| Page principale | Dossiers Afrique | Sécurité | mardi 12 février 2002 |
Walter Kansteiner : les États faibles, telle la Somalie, attirent les terroristesTexte de sa déposition au Sénat M. Walter Kansteiner, secrétaire d'État adjoint pour les affaires africaines, a déclaré le 6 février à une commission sénatoriale que la Somalie était « en faillite » en raison de la guerre civile, d'interventions externes, de conflits entre les clans et de la pauvreté. Parlant du lien qui existe entre la faiblesse des États et le terrorisme, M. Kansteiner a dit : « Là où un État souverain devrait être en place, il y a le vide, que comblent les chefs de factions militaires. Existe-t-il un terrain où les germes du terrorisme international et de l'anarchie puissent prendre plus facilement racine ? » Dans sa déposition devant la sous-commission des affaires africaines de la commission sénatoriale des relations extérieures, M. Kansteiner a cité les trois objectifs de la politique américaine à l'égard de la Somalie : éliminer la menace terroriste dans ce pays afin qu'il ne puisse servir de base au terrorisme ; éviter que les événements internes de Somalie ne posent une menace à la paix et à la stabilité régionales ; enfin, raffermir les institutions nationales, dont les terroristes exploitent les carences pour faire de la Somalie l'une de leurs bases. Pour que la Somalie et les autres États faibles d'Afrique soient un terrain moins propice au terrorisme, le département d'État américain a adopté cinq objectifs qui guident sa politique, a-t-il dit. Ils consistent à raffermir la démocratisation, l'administration publique et le respect de l'État de droit ; à combattre l'épidémie de sida et les autres maladies infectieuses ; à développer le commerce des États-Unis avec l'Afrique et les investissements américains sur le continent pour favoriser le développement économique ; à préserver l'environnement africain « parce que les peuples et les institutions qu'ils créent pour se gouverner ne peuvent prospérer quand l'air qu'ils respirent est malsain, quand l'eau manque et quand les forêts et les terres cultivables sont réduites en poussière » ; enfin, mettre fin aux guerres africaines. Atteindre ce dernier objectif est absolument nécessaire à la réalisation des quatre autres, a-t-il ajouté. On trouvera ci-après le texte de la déposition faite par M. Kansteiner au Congrès le 6 février. (Début du texte) Les États faibles et le terrorisme en Afrique : Déposition de M. Walter Kansteiner, Monsieur le Président, Messieurs les membres de la commission, Je vous remercie de m'avoir invité à venir vous parler aujourd'hui d'une question que les événements tragiques du 11 septembre 2001 ont fortement mise en relief : les caractéristiques qui attirent dans les États faibles les terroristes et criminels internationaux. Léon Tolstoy ne songeait ni aux États prospères ni aux États en faillite quand il écrivait, dans Anna Karénine : « Toutes les familles heureuses se ressemblent mais chaque famille malheureuse est malheureuse à sa façon ». Ses paroles s'appliquent cependant à la discussion que nous avons aujourd'hui. Malgré toutes leurs différences, les États prospères se ressemblent parce qu'ils ont tous trouvé des moyens de fonctionner en tant qu'administration publique ; ils ont une identité nationale concertée et des contrats sociaux qui les unissent. Les États en faillite, par contre, échouent en tant qu'entité politique pour bien des raisons. Certains d'entre eux sont déchirés par la guerre civile, par des agressions externes ; d'autres par la sécheresse et par une pauvreté accablante. Tous sont susceptibles de déstabiliser leurs voisins. L'Afrique n'est guère à l'abri du fléau de la faillite. Conscient de ce fait et sachant qu'il est beaucoup plus facile de prévenir un échec que de remédier à ses conséquences, le département d'État a adopté les cinq objectifs suivants, qui guident la politique américaine pour faire obstacle aux conditions responsables de l'échec des États africains. - Accroître la démocratisation, améliorer l'administration publique et le respect de l'État de droit. - Combattre les progrès du sida et des autres maladies infectieuses qui menacent de coûter à l'Afrique une génération composée de ses citoyens les plus productifs. - Développer le commerce des États-Unis avec l'Afrique et leurs investissements sur ce continent pour favoriser le développement économique et améliorer le bien-être des Africains. - Protéger l'environnement africain parce que les peuples et les institutions qu'ils créent pour se gouverner ne peuvent prospérer quand l'air qu'ils respirent est malsain, quand l'eau manque et que les forêts et les terres cultivables sont réduites en poussière. - Mettre fin aux guerres africaines. C'est une nécessité absolue car si on n'y parvient pas, les autres objectifs ne pourront être atteints. Malheureusement, certains États africains souffrent tant, et depuis si longtemps, qu'on ne peut les aider en recourant à la stratégie préventive que je viens de décrire. Comme dans le cas des familles malheureuses de Tolstoy, les problèmes particuliers à ces pays doivent être abordés individuellement. Monsieur le Président, les membres de votre sous-commission et vous-même vous concentrez aujourd'hui sur l'un de ces pays, la Somalie, un pays auquel, à vrai