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Débat sur les critères d'une intervention militaire africaine en Afrique

Le « Fonds pour la paix » conclut une réunion de trois jours.

Jim Fisher-Thompson
Rédacteur du « Washington File »

Washington - C'est par une déclaration soulignant qu'une intervention militaire dans les conflits intérieurs d'Afrique n'est « légitime » que lorsqu'elle est autorisée par le Conseil de sécurité de l'ONU ou, dans les cas d'urgence, par une institution régionale telle que l'Organisation de l'unité africaine (OUA), que des responsables militaires et civils africains ont conclu, le 10 octobre, une conférence de trois jours consacrée aux moyens de faire face à ce genre de conflits.

Tenue du 7 au 10 octobre à « Airlie House », centre de conférences situé en Virginie, en banlieue de Washington, cette conférence, financée par la Fondation Carnegie pour la paix internationale et la Fondation Stanley, avait été organisée par le « Fonds pour la paix », organisation non gouvernementale (ONG) établie en 1957 qui œuvre à la prévention des conflits dans le monde.

Parmi les participants, on remarquait : M. Henrique Banze, vice-ministre de la défense du Mozambique ; M. Julius Bio, ancien chef des forces armées de Sierra Leone et adjoint au chef d'État de ce pays ; le brigadier général P.K. Fall, secrétaire général pour l'« Accord de non-agression et de défense » et conseiller du premier ministre du Sénégal pour les questions de sécurité ; le lieutenant général Louis Fisher, commandant des forces de défense du Botswana ; le colonel A. O. Kinana, ancien vice-ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale du Botswana et l'ambassadeur du Sénégal auprès des États-Unis, M. Mamadou Seck, ancien général de l'armée de l'air.

La conférence s'est terminée par un débat de deux heures intitulé « Guerre : perspectives africaines sur qui, quand et comment », qu'avait organisé à l'Institution Brookings à Washington la présidente du Fonds pour la paix, Mme Pauline Baker.

D'éminents africanistes y assistaient, notamment : Mme Jendayi Frazer, chargée à la Maison-Blanche des affaires africaines au Conseil national de sécurité ; Mme Nancy Walker, directrice du Centre africain d'études stratégiques ; M. Thomas Pickering, ancien sous-secrétaire d'État pour les affaires politiques et ambassadeur des États-Unis auprès du Nigeria ; M. Robert Houdek, ancien ambassadeur des États-Unis auprès de l'Érythrée et de l'Ouganda ; M. Jim Woods, ancien vice-ministre adjoint de la défense chargé des affaires africaines, et M. William Zartman, directeur du département africain de l'Ecole des études internationales avancées de l'université Johns Hopkins.

L'un des participants à la conférence, M. Stanlake Samkange, un Zimbabwéen qui a été conseiller politique au département des affaires politiques de l'ONU et qui est à l'heure actuelle rapporteur pour la Commission internationale sur l'intervention et la souveraineté des États, a donné une vue d'ensemble des débats qui ont marqué la conférence, qualifiant celle-ci « d'initiative remarquable » qui s'est efforcée de confronter un problème épineux pour les Africains, à savoir comment invervenir dans des conflits intérieurs sans pour autant violer le principe de la souveraineté.

Ce « paradoxe » sous-tend une grande partie du débat qui entoure la question d'une intervention militaire afin de mettre fin à un conflit. « D'un côte, l'Afrique s'inquiète de la venue d'acteurs étrangers sur le continent, de leurs intentions, de leur éventuel ordre du jour politique et économique. Mais, d'un autre côté, on remarque maintenant en Afrique une véritable détermination à confronter nos problèmes et à y répondre par le biais d'efforts collectifs », a expliqué M. Samkange.

Pour lui, la conférence à été très utile, car « bien qu'ils viennent de milieux différents, les participants ont réussi à établir des critères qui font que lorsqu'une intervention militaire africaine sera entreprise, lorsqu'elle sera nécessaire, la communauté internationale la considérera comme légitime ». Pour l'ensemble des participants, il est indispensable que toute intervention militaire soit entreprise dans le cadre d'efforts plus généraux, tant au plan diplomatique qu'au plan humanitaire.

La déclaration finale publiée à la fin de la conférence comprend les critères suivants en ce qui concerne une intervention militaire dans un conflit interne en Afrique :

- il est préférable que ce soit le Conseil de sécurité de l'ONU qui autorise une intervention militaire ;

- dans une situation d'urgence qui exige une action rapide, l'OUA ou une autre organisation sous-régionale peut autoriser une intervention militaire, mais il faut en informer le Conseil de sécurité qui doit donner son approbation après coup. Une organisation sous-régionale qui autoriserait une intervention militaire doit en avertir l'OUA et recevoir son accord ;

- une intervention militaire est légitime lorsque des assassinats et des atrocités sont commises sur une grande échelle, ou lorsque des activités visant une purification ethnique sont en cours ou menacent de se produire. Le génocide et des actes de génocide constituent de telles activités ;

- une intervention militaire est légitime lorsque une guerre interne, dans un pays, menace la stabilité de la région ou de la sous-région ;

- une intervention militaire peut être envisagée lorsque d'autres moyens ont échoué et qu'il a été impossible de rétablir un gouvernement démocratique renversé par la force ;

- dans de rares cas, une « coalition de pays disposés » peut exécuter une intervention militaire, mais il lui faut obtenir immédiatement l'aval du Conseil de sécurité, de l'OUA, ou d'une autre organisation sous-régionale compétente.

Une minorité de participants à la conférence ont fait valoir des arguments contre ce dernier point, mais il a été approuvé par la majorité, a souligné M. Samkange.

Le général Mamadou Seck a résumé les sentiments exprimés par les responsables africains assistant au forum en déclarant que « les Africains ont besoin de mettre de l'ordre dans leurs propres affaires » avant de parler d'un élargissement de partenariats américano-africains tels que l'Initiative de réaction aux crises africaines (ACRI) et le Centre africain d'études stratégiques (ACSS). « Rien ne nous empêche de parler de nos partenariats avec les États-Unis et de la façon de les améliorer, mais nous autres militaires africains avons nos propres faiblesses et nous devons être les premiers à faire la promotion de la démocratie », a-t-il souligné.



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