| Page principale | Dossiers Afrique | Sécurité | vendredi 15 février 2002 |
Les États-Unis appuient activement le processus de KimberleyM. Alan Eastham parle des diamants liés aux conflits. Jim Fisher-ThompsonRédacteur du « Washington File » Washington - Le gouvernement des États-Unis soutient activement le processus de Kimberley, qui vise à mettre fin au négoce international des diamants servant à financer les conflits sanglants qui sévissent principalement en Afrique, a souligné le 13 février un responsable du département d'État, M. Alan Eastham, lors d'une séance publique de dépositions organisée par une sous-commission sénatoriale en vue de faire la lumière sur les causes que servent les diamants dans certains pays. « La richesse naturelle que représentent les diamants devrait être à l'origine du financement du développement et du bien-être de l'homme », a-t-il dit, ajoutant : « C'est le cas dans de nombreux pays, mais dans bien trop d'autres, les recettes de la vente de diamants financent l'achat d'armes illicites, par les mouvements rebelles. Elles servent aussi à soutenir les armées rebelles et à prolonger les guerres civiles qui terrorisent les populations et détruisent les collectivités. » Il a cité en exemple le cas de la Sierra Leone où « grâce aux diamants, une bande d'environ 400 rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) s'est tranformée en une armée de milliers de soldats », lesquels sont les instigateurs d'une guerre civile qui a fait 50.000 victimes et a causé le déplacement de plus d'un million de personnes qui se sont réfugiées dans les pays voisins. Le processus de Kimberley est une initiative multilatérale qui vise à instituer un mécanisme mondial de certification de tous les diamants bruts afin d'empêcher que les diamants liés aux conflits soient commercialisés. Ce sont des représentants des principaux pays producteurs, vendeurs et consommateurs de diamants qui l'ont lancé à Kimberley (Afrique du sud), en mai 2000, a expliqué M. Eastham aux parlementaires. Il a indiqué que les représentants des États-Unis participaient activement aux travaux des quatre groupes de travail qui ont été créés en novembre 2001, à l'occasion d'une réunion des représentants des trente-cinq pays membres du processus de Kimberley qui s'était tenue au Botswana. Leur prochaine réunion aura lieu à Ottawa, le 18 mars, date à laquelle les groupes de travail soumettront leurs rapports sur la façon de faire appliquer les nouvelles procédures. Le 13 février également, la Cour fédérale des comptes (GAO) a rendu public un rapport intitulé : « Commerce international : la dissuasion du commerce des diamants de la guerre se heurte à de graves défis ». La directrice du GAO pour les affaires internationales, Mme Loren Yager, a expliqué aux sénateurs que les auteurs de ce rapport étaient parvenus à plusieurs conclusions, notamment : - qu'un défaut de transparence caractérise l'industrie du diamant, et qu'en conséquence, les informations concernant les transactions de diamants sont limitées ; - que les contrôles imposés par les États-Unis sur les importations de diamants n'exigent généralement pas une certification de la part du pays où ils sont extraits, mais simplement du pays étranger qui les a importés le dernier ; ils ne sont guère efficaces pour identifier les diamants provenant de sources impliquées dans des conflits ; - que si le processus de Kimberly a bien « incorporé certains éléments qui permettront une meilleure transparence des transactions (...), le plan ne se base pas sur une évaluation des risques, et certaines activités jugées risquées par les spécialistes ne sont assujetties qu'à une simple « recommandation de contrôles ». « Ces constations et d'autres lacunes représentent d'importants défis lorsqu'il s'agit de mettre sur pied un plan efficace pour entraver le commerce des diamants liés aux conflits », souligne Mme Yager dans la conclusion du rapport du GAO. L'ancien ambassadeur des États-Unis en Sierra Leone, M. Joseph Melrose, a fait remarquer lors de sa déposition devant le Sénat que des liens pouvaient exister entre les diamants provenant de zones de conflits et le réseau terroriste international d'Al-Qaïda, que le gouvernement des États-Unis tient responsable des attentats du 11 septembre contre le World Trade Center à New York et contre le Pentagone. Ces attaques ont tué plus de 3.000 personnes, dont un grand nombre de ressortissants étrangers. Il a mentionné un article écrit par Douglas Farah du Washington Post dans lequel le journaliste dit que « les terroristes utilisent les diamants comme monnaie d'échange pour transférer des ressources d'un endroit à l'autre », et s'est déclaré peu surpris que le journaliste affirme que le RUF a vendu des diamants à des personnes que le gouvernement américain soupçonne d'être des agents d'Al-Qaïda. « Depuis longtemps, les Libanais sont impliqués dans le commerce des diamants sierra-léonais », a déclaré M. Melrose, ajoutant qu'il était pratiquement certain que des ventes semblables à celles que l'on impute au RUF ont eu lieu avec d'autres organisations réputées terroristes telles que le Hezbollah. « Pour ce qui est du Hezbollah, on le lie à des groupes libanais depuis de nombreuses années », a-t-il précisé. Le président Bush a récemment fait allusion au Hezbollah en disant, dans son discours sur l'état de l'Union, que ce groupe et d'autres, tels le Djihad islamique et la Jaïsh-i-Mohammed, avaient pour théâtre d'opération les jungles et les déserts isolés, mais qu'ils se dissimulaient en plein cœur des grandes villes. « Des informations que j'ai reçues la semaine dernière montrent qu'une grande quantité de diamants, qui avaient été, en partie au moins, minés par le RUF durant le conflit, se sont retrouvés sur le marché guinéen dans le but de recueillir des fonds qui serviraient au RUF lors des prochaines élections en Sierra Leone », a précisé M. Melrose lors de sa déposition. Et d'ajouter : « Malgré l'embargo imposé par l'ONU, des spécialistes européens du commerce du diamant me disent que des pierres en provenance du Liberia parviennent encore en Europe ». Il semblerait que M. Charles Taylor, le président du Liberia, pays voisin de la Sierra Leone, soit un partisan actif du RUF et de ses opérations en Sierra Leone. Le processus de Kimberley, a indiqué M. Melrose, « n'est pas une solution parfaite, mais il mérite qu'on l'appuie malgré ses défauts. Les États-Unis, qui sont le plus gros marché de diamants d'excellente qualité, doivent jouer un rôle de chef de file afin d'éliminer les conditions qui permettent ces violations de nos normes morales et éthiques. Il faut continuer les consultations avec l'industrie légitime du diamant, de même qu'avec les autres participants au processus de Kimberley. »
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