dire, les États-Unis n'ont guère prêté attention, sur le plan de la politique étrangère, depuis 1994. La guerre civile, les interventions externes, les conflits entre clans et la pauvreté se sont combinés pour faire de la Somalie un pays en faillite. La Somalie n'a pas de gouvernement central. Trois factions principales (dont aucune n'est reconnue par les États-Unis en tant que gouvernement légitime) exercent chacune une influence dominante sur des parties différentes du pays. En outre, de nombreux chefs de factions militaires continuent à se disputer le pouvoir au niveau local. Des centaines de milliers de Somaliens vivent dans les pays limitrophes en tant que réfugiés et de nombreux autres sont déplacés à l'intérieur du pays. L'économie est sous-développée, la sécheresse affecte gravement les pâturages et l'agriculture. Les principales sources de revenu de la Somalie sont l'aide étrangère et les envois de fonds en provenance de l'étranger. L'une de ses principales exportations, le bétail, qui devrait être le principal marché régional de la Somalie, est frappée d'un embargo. L'infrastructure est quasi inexistante et les services civils tels que les écoles font encore plus défaut. Là où un État souverain devrait être en place, il existe un vide, que comblent les chefs de factions militaires. Y a-t-il un terrain où les germes du terrorisme international et de l'anarchie puissent prendre plus facilement racine ? Al-Ittihad al-Islami, organisation somalienne qui cherche à créer un État islamique intégriste en Somalie, a comblé le vide dans certaines régions en ouvrant ses propres écoles et en fournissant d'autres services normalement assurés par le gouvernement. Cette évolution est à nos yeux profondément troublante car Al-Ittihad mène des opérations terroristes dans un pays voisin, l'Éthiopie, et elle est mentionnée dans le décret présidentiel du 23 septembre 2001 qui bloque les biens des groupes terroristes et interdit les transactions avec ces organisations. Les États-Unis poursuivent trois objectifs à l'égard de la Somalie : - éliminer la menace terroriste actuelle et supprimer l'utilisation de ce pays comme base par les terroristes ; - empêcher les événements de Somalie de menacer la paix et la stabilité régionales ; et - venir à bout des problèmes à long terme d'administration publique que les terroristes exploitent pour faire de la Somalie l'une de leurs bases. Vous avez demandé que ma déposition porte sur les problèmes à long terme, c'est pourquoi j'aimerais souligner plusieurs mesures qui ont déjà été adoptées, tant sur le plan bilatéral que multilatéral, pour atteindre ce dernier objectif, c'est-à-dire surmonter les problèmes d'administration publique auxquels la Somalie doit faire face. Je décrirai ensuite une initiative que le gouvernement américain vient de prendre pour identifier et élaborer les mesures supplémentaires qui permettraient de remédier à ces problèmes et d'empêcher la Somalie de servir de base au terrorisme international. Sur le plan bilatéral, nous fournissons de l'assistance au peuple somalien pour limiter ou prévenir les conséquences de futures catastrophes grâce au développement de l'infrastructure du pays. Le Bureau de l'USAID chargé des programmes d'assistance en cas de catastrophe (OFDA) s'emploie à remettre en état un système d'adduction d'eau potable dévasté, à rebâtir les installations de soins primaires et à améliorer les ports et aéroports. Nous travaillons en outre avec la Somalie par l'intermédiaire de CARE pour mettre sur pied des services sociaux et encourageons le développement de ceux qui existent déjà. Nous espérons ainsi renforcer les capacités de gestion des groupes et collectivités de Somalie, afin d'inciter les Somaliens, au niveau de la population locale, à réclamer une bonne gestion administrative. Ces initiatives sont modestes : le budget total de l'USAID pour la Somalie (y compris une somme importante pour l'aide alimentaire) était de 17,9 millions de dollars durant l'exercice 2001, somme à laquelle nous pourrions ajouter 4 millions de dollars pour la réinstallation des réfugiés dans le Somaliland. Ces mesures revêtent toutefois une importance vitale car si Al-Ittihad est l'unique source des services dont les gens ont besoin pour survivre, c'est cette organisation, et non pas un gouvernement légitime à l'abri des terroristes, qui obtiendra leur allégeance. Si ces programmes modestes et vitaux financés par le gouvernement américain fournissent une base sur laquelle faire fond, ils ne s'attaquent cependant pas directement au problème principal auquel se heurte la Somalie : l'absence d'une autorité gouvernementale qui gagnerait le respect et l'allégeance volontaire de l'ensemble de la population somalienne. S'attaquer à ce problème est évidemment une tâche que le peuple somalien lui-même doit vouloir assumer pour parvenir au succès. Si les États-Unis et la communauté internationale souhaitent plus que les Somaliens eux-mêmes voir ce pays doté d'un bon gouvernement, les efforts dans ce sens seront voués à l'échec. Nous avons constaté cette situation en 1993 et 1994, lorsque les accords de paix entre les principaux chefs de factions militaires obtenus grâce aux bons offices des États-Unis, de l'Éthiopie et du Kenya, se sont rapidement effondrés. Ce n'est qu'à ce moment-là que nous