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La politique multiforme des États-Unis envers le Soudan

Texte : déposition du secrétaire d'État adjoint pour l'Afrique au Congrès


La politique du gouvernement Bush envers le Soudan est « multiforme » et la réalisation de ses objectifs donne lieu à « un numéro d'équilibre délicat », a déclaré le 5 juin devant le Congrès des États-Unis le secrétaire d'État adjoint aux affaires africaines, M. Walter Kansteiner.

Dans sa déposition devant la Commission des relations internationales de la Chambre des représentants, M. Kansteiner a déclaré que, dans le cadre de leur politique, les États-Unis s'emploieraient « à faire en sorte que le Soudan ne serve pas de base d'opérations terroristes internationales » tout en s'efforçant « d'apporter au pays une paix juste et durable, de lever tous les obstacles qui s'opposent aux interventions humanitaires, et d'accroître le respect des droits de l'homme et de la liberté de religion ».

Il a rappelé aux législateurs, attentifs à ses propos dans une salle d'audience bondée, que la route de la paix serait « longue et ardue ».

Le gouvernement des États-Unis, a-t-il dit, cherche à obtenir des résultats durables et mesurables aboutissant à un cessez-le-feu et à l'apport de secours humanitaires dans la région des monts Nuba, à l'établissement de zones et de périodes de calme favorables aux interventions humanitaires, à l'institution d'une commission internationale chargée d'enquêter sur l'esclavage, les enlèvements et la servitude forcée, et à l'arrêt des attaques contre les civils.

Les États-Unis, a noté M. Kansteiner, sont également le premier pays donateur de secours humanitaires en faveur du Soudan, déchiré par des décennies de guerre civile qui ont fait deux millions de morts, quatre millions de personnes déplacées intérieurement et un demi-million de réfugiés.

« Dans l'élaboration des grandes lignes d'un processus de paix, a-t-il dit, les États-Unis coordonnent leurs actions de très près avec le Kenya, le Royaume-Uni, la Norvège, la Suisse, l'Égypte et d'autres parties. »

On trouvera ci-après le texte de la déposition du secrétaire d'État adjoint Walter Kansteiner tel qu'il a été rédigé :

(Début du texte)

M. Walter Kansteiner
Secrétaire d'État adjoint aux affaires africaines
Déposition devant la Commission des relations internationales
de la Chambre des représentants
Washington, D.C.
Le 5 juin 2002

Merci, Monsieur le Président. Je suis honoré de me présenter devant la commission pour parler de ce que le secrétaire d'État a décrit comme l'une des plus grandes tragédies humanitaires au monde. Les chiffres souvent cités sur le Soudan, 36 années de guerre civile en 46 années d'indépendance, deux millions de morts, quatre millions de personnes déplacées intérieurement, 500.000 réfugiés, laissent pantois par leur ampleur. Raids de prises d'esclaves, bombardements aériens de populations civiles, attaques des centres de secours, pillage des fournitures d'aide, emploi des aliments comme arme de guerre, déplacements forcés de population, atteintes à la liberté de religion, n'importe lequel de ces faits vaudrait au pays qui en serait l'auteur une place de choix sur la triste carte des souffrances humaines. Au Soudan, nous assistons à toutes ces horreurs ensemble, pratiquées et de multiples fois répétées.

Ceux qui ont vu de leurs yeux la misère de la population de ce pays savent que les États-Unis d'Amérique ne peuvent pas ignorer ce qui se passe là. Le Soudan doit occuper une place prioritaire dans la politique américaine et je puis assurer à la commission qu'il en est bien ainsi.

La politique du gouvernement Bush envers le Soudan est multiforme dans sa prise en compte des intérêts stratégiques des États-Unis et dans son appui en faveur des idéaux et de la compassion du peuple américain. Nous nous emploierons à faire en sorte que le Soudan ne serve pas de base d'opérations terroristes internationales tout en nous efforçant d'apporter au pays une paix juste et durable, de lever tous les obstacles qui s'opposent aux interventions humanitaires, et d'accroître le respect des droits de l'homme et de la liberté de religion. La réalisation de ces objectifs exige un numéro d'équilibre délicat que je tâcherai de préciser un peu dans mes propos. La chose qui, je l'espère, est claire immédiatement, c'est la nécessité du maintien de votre appui alors que nous œuvrons vigoureusement pour mettre un terme aux souffrances qui ont marqué de manière tragique la vie de trop de Soudanais.

