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Proposition de loi sur la répression du trafic illicite des diamantsDes parlementaires s'allient à des ONG pour protester contre le commerce des « diamants de la guerre ». |
Charles Corey
Rédacteur du « Washington File »
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Washington - Des membres tant républicains que démocrates du Congrès des États-Unis se sont alliés, le 14 février, à 73 organisations non gouvernementales (ONG) pour protester contre le commerce mondial des « diamants de la guerre » qui finance plusieurs conflits en Afrique. Lors d'une conférence de presse tenue au Club national de la presse, un groupe de parlementaires et de représentants d'ONG, auxquels s'étaient joints plusieurs Africains, ont appelé de leurs vœux l'adoption de la « Loi sur les diamants propres » qui sera prochainement présentée au Congrès et qui vise à arrêter le trafic illicite des diamants. On appelle « diamants de la guerre » les pierres précieuses extraites en territoire occupé par des forces rebelles. Ces pierres sont vendues illégalement afin de financer l'achat d'armes qui servent à terroriser les populations civiles africaines. Esquissant les grandes lignes de cette proposition de loi, le député démocrate Tony Hall a déclaré qu'elle « prévoit que les partenaires commerciaux des États-Unis appliquent les lois contre la contrebande, de façon à ce que les consommateurs américains cessent de financer à leur insu les guerres » en Afrique, notamment en Sierra Leone, en République démocratique du Congo (RDC) et en Angola. Militant de longue date en faveur des droits de l'homme, de la lutte contre la faim et de diverses autres causes humanitaires, M. Hall a souligné que la loi visait à « venir en aide aux victimes de ces guerres » car elle prévoyait que toute contrebande saisie aux États-Unis serait effectivement vendue, mais pour financer l'achat de prothèses, des microcrédits et d'autres formes d'aide destinée aux populations civiles touchées par les conflits. La loi établirait en outre des peines civiles et pénales plus sévères que celles que contenait un projet de loi antérieur, présenté par l'industrie diamantaire. Elle porterait notamment création d'une commission présidentielle indépendante qui serait chargée de fournir aux consommateurs l'assurance que les diamants vendus sur le marché américain ne proviennent pas des zones de conflit en Afrique. Beaucoup d'Américains « qui voient dans un diamant le symbole par excellence de l'amour, de l'engagement et de la beauté sont stupéfaits d'apprendre que nombre de ces pierres sont en réalité des symboles de boucherie, d'amputation, d'esclavage sexuel, de viol » ainsi que de servitude des enfants au sein des groupements rebelles, a déclaré le député. « Aujourd'hui, les soldats et les rebelles vont récolter quelque 37 millions de dollars du trafic des diamants. Demain, ils en recevront autant », a-t-il poursuivi. Selon les chiffres présentés à la conférence de presse, le trafic illicte des diamants procure aux rebelles des revenus totalisant quelque 200 millions de dollars par an, dont ils se servent pour alimenter leurs guerres insensées. L'industrie légitime du diamant se dit « horrifiée » par ce trafic, a déclaré M. Hall. Celui-ci se demande toutefois si les diamantaires ne sont pas en fait « horrifiés » à la perspective de voir leur réputation ternie par ce commerce illégal et par les souffrances qu'il entraîne pour la population civile. Il y a sept mois, a rappelé le député, l'industrie diamantaire avait juré de coopérer avec les dirigeants africains pour mettre fin au trafic illicite : « Elle avait pris l'engagement solennel d'agir immédiatement et de mettre en place un dispositif sans faille au plus tard à l'époque de Noël 2000. Cela ne s'est pas produit, et nous n'avons même pas encore dépassé le stade des discussions, alors que des dizaines de milliers de réfugiés sont en danger de famine et de mort à mesure que ces guerres prennent de l'ampleur. » Selon M. Hall, « les rebelles ne pourraient pas troquer leurs diamants contre des espèces sonnantes et trébuchantes sans la complicité de l'industrie ». Or, le public américain est capable de remédier à cette situation, puisque c'est aux États-Unis que s'écoulent 65 % de tous les diamants vendus dans le monde, a fait observer le parlementaire. Ont également pris la parole lors de la conférence de presse les députés Frank Wolf (républicain de Virginie) et Cynthia McKinney (démocrate de Géorgie). M. Wolf a affirmé qu'il ferait tout son possible pour faire adopter la proposition de loi et il a demandé au gouvernement Bush et en particulier au secrétaire d'État, M. Colin Powell, de « s'attaquer immédiatement à cette question. Il y a trop de gens qui souffrent et qui continueront de souffrir. » Depuis 1998, a-t-il dit, les forces de neuf États d'Afrique « s'affrontent au Congo » pour avoir la mainmise sur le trafic des diamants. « Tous les camps participent à ce conflit, et même des forces dites alliées se battent entre elles à l'intérieur des frontières » de ce pays. Des avions-cargos remplis de diamants s'envolent quotidiennement de Kisangani et de Goma et reviennent ensuite chargés d'armes achetées grâce aux revenus de la vente de ces pierres précieuses, a déclaré M. Wolf. M. Muctarr Jalloh, un homme de 27 ans qui a subi des mutilations en Sierra Leone, a pris, lui aussi, la parole en faveur du projet de loi. M. Jalloh a été fait prisonnier le 19 avril 1998 à Kono par les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF). Les rebelles lui ont amputé la main droite et l'oreille droite car il était étudiant et, partant, un « ennemi présumé ». M. Jalloh a dit que la guerre en Sierra Leone n'était « ni tribale ni religieuse » comme d'aucuns le pensaient, mais tout simplement « une guerre pour des diamants ». Pourtant, l'argent de la vente de ces pierres précieuses « n'a apporté ni joie ni prospérité au pays, mais uniquement douleur, misère et pauvreté ». Plus de 20.000 hommes, femmes et enfants innocents ont été mutilés par le RUF à cause de la guerre des diamants, sans qu'aucune victime ait fait quoi que ce soit pour mériter pareil châtiment. « La vie normale en Sierra Leone restera impossible tant qu'on pourra exporter les diamants illictes », a-t-il dit. Si les Américains cessent d'acheter ces diamants, « la guerre cessera du jour au lendemain ». M. Jalloh était accompagné de deux petites filles, âgées l'une de huit ans, l'autre de quatre ans. Elles avaient été amputées d'un avant-bras par des rebelles à Freetown en 1999. Un représentant d'Amnesty International, l'une des ONG qui ont organisé la conférence de presse et qui appuient la proposition de loi, a cité des chiffres publiés par l'industrie diamantaire selon lesquels seulement 4 % de la production mondiale de diamants pouvait être classée comme des « diamants de la guerre ». Si tel est bien le cas, a-t-il dit, ne vaudrait-il pas la peine de maîtriser 4 % des profits de l'industrie « afin d'épargner à ces enfants toute une vie de misère » ? (Les articles du « Washington File » sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'État.)
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