| Page principale | Dossiers Afrique | Sécurité | jeudi 14 février 2002 |
L'aide américaine à la Somalie doit privilégier le secteur privéPropos d'un professeur de sciences politiques au Sénat Aly LakhaneyRédacteur du « Washington File » Washington - Un professeur de sciences politiques a plaidé devant le Congrès en faveur d'un « nouvel engagement soutenu » des États-Unis en Somalie privilégiant la qualité de l'aide plutôt que la quantité. S'adressant, le 6 février, à la sous-commission des affaires africaines du Sénat, M. Ken Menkhaus, qui enseigne au Davidson College, situé en Caroline du Nord, a déclaré que les États-Unis et leurs partenaires devaient essayer « d'éviter de jeter de l'argent aux soi-disant autorités régionales ou nationales » en Somalie, cette stratégie pratiquée naguère par la communauté internationale n'ayant fait que « renforcer de vieilles habitudes politiques pernicieuses », où les clans se disputaient le pouvoir dans le seul dessein de bénéficier d'une aide extérieure détournée à leur profit. On n'ignore pas que la Somalie est en fait dépourvue de gouvernement central depuis 1991, année où les affrontements entre les clans ont précipité son morcellement en fiefs entraînant une longue guerre civile et une famine généralisée qui ont motivé une intervention des Nations unies en 1992. Constatant le mauvais usage qui a été fait de l'aide publique directe à la Somalie, M. Menkhaus a suggéré que les États-Unis adoptent une autre stratégie visant cette fois les milieux d'affaires, qui sont devenus, selon lui, « la force politique la plus puissante du pays ». Les États-Unis « n'ont rien fait, autrefois, pour le secteur privé. Il ne leur est même pas venu à l'esprit de contribuer à son développement. Mais allez aujourd'hui en Somalie, vous y trouverez un secteur d'entreprises extrêmement dynamique et imaginatif », a déclaré le spécialiste. Il est d'autant plus important de privilégier le secteur privé somalien qu'il faut se garder de « nager à contre-courant » des stratégies réussies en matière d'aide extérieure, a dit M. Menkhaus. L'aide « doit favoriser des tendances déjà apparentes en Somalie, au lieu d'imposer des modèles inventés à la Banque mondiale ou dans un bureau de l'ONU ». En outre, « le florissant marché intérieur américain constitue lui-même un outil » du développement et les différents projets « destinés à y faciliter l'entrée de produits d'exportation de la Somalie - produits de l'élevage notamment -, à améliorer l'infrastructure somalienne et l'administration des ports principaux, ou à stimuler les partenariats américano-somaliens » sont autant de voies par lesquelles les États-Unis peuvent stimuler leurs relations commerciales avec cet État d'Afrique orientale. Au cours de la séance d'examen, le président de la sous-commission, M. Russ Feingold, sénateur démocrate du Wisconsin, a abordé le thème du terrorisme international, déclarant : « La présente séance pose la question suivante : Quelles sont les perspectives et les options en vue d'une politique cohérente et à long terme à l'égard de la Somalie, susceptible de renforcer le pouvoir central et de minimiser les occasions que pourraient trouver des terroristes et d'autres criminels internationaux d'opérer à l'intérieur de ses frontières ? » M. Menkhaus a répondu qu'un groupement terroriste appelé Al-Ittihad, soupçonné d'entretenir des relations avec Al-Qaïda, était déjà en place en Somalie. En fait, les groupements islamiques radicaux et les organisations terroristes sont assez bien accueillis en Somalie « du fait que la population les voit comme les seules entités extérieures qui lui fournissent des écoles, qui prêtent de l'argent à ses hommes d'affaires, bref qui semblent obtenir des résultats concrets. » À cet égard, a fait observer le spécialiste, la société somalienne est « extrêmement pragmatique », réfractaire à toute idéologie étrangère (et le radicalisme islamique en est une à ses yeux) qui ne produit pas des résultats tangibles : l'appui à telle idéologie est purement fonction de ses bienfaits. « Ainsi, grâce à un dosage habile des carottes et des bâtons dont nous disposons, nous pourrions amener les Somaliens à conclure qu'ils ont intérêt à coopérer avec nous en prévenant les activités terroristes dans leur territoire. » En conclusion, M. Menkhaus a résumé la situation en soulignant que la double stratégie d'engagement en faveur des milieux d'affaires et de promotion du secteur privé constituait, dans le cas de la Somalie, une formule gagnante de développement, capable mieux que toute autre de tirer parti des relations entre les pouvoirs locaux, les donateurs internationaux et le secteur privé.
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