avons fermé notre mission et décidé d'attendre que la Somalie soit prête à tenter de nouveaux efforts. Les initiatives multilatérales actuellement en cours peuvent aider dans la mesure où le peuple somalien lui-même souhaite la paix et la réconciliation. Elles arrivent d'ailleurs à un moment propice, étant donné que le peuple somalien a refusé, jusqu'à maintenant, de soutenir le programme politique d'Al-Ittihad, en dépit des services et du financement que fournit ce mouvement. Le gouvernement de Djibouti, sous les auspices de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), a lancé en mai 2000 le processus de paix d'Arta en organisant la Conférence de réconciliation nationale à laquelle ont assisté plus de 2000 délégués. Le 16 juillet 2000, ses dirigeants ont annoncé la formation d'un Gouvernement national de transition (GNT) de trois ans et d'une assemblée nationale de 245 sièges pour gouverner l'ensemble de la Somalie. Jusqu'à maintenant toutefois, le GNT n'a pas réussi à surmonter l'opposition des chefs militaires locaux pour étendre sensiblement son contrôle au-delà de plusieurs quartiers de Mogadiscio et d'une petite partie de la côte somalienne. Le GNT n'a pas non plus mis au point des modalités de coopération avec les autres factions somaliennes, dont l'État de Puntland et la soi-disant « République de Somaliland ». Enfin, il n'a pas encore rompu tous ses liens avec Al-Ittihad, des liens qui, vus sous l'angle de l'antiterrorisme, sont problématiques. Les États-Unis sont néanmoins prêts à coopérer avec Djibouti dans le cadre du processus de paix d'Arta si toutes les principales factions somaliennes choisissent d'utiliser ce moyen pour parvenir à la réconciliation nationale. À la fin de l'an dernier, le président du Kenya, M. Moi, a pris une nouvelle initiative pour réunir les factions somaliennes, certains des principaux chefs militaires et les voisins de la Somalie, dans le but de parvenir à une réconciliation nationale en Somalie. Cette initiative était placée sous les auspices de l'IGAD, lors du sommet de l'IGAD tenu à Khartoum en janvier 2002. L'Éthiopie a accepté de s'y associer, ce qui est particulièrement encourageant étant donné que l'un des principaux groupes militaires qui résistent au processus de réconciliation, le Conseil somalien de réconciliation et de restauration (CRRS), a des liens étroits avec l'Éthiopie. Les États-Unis ont assisté en qualité d'observateurs au sommet de l'IGAD . Nous avons promis notre coopération aux gouvernements kenyan et éthiopien dans le cadre de cette nouvelle initiative en faveur de l'établissement de la paix en Somalie. Notre propre gouvernement a commencé à rassembler des idées et des ressources pour remédier aux difficultés à long terme de la Somalie en matière d'administration publique. Un sous-groupe du Comité de coordination de la politique à l'égard de l'Afrique créé spécialement pour étudier cette question s'est réuni pour la première fois hier (5 février). Ses membres ont discuté de questions telles que la coopération avec les États du Golfe en vue de la levée de l'embargo sur les importations de bétail en provenance de Somalie ; la mise au point de solutions de rechange pour remplacer les écoles financées par Al-Ittihad ; la création de nouvelles institutions financières à la place de celles qui, comme Al-Barakaat, ont été compromises par leurs contacts avec le terrorisme ; et l'accroissement du soutien à la société civile somalienne. Je tiens également à saisir cette occasion pour soutenir une position souvent exposée par le secrétaire d'État, M. Colin Powell, dans ses entretiens avec le Congrès, à savoir que c'est parce que les facteurs responsables de la faiblesse ou de l'échec des pays varient d'un État à l'autre qu'il est indispensable d'identifier ces facteurs afin d'y remédier. Il est difficile de saisir de telles nuances à distance, c'est pourquoi nous devons avoir sur place des gens compétents, et par conséquent obtenir les ressources nécessaires pour les y affecter et soutenir leur action. Nous apprécions les mesures qui sont prises pour satisfaire ce besoin et je me réjouis à la perspective de collaborer avec vous pour faire en sorte que nos activités en faveur de la Somalie et d'autres États faibles nous permettent de satisfaire les exigences qu'une telle tâche nous impose. Monsieur le Président, la faillite de la Somalie ne s'est pas produite du jour au lendemain. De même, ce n'est pas en un jour qu'on parviendra à remédier à l'absence d'autorité gouvernementale qui rend la Somalie attrayante pour les terroristes. Nous avons fait un premier pas. Je fais preuve d'un optimisme prudent en déclarant que les États-Unis, les voisins de la Somalie et la communauté internationale peuvent largement contribuer à l'aide qui permettra au peuple somalien de se doter de nouveau d'un gouvernement fonctionnel et de venir à bout des conditions qui attirent les terroristes en Somalie. Je vous remercie, Monsieur le Président. (Fin du texte)
|
Le présent site est géré par Service d'information du département d'État des États-Unis (usinfo.state.gov/francais/). Le gouvernement des États-Unis décline toute responsabilité quant au contenu des autres sites auxquels il pourrait se référer. |
Accueil | Index du site | Administrateur | Recherche | Archives | Département d'État |