| Page principale | Dossiers Afrique | Paix et sécurité | jeudi 11 décembre 2003 |
Les États-Unis face à la traite des êtres humainsCe fléau est en train de devenir le principal problème en matière de droits de l'homme au XXIe siècle Par Jane MorseWashington File Staff Writer Washington - Selon John Miller, directeur du Bureau de la surveillance et de la lutte contre la traite des personnes (département d'État), ce problème est en train de devenir la principale source d'inquiétude en matière des droits de l'homme au XXIe siècle. Lors d'une conférence de presse tenue le 9 décembre au Centre de la presse étrangère à Washington, M. Miller a souligné que chaque année, de 800.000 à 900.000 personnes étaient passées en fraude aux frontières internationales. La plupart des victimes sont des femmes et des enfants qui sont vendus aux fins d'esclavage sexuel ; les autres sont condamnées à l'esclavage dans des usines ou des exploitations agricoles. M. Miller a précisé que le département d'État espérait avoir, au début de l'année prochaine, des statistiques plus précises concernant le sexe, la race et l'âge des victimes de la traite des êtres humains. « Nous estimons que de 18.000 à 20.000 hommes, femmes et enfants entrent ainsi chaque année aux États-Unis (...) Si je mentionne ce problème, ce défi, c'est parce qu'il affecte presque tous les pays du monde. » Selon M. Miller, le tourisme sexuel est la principale force motrice de ce trafic. Il a toutefois souligné que si cette situation se perpétuait, c'était parce que les gouvernements de nombreux pays préféraient fermer les yeux. « Dans le monde entier, la complicité des responsables publics est un problème majeur. La traite continue souvent parce qu'elle est tolérée. Dans les cas de travaux forcés, il arrive souvent que la police ou les autorités regardent ailleurs. » « Quant à l'esclavage sexuel, (...) il arrive souvent que les autorités le tolèrent ou en profitent. C'est pourquoi dans notre rapport, (le Rapport annuel sur la traite des personnes), nous sommes tenus d'accorder une attention particulière à ce que font les gouvernements. » Le département d'État estime que la traite des personnes rapporte de 7 à 10 milliards de dollars par an aux auteurs de ce crime. Ensuite, des groupes de criminels, des gangs, des propriétaires de maisons closes et des policiers et autres responsables corrompus canalisent les bénéfices tirés de la traite vers d'autres activités criminelles. Si le lien entre la traite des personnes et le grand banditisme est évident, a souligné M. Miller, il n'y a jusqu'à présent aucune preuve de l'existence d'un rapport quelconque entre la traite et les réseaux terroristes. D'après les enquêtes du département d'État, les victimes sont généralement pauvres et vulnérables, et cherchent désespérément à améliorer leurs conditions de vie et celles de leur famille. M. Miller a déclaré aux journalistes que les États-Unis étaient particulièrement sensibles à la question de l'esclavage. « L'esclavage a sali notre histoire », a-t-il dit, rappelant qu'une guerre sanglante (1861-1865) avait eu lieu pour régler cette question. En septembre 2003, le président Bush a longuement évoqué la question de la traite des personnes à l'Assemblée générale des Nations unies. Selon M. Miller, il y a consacré 20 % de son discours. Le 8 décembre, le secrétaire d'État Colin Powell, le ministre de la justice John Ashcroft, et le ministre de la santé et des services sociaux Tommy Thompson, se sont réunis afin de faire le bilan de la lutte contre l'esclavage et de discuter de l'utilisation des 50 millions de dollars que le président Bush a déclaré vouloir consacrer à la lutte contre la traite des êtres humains dans le monde. Les États-Unis, a affirmé M. Miller, sont résolus à mettre au point une méthode à multiples facettes de lutte contre la traite des personnes, en recourant aux efforts communs des ministères de la justice, de la santé et des services sociaux, et de la sécurité intérieure. « Nous avons engagé des consultations avec des gouvernements étrangers. Nos diplomates ont entrepris des démarches afin de persuader divers responsables de faire plus d'efforts dans ce domaine. Nous avons également des programmes, au financement modeste, qui portent sur la prévention, les poursuites judiciaires et la protection. Dans ce but, nous publions chaque année notre rapport qui évalue les gouvernements du monde entier. Notre ministère de la justice a d'ailleurs récemment évalué les États-Unis dans un rapport. » M. Miller a ensuite remercié les journalistes de l'intérêt qu'ils portaient au problème de la traite des personnes : « Dans la mesure où les médias, que ce soit aux États-Unis ou à l'étranger, aident à attirer l'attention sur cette question, ils contribuent, aussi modestement soit-il, à sauver des millions d'hommes, de femmes et d'enfants. »
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