La protection du peuple américain de toutes les menaces susceptibles d'émaner de l'Afrique doit constituer l'un des principaux points de concentration de notre politique. Les événements du 11 septembre et la triste expérience de l'Afrique elle-même qui a connu les attaques terroristes contre nos ambassades au Kenya et en Tanzanie exigent que la lutte antiterroriste reste une préoccupation de premier plan dans nos relations diplomatiques avec le gouvernement du Soudan. Comme l'indique la publication récente du rapport du département d'État sur le terrorisme mondial, nous restons vigilants. Si le rapport fait effectivement état d'un renforcement mesurable de la coopération avec le Soudan en matière de lutte contre le terrorisme, nous demeurons cependant préoccupés par la tolérance dont le gouvernement soudanais continue de faire preuve à l'égard de groupes tels que le Hamas et le Djihad islamique palestinien et par l'appui qu'il continue de leur accorder. Toutefois, en raison de la nature délicate du sujet et des discussions en cours, je recommanderais que des exposés détaillés sur ces questions soient présentés devant une autre instance.

Quelle que soit l'importance de nos efforts en matière de lutte contre le terrorisme au Soudan, notre quête d'une paix juste, d'un accès soutenu des services humanitaires et d'améliorations radicales de la situation des droits de l'homme est le reflet direct des principes auxquels adhère le peuple américain et que le président Bush s'attache à appliquer. En septembre 2001, le Président a nommé le sénateur John Danforth en tant qu'envoyé spécial pour la paix au Soudan. Dans l'exercice de son mandat, M. Danforth a fait savoir que les parties au conflit avaient manifesté une volonté suffisante d'engager un processus de paix. Nous devons à présent œuvrer diligemment pour exiger qu'elles passent des paroles aux actes et, à cet égard, le gouvernement de Khartoum aura beaucoup à prouver. Le président Bush a demandé au sénateur Danforth de poursuivre sa mission d'envoyé spécial pour la paix au Soudan dans le cadre de nos efforts en faveur d'une paix juste. Les États-Unis considèrent que la responsabilité de mettre un terme à la guerre civile incombe sans équivoque au gouvernement.

La route de la paix sera longue et ardue, et le président Bush a clairement noté la nécessité immédiate de secours pour les millions de Soudanais auxquels sont infligées des souffrances inutiles. Pour appuyer cet effort, le Président a nommé l'administrateur de l'USAID, Andrew Natsios, coordonnateur spécial humanitaire et l'a chargé d'élaborer et de mettre en œuvre des stratégies qui atténueraient la gravité des problèmes humanitaires que connaît actuellement le Soudan. À ce propos, je tiens à noter que l'USAID, et notamment l'OFDA sous la direction de Roger Winter, joue un rôle exceptionnel et d'une importance critique dans le cadre de notre intervention au Soudan. Sa valeur en tant que partenaire ne saurait être surestimée.

Il existe un lien indissociable entre notre recherche de la paix et des progrès immédiats en matière d'accès des services humanitaires et de respect des droits de l'homme. Ces progrès seront graduels, mais ils représentent une intégration de nos efforts. Nous cherchons à obtenir des résultats durables et mesurables sur les points suivants : 1. Un cessez-le-feu et l'accès des services humanitaires dans la région des monts Nuba ; 2. L'établissement de zones et de périodes de calme pour autoriser les interventions humanitaires ; 3. L'institution d'une commission internationale chargée d'enquêter sur l'esclavage, les enlèvements et la servitude ; et 4. L'arrêt des attaques contre les civils. Le respect des engagements pris par les parties concernant la mise en œuvre de ces accords constituera la preuve de leur volonté de coopération et de leur bonne foi. Ces mesures ne sont pas parfaites, mais elles représenteront des progrès sans précédent et, et c'est la leur principale valeur, contribueront à sauver des vies.

