ont la possibilité de parvenir à des normes élevées et où ils sont encouragés à le faire. C'est la conception d'une communauté dans laquelle sont représentées de nombreuses ethnies, une communauté caractérisée par des relations équitables et justes entre les divers groupes. C'est la conception d'une éducation qui ne devrait pas se borner à encourager le développement intellectuel en donnant aux étudiants ces outils que sont l'esprit critique, la parole, l'écriture et le raisonnement quantitatif, mais qui devrait aussi donner à tous les capacités et le climat éducatif qui leur assureront une participation efficace à une société hétérogène. Un environnement éducatif répondant a cet idéal n'a jamais existé sur une vaste échelle, que ce soit dans la société américaine ou, à ma connaissance, dans aucune autre société. Mais cette conception en est le schéma.

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Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis. Captions :

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