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L'Afrique suscite toujours l'intérêt passionné d'un ancien diplomate

M. Michael Southwick œuvre en faveur de l'Afrique au sein d'une cellule de réflexion.

Par Jim Fisher-Thompson
Rédacteur du « Washington File »

Washington - Après avoir passé 36 ans à travailler à des dossiers difficiles de conflit et de développement au Niger, au Kenya, au Rwanda, au Burundi et en Ouganda (il a été ambassadeur auprès de ce pays de 1994 à 1997), plus grand-chose ne pourrait surprendre l'ancien ambassadeur Michael Southwick. Aujourd'hui, en sa qualité de responsable des projets africains mis sur pied par le programme de recherches et d'études de l'Institut des États-Unis pour la Paix (U.S. Institute of Peace, USIP), cet ancien diplomate à la retraite met à profit son expérience pour mieux sensibiliser les universitaires et les politiciens américains aux caractéristiques propres au continent africain.

« J'ai commencé à l'USIP en octobre 2003. Je suis chargé de mettre sur pied un programme africain qui reposera notamment sur l'envoi de conférenciers, l'organisation d'ateliers, la rédaction d'articles par moi-même, et l'élaboration d'études », a-t-il récemment expliqué au « Washington File ».

Le Congrès des États-Unis a créé l'USIP en 1948 pour aider les pays étrangers à trouver des solutions aux conflits et pour permettre à des Américains influents de parfaire leurs connaissances en affaires internationales. Le programme de recherches et d'études appuie ces objectifs par le biais d'ateliers, de réunions publiques, d'échanges de visiteurs et d'universitaires et en analysant les conflits, notamment leurs causes et leurs solutions éventuelles.

Selon lui, M. Southwick s'intéresse particulièrement à l'influence qu'exerce l'opposition politique en Afrique. « Le problème, a-t-il dit, c'est que les partis d'opposition ne fonctionnent en général pas très bien. Ils sont faibles. Ils sont désorganisés. Ils n'ont pas de programmes. Nombre d'entre eux sont formés autour de personnalités ou de groupes tribaux ou religieux. Ils ne remplissent donc pas les mêmes fonctions que les partis d'opposition dans des pays occidentaux plus mûrs où ils ont parfois un élément idéologique. »

Et d'ajouter : « Un autre problème, c'est que les partis d'opposition sont une proie facile pour les gouvernements au pouvoir qui veulent les manipuler, les fragmenter, en d'autres termes : diviser pour mieux régner. Il s'ensuit que de nombreux gouvernements africains ne rendent pas vraiment de comptes parce qu'ils savent que les électeurs n'ont pas vraiment de choix. Après tout, vous ne pouvez obliger un gouvernement à rendre des comptes que s'il sait que vous pouvez le remplacer. »

Il a néanmoins fait remarquer que si certains partis d'opposition ont bien été anéantis par des gouvernements au pouvoir, beaucoup de ces partis avaient des défauts intrinsèques qui les empêchaient d'accroître leur popularité et il impute cette situation au fait qu'un grand nombre de mouvements d'opposition ont un caractère élitiste et qu'ils sont incapables de voir au-delà de leurs intérêts particuliers pour présenter un front uni. « La question est alors de savoir comment pourront-ils parvenir à s'unifier. Est-ce que sela se réalisera au fur et à mesure que le temps passera ou bien est-ce qu'un coup de pouce leur sera nécessaire ? »

« Beaucoup de ces mouvements politiques ne valent pas grand-chose, mais il n'empêche que si l'on veut que l'Afrique ait des démocraties qui fonctionnent bien, il est nécessaire qu'elle ait des systèmes politiques en vertu desquels les électeurs ont des choix », a-t-il précisé.

De l'avis de M. Southwick, l'Ouganda, où il a assumé ses dernières fonctions d'ambassadeur, est un bon modèle, et c'est en partie à cause de la façon dont le président Yoweri Museveni s'est attaqué à d'importantes questions telles que la résolution des conflits et la lutte contre le VIH/sida.

« Le président Museveni est prêt à une certaine ouverture au plan politique, mais il songe aussi à briguer un troisième mandat. Il a assumé le pouvoir en 1986, et lorsque le moment sera venu d'organiser la prochaine élection, il n'est pas exclu qu'il ait détenu le pouvoir pendant 20 ans », a-t-il fait remarquer.

Le problème auquel se heurte l'opposition en Ouganda, c'est que « M. Museveni est extrêmement compétent et que les électeurs ne semblent guère faire confiance à l'opposition ».

À la question de savoir si les mandats des dirigeants africains devraient être limités à un certain nombre d'années, huit ans par exemple comme c'est le cas pour les présidents aux États-Unis, M. Southwick a répondu : « Dans la pratique, cela semble assez bien marcher aux États-Unis. »

Et de souligner : « Si on voit certains dirigeants rester au pouvoir et diriger avec sagesse, on en voit d'autres qui ont du mal à partir. Le président Robert Mugabe en est un bon exemple. »

Lorsqu'on lui a demandé de nommer des dirigeants africains qui ont quitté le pouvoir de leur plein gré, il a déclaré : « Je pense que c'est le cas, dans une certaine mesure, du président Léopold Sédar Senghor, du Sénégal, qui a dirigé son pays de 1960 à 1980. L'ancien dirigeant du Ghana, M. Jerry Rawlings, est lui aussi parti dans de bonnes conditions, et l'on pourrait presque dire que ce fut le cas pour Daniel Arap Moi, du Kenya, mais ce serait exagérer un peu. Julius Nyerere a quitté le pouvoir alors qu'il aurait pu s'y accrocher. Malheureusement, il y a un grand nombre de dirigeants qui s'installent au pouvoir et ne le quittent que les pieds en avant. »



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