Les États-Unis restent le premier pays donateur de secours humanitaires en faveur du Soudan, notamment pour les victimes de la sécheresse dans le nord, et continueront d'intervenir à ce niveau chaque fois qu'il sera possible de le faire. Nous nous efforçons de surmonter les obstacles qui s'opposent à nos efforts de secours, qu'ils soient dus à Khartoum ou à d'autres parties au conflit. Je noterai une fois encore la position très claire du gouvernement Bush selon laquelle l'apport de notre aide humanitaire ne peut pas être délié de l'engagement des parties, tel que nous l'entendons globalement, de coopérer avec les États-Unis et d'autres en faveur de l'instauration de la paix. Mon collègue Roger Winter abordera cette question plus en détail, mais je tiens à souligner un important progrès résultant déjà de notre engagement. Nous avons pu accéder à des régions précédemment « interdites », telle que celle des monts Nuba, qui n'a pas reçu de secours humanitaires significatifs depuis plus de huit ans. Le cessez-le-feu, doublé d'un accès élargi accordé aux secours humanitaires, a redonné vie à cette région dévastée et a permis aux populations des monts Nuba de parvenir à un certain équilibre.

Le maintien de notre engagement envers ceux qui souffrent du fait des actions du gouvernement de Khartoum consiste également à dénoncer franchement les graves violations des droits de l'homme qui ont lieu au Soudan. On ne saurait dénoncer avec trop de vigueur la pratique de l'esclave au Soudan, et la tolérance manifestée par le gouvernement soudanais envers cette pratique est tout simplement inacceptable. Les récentes conclusions publiées par la Commission internationale chargée d'enquêter sur l'esclavage, les enlèvements et la servitude, dirigée par les États-Unis, démontrent que l'esclavage continue incontestablement d'être pratiqué au Soudan et qu'il est le fait de gens qui, lorsqu'ils n'agissent pas de concert avec les forces gouvernementales, bénéficient à tout le moins de la tolérance des autorités. Personne n'a été mis en état d'arrestation ni a fortiori poursuivi pour ce crime. La réaction du gouvernement soudanais n'est pas de dire que cette horreur doit cesser, mais que les critiques du Soudan n'appréhendent pas dans leur spécificité les circonstances culturelles qui donnent lieu aux « enlèvements ». Nous n'acceptons pas cet argument et ne l'accepterons jamais. Les constats de la Commission répondent à cette réaction cynique et inacceptable et rejettent les échappatoires sémantiques auxquelles recourt le gouvernement pour justifier ses actions au sein des forums internationaux. Le rapport de la Commission expose également une série de recommandations indiquant les mesures que doit prendre le gouvernement soudanais pour mettre un terme aux attaques, libérer les victimes et châtier les coupables.

Un seul exemple des atteintes généralisées portées aux droits de l'homme au Soudan suffit à décrire la situation. Tous les belligérants, à des degrés variés, ont pris les civils pour cibles durant cette guerre, mais aucun n'a de responsabilité aussi lourde que le gouvernement soudanais. La plus controversée des initiatives du sénateur Danforth porte spécifiquement sur ce point. En février 2002, le gouvernement et le SPLA ont convenu de cesser d'attaquer les civils conformément aux règles de la guerre telles qu'elles sont énoncées dans la Convention de Genève. Nous mettons actuellement en place un mécanisme de surveillance sur le terrain afin de déterminer si les belligérants respectent leurs engagements à cet égard. Malgré les violations relevées dans les deux camps, nous poursuivrons la mise en place de ce mécanisme, tout simplement parce qu'il offre à la communauté internationale un accès sans précédent et qu'il donne une image plus claire de la situation. Nous vous remercions de votre coopération et de votre participation grâce auxquelles nous disposons de fonds pour mettre en œuvre ces mécanismes et nous tiendrons le Congrès informé de l'évolution de ce processus.

La crise des droits de l'homme et de la situation humanitaire au Soudan a pour origine l'actuelle guerre civile. L'environnement dans lequel se situent les crises humanitaires, les persécutions religieuses et les atteintes aux droits de l'homme résultent de la décision du gouvernement et de l'opposition de résoudre leurs différends par la voie militaire. Toutefois, la durée et la nature de la guerre civile indiquent clairement que ni le gouvernement ni l'opposition ne peuvent remporter de victoire militaire. Sans intervention internationale solide, il est douteux que les parties au conflit prennent les initiatives nécessaire pour résoudre elles-mêmes leurs différends. C'est le point sur lequel nous avons concentré nos efforts diplomatiques.

Nous comprenons qu'aucun des problèmes du Soudan n'existe en vase clos. Tant que la guerre civile se poursuivra, les souffrances des populations civiles se poursuivront aussi. Je ne saurais le dire plus directement ni plus vigoureusement que le secrétaire d'État adjoint Armitage ne l'a fait : nous devons essayer d'arrêter la guerre.

