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La normalisation des relations américano-soudanaises est liée à la situation au Darfour

L'aide humanitaire des États-Unis à la population du Darfour pourrait atteindre 300 millions de dollars.

Par Charles Corey
Rédacteur du « Washington File »

Washington - Tant que la situation dans la région du Darfour (Soudan) ne s'améliorera pas grâce à des mesures positives du gouvernement de Khartoum, on ne pourra espérer une normalisation des relations entre les États-Unis et le Soudan, a déclaré, le 15 juin, le sous-secrétaire d'État par intérim chargé des affaires africaines, M. Charles Snyder, à l'occasion d'une déposition devant la commission sénatoriale des relations étrangères.

Les États-Unis, a-t-il dit, sont déjà « aussi mobilisés » qu'ils peuvent l'être pour atténuer les souffrances dans la région et pour faire traduire en justice ceux qui commettent des atrocités. Ils ont par ailleurs « dit clairement au gouvernement du Soudan qu'une normalisation des relations serait impossible même si un accord de paix intervenait entre le Nord et le Sud à moins que les autorités ne prennent et n'appliquent les mesures nécessaires pour régler la situation dans le Darfour ».

L'aide d'urgence des États-Unis pour le Darfour s'élève à 188 millions de dollars et elle pourrait aller jusqu'à 300 millions de dollars, a-t-il précisé.

Un grave dilemme se présente aux États-Unis, et c'est de décider s'ils doivent ou non écarter pour l'instant leurs impératifs en matière de justice pour concentrer leurs efforts sur la fourniture immédiate d'une aide humanitaire adéquate, a fait remarquer M. Snyder, qui avait été invité par les parlementaires à faire le point sur la situation au Soudan avec M. Roger Winter, administrateur adjoint de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) chargé des questions liées à la démocratie, aux conflits et à l'aide humanitaire.

Déclarant que les États-Unis ne repousseront pas leur quête de justice pendant très longtemps, il a précisé : « Nous sommes en train de préparer une liste de ceux qui sont responsables d'atrocités contre les civils, des gens qui font partie des « djandjawids » (...) car il s'agit de mettre fin à l'impunité. »

M. Snyder a rappelé aux parlementaires qu'il s'était récemment rendu à Genève avec l'administrateur de l'USAID, M. Andrew Natsios, afin de convaincre les Européens « de commencer à tourner leur attention vers le Darfour », une démarche qui a produit un engagement financier de 15 millions de dollars de la part de plusieurs pays européens pour qu'une solution soit trouvée à la crise.

« Le reste du monde ne s'intéresse pas d'aussi près que nous à la situation au Soudan et au Darfour. Contrairement à leur habitude, les Européens ont jusqu'ici fait preuve de lenteur et de parcimonie pour leurs contributions. Il est essentiel que nous ayons la collaboration des autres principaux pays donateurs », a fait remarquer pour sa part M. Winter.

(Le 16 juin, l'Union européenne débloquait 60 millions de dollars pour une aide humanitaire au Darfour.)

De l'avis de M. Winter, le secrétaire général de l'ONU doit aussi jouer un rôle actif pour que des progrès soient faits en vue de résoudre la crise dans le Darfour et de la « dépolitiser ».

« (...) Le gouvernement du Soudan serait alors obligé de tenir compte des opinions du monde arabe et du monde africain », a-t-il souligné.

Lorsqu'on lui a demandé les raisons du manque d'appui de la communauté internationale en ce qui concerne la crise dans le Darfour, M. Snyder a répondu que « l'implication intime des États-Unis de même que leur réputation en tant que principal ennemi du gouvernement du Soudan, en raison notamment de la loi antiterroriste, font que certains gouvernements hésitent à prendre pour argent comptant les vues américaines ».

« Il y en a toujours, des gens dits sophistiqués, qui prétendront que les choses ne sont peut-être pas exactement comme elles paraissent, qu'il faut attendre un peu. Je crois qu'à Genève, cette attitude a changé », a-t-il souligné.

À la question de savoir si le Congrès des ÉtatsUnis pouvait faire davantage pour améliorer la situation dans le Darfour, M. Snyder a mentionné l'utilité de la séance publique de dépositions, expliquant : « Elle nous donne de nouveau l'occasion de dire publiquement au gouvernement du Soudan ce que nous avons dit en privé au cours d'une réunion durant laquelle nous avons fixé des points de référence bien spécifiques, et c'est que la situation doit cesser, que nous ne plaisantons pas, que cette politique est irréversible. »

Après avoir écouté les dépositions, le sénateur républicain Sam Brownback a fait remarquer qu'on s'attendait à ce que la crise au Darfour fasse 300.000 victimes, même si les opérations de secours ne rencontrent aucun obstacle.

En conclusion, M. Winter a rappelé qu'un grand nombre des victimes étaient des musulmans. Et de s'interroger : « Le monde musulman n'a guère réagi. Et il s'agit d'une population africaine. Que fait l'Afrique ? Ce dont nous avons besoin aujourd'hui, c'est que le monde fasse front commun (pour résoudre la crise au Darfour). »



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