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SOMMAIRE
Un combat pour les droits civils devant les tribunaux
La décision juridique du siècle
Une autre grande première : Thurgood Marshall à la Cour suprême
Aux côtés de Thurgood Marshall : un entretien avec Jack Greenberg
Charles Hamilton Houston : pionnier de l'égalité raciale
La déclaration des droits élaborée par Thurgood Marshall pour le Kenya
Thurgood Marshall : biographie
Le legs de Thurgood Marshall
Bibliographie
DOSSIER
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(Publication janvier 2007)

UNE AUTRE GRANDE PREMIèRE :

Thurgood Marshall à la Cour suprême

Michael Jay Friedman

Cecilia Marshall aide son mari Thurgood Marshall à ajuster son habit
Cecilia Marshall aide son mari Thurgood Marshall à ajuster son habit alors que le nouveau juge à la Cour suprême s'apprête à prendre son siège à ce haut tribunal le 2 octobre 1967. (Collection de la Cour suprême des États-Unis)

En 1961, Thurgood Marshall avait déjà contribué très activement à orchestrer la défaite juridique de la ségrégation. Grâce à lui, des militants comme Martin Luther King allaient bénéficier du soutien de la loi et des millions d'Américains qui la respectent. En empêchant les pouvoirs publics de pratiquer la ségrégation, Thurgood Marshall et ses collègues avaient posé les jalons d'autres lois à venir, comme celle sur les droits civils de 1964, qui interdiraient de nombreuses formes de discrimination dans le secteur privé.

Contrairement à Martin Luther King et d'autres grandes figures du mouvement noir, Thurgood Marshall mena ce combat devant les tribunaux ainsi qu'au sein même du gouvernement. Afin d'améliorer la condition des Noirs, le président John Kennedy nomma en 1961 Thurgood Marshall à la cour d'appel des États-Unis pour la deuxième circonscription judiciaire, dont la juridiction englobe les États de New York, du Connecticut et du Vermont. La cour d'appel est la deuxième cour fédérale du pays et Thurgood Marshall était le deuxième Noir à occuper les fonctions de juge d'appel d'un tribunal fédéral.

Dans cette circonscription judiciaire, Thurgood Marshall rendit 98 verdicts. Aucun ne fut annulé par la Cour suprême.

En 1965, le président Lyndon Johnson nomma Thurgood Marshall, qui avait déjà obtenu près de 30 décisions de la Cour suprême en sa faveur, au poste de procureur général adjoint (solicitor general) des États-Unis. Il était ainsi chargé de présenter les prises de position du gouvernement devant la Cour suprême.

Le hasard fit bien les choses : la première affaire dont il eut à s'occuper à ce poste consistait à représenter le gouvernement dans le meurtre de James Chaney, Andrew Goodman et Michael Schwerner, militants des droits civils. Ces trois victimes, qui procédaient à l'inscription de Noirs sur les listes électorales, avaient été tuées dans le comté de Nashoba (Mississippi) par des conspirateurs racistes. Les tribunaux de l'État du Mississippi avaient refusé de condamner les meurtriers, mais Thurgood Marshall persuada la Cour suprême d'ordonner qu'un procès ait lieu au niveau fédéral pour violation des droits civils.

Le 13 juin 1967, le président Johnson proposa de nommer à la Cour suprême Thurgood Marshall, qui deviendrait ainsi le premier juge afro-américain de l'histoire des États-Unis. « J'estime qu'il a déjà conquis sa place dans l'histoire, déclara le président. Mais elle n'en sera que plus importante s'il siège à la Cour suprême. »

La Cour suprême en 1990
La Cour suprême en 1990 : debout, à partir de la gauche, Anthony Kennedy, Sandra Day O'Connor, Antonin Scalia et David Souter. Assis, à partir de la gauche, Harry Blackmun, Byron White, le président de la Cour William Rehnquist, Thurgood Marshall et John Paul Stevens. (© AP Images)

Thurgood Marshall et le président Lyndon Johnson
Le président Lyndon Johnson, à gauche, après avoir annoncé, le 13 juin 1967, qu'il nommait Thurgood Marshall, alors procureur général, à un siège à la Cour suprême. (© AP Images)

Le président Johnson avait raison. Malgré l'opposition de certains sénateurs du Sud, la nomination de Thurgood Marshall fut confirmée et il prit ses fonctions de juge auxiliaire le 2 octobre 1967. Il s'imposa vite comme un fervent défenseur des droits « de la main-d'œuvre syndiquée, des minorités raciales, de l'amélioration de la condition féminine, de l'élargissement du droit à la liberté d'expression, et de la restriction des pouvoirs accordés à la police », écrit Randall Kennedy, professeur de droit à Harvard. « Aucun membre de la Cour suprême n'avait jamais été aussi sensible aux inégalités sociales. »

Le juge Marshall était résolument opposé à la peine capitale et prit position contre toutes les condamnations à mort dont fut saisie la Cour. Il défendit la liberté d'expression aussi ardemment qu'il avait défendu les droits civils. En 1972, Thurgood Marshall soutint Earl Mosley, un employé de la poste qui avait manifesté devant un lycée public avec une pancarte, accusant le lycée de racisme. Lorsque la ville adopta un arrêté municipal interdisant les manifestations à moins de 50 mètres du lycée, à l'exception des manifestations du personnel, Earl Mosley contesta cet arrêté. Thurgood Marshall statua que la ville ne pouvait autoriser certaines formes d'expression et en interdire d'autres. Il écrivit :

Avant toute chose, le premier amendement signifie que le gouvernement ne peut en aucun cas restreindre le droit d'expression en fonction du message, des idées, du sujet ou des principes exprimés. Pour permettre à notre vie politique et à notre culture de continuer à progresser et garantir l'épanouissement de chaque individu, notre peuple a le droit d'exprimer toute pensée, sans aucune censure du gouvernement.

Thurgood Marshall siégea à la Cour suprême jusqu'en 1991. Il mourut en 1993, à l'âge de 84 ans. Le président Bill Clinton assista au service funèbre célébré à sa mémoire à la cathédrale nationale de Washington, qui fut diffusé à la télévision nationale. Le juge de la Cour suprême, William Rehnquist, lui rendit hommage en ces termes :

Au-dessus de l'entrée principale de la Cour suprême sont inscrits les mots Equal justice under law (« Une justice égale au regard de la loi »). Aucun individu n'a plus contribué que Thurgood Marshall à faire de cette expression une réalité.

Aux côtés de Thurgood Marshall : un entretien avec Jack Greenberg >>>>   

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