La publication du rapport du sénateur Danforth, il y a quelques semaines, marque l'étape initiale d'un processus qui nous dira si nous pouvons effectivement arrêter la guerre. Le sénateur Danforth avait pour mandat initial, comme je l'ai déjà noté, de déterminer si les parties au conflit souhaitaient véritablement la paix comme elles le déclarent. Il a constaté que bien que les parties aient fait la preuve de leur capacité de parvenir à des accords sur les questions à régler, la difficulté d'obtenir de tels accords met en évidence la nécessité d'intermédiaires extérieurs. Spécifiquement, et pour être bref, il note que le temps est propice à une participation des États-Unis à un processus de paix dans lequel ils feraient fonction de catalyseur. Le gouvernement Bush souscrit à sa conclusion.

Dans l'élaboration des grandes lignes d'un processus de paix, les États-Unis coordonnent leurs actions de très près avec le Kenya, le Royaume-Uni, la Norvège, la Suisse, l'Égypte et d'autres parties. Le consensus entre les parties au conflit et les pays agissant de concert avec les États-Unis est qu'au lieu de présenter une proposition entièrement nouvelle, les négociations de paix ne progresseront et ne réussiront que si elles sont entreprises dans un cadre préexistant auquel les deux parties ont donné leur accord de principe. Le cadre embryonnaire de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) est le seul mécanisme qui réponde actuellement aux besoins. Après des atermoiements dus dans le passé à un manque de large participation, les deux parties au conflit et les partenaires extérieurs ont convenu que le cadre de l'IGAD, avec plusieurs points clés de l'Initiative égypto-libyenne, constitue le forum le plus solide et le plus viable pour les pourparlers de paix. Chose plus importante, le cadre de l'IGAD est le seul accord auquel aient souscrit les deux parties au conflit qui résolve et reconnaisse les questions critiques que sont l'autodétermination pour le Sud, la religion et l'État, et la gouvernance.

Lorsque nous parlons des perspectives de paix au Soudan, nous devons être réalistes et nous préparer à un engagement à long terme. Le dernier épisode de cette guerre dure depuis 19 ans. L'obtention d'une paix juste exigera la résolution de questions difficiles telles que celles du rôle de la religion dans l'État, des frontières, du partage des revenus du pétrole, et de la garantie du respect du droit légitime du Sud à l'autodétermination. Les négociations exigeront un effort soutenu et la manifestation d'une volonté de paix qui ne semble pas jusqu'à présent, tant s'en faut, s'exprimer avec grand enthousiasme. Un cessez-le-feu général constituerait, certes, un jalon important sur la route d'une paix juste, mais encore faut-il qu'il soit viable et négocié et qu'il favorise la recherche d'un règlement global. Les appels fréquents au cessez-le-feu du gouvernement soudanais semblent relever davantage d'intentions tactiques que de signes d'une évolution vers la paix. Un cessez-le-feu sérieux devra, avant tout, s'intégrer dans le cadre d'un processus de paix. Il devra également prendre en considération les questions militaires sur le terrain, telles que le réapprovisionnement des troupes, les importations d'armes, et la surveillance des mouvements de troupes. Un cessez-le-feu qui ne prendrait pas en compte ce genre de questions serait d'aussi courte durée que les divers cessez-le-feu humanitaires et arrêts de bombardements qui ont été déclarés et si promptement rompus au fil des ans.

Les secours humanitaires, les droits de l'homme et la paix sont trois volets critiques de notre politique soudanaise. Nous devons mener notre action de front dans ces trois domaines, mais nous devons insister sur l'obtention de progrès concrets de la part de toutes les parties. Pour atteindre nos buts, nous devons être prêts à plaider vigoureusement en faveur de nos positions à Khartoum. Nous avons entrepris de revoir la dotation en personnel de notre ambassade à Khartoum afin d'établir la présence dont nous avons besoin pour servir nos intérêts et pour appuyer un engagement efficace sur la question de la paix. Nous avons procédé, ce faisant, les yeux grand ouverts. Le conflit soudanais n'a duré que trop longtemps. Avec nos principaux alliés, le Royaume-Uni, la Norvège, le Kenya, la Suisse et d'autres, nous sommes déterminés à inciter tous les acteurs clés à mettre en route un processus de paix sérieux, global et, il faut l'espérer, durable.

Merci, Monsieur le Président.

(Fin du texte)



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