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Article - L'innommable se produit de nouveau, au Soudan cette fois

Article paru le 23 juin dans le quotidien The Washington Post


Le présent article de MM. Mike DeWine (sénateur républicain de l'Ohio) et John McCain (sénateur républicain de l'Arizona) a paru le 23 juin dans le quotidien The Washington Post. Il fait partie du domaine public et peut être reproduit librement.

(Début de l'article)

L'innommable se produit de nouveau

Mike DeWine et John McCain

Imaginez que l'on puisse repasser dans le temps les événements qui se sont produits au Rwanda il y a dix ans. Sachant avec certitude que des événements horribles allaient avoir lieu, les grands pays du monde resteraient-ils les bras croisés face au massacre de 800.000 personnes ? Si les récentes expressions de douleur et de regret de dirigeants du monde entier constituent une indication, la réponse est négative : cette fois-ci, les choses se passeraient bien autrement.

Et pourtant, en 2004, tout comme en 1994, la communauté internationale est sur le point de faire une erreur qui aura des conséquences tragiques. À l'heure actuelle, la destruction d'un grand nombre de vies humaines a lieu au Soudan et risque de faire encore plus de victimes qu'au Rwanda.

Région située dans la partie ouest du Soudan et dont la superficie est égale à celle du Texas, le Darfour est le lieu de la pire crise humanitaire que le monde connaisse de nos jours. Depuis décembre, le gouvernement soudanais composé en grande partie d'Arabes s'est allié avec un groupe de milices arabes, les djandjawids, pour mettre fin à la rébellion au Darfour. Les méthodes que le gouvernement et les djandjawids emploient sont tout à fait horribles. Ils massacrent des civils en mettant en œuvre une tactique systématique de la terre brûlée destinée à « épurer ethniquement » toute la région de la population noire. En bombardant des villages en commettant de nombreux viols, en pillant les biens et en détruisant délibérément les habitations et les sources d'eau, le gouvernement et les djandjadwids sont en train de parvenir à leurs fins.

Les chiffres sont effrayants. Près de 1,1 million de personnes ont été chassées de leurs foyers et près de 30.000 sont déjà mortes. L'Agence des États-Unis pour le développement international estime que, même dans des « conditions optimales », 320.000 personnes risquent de mourir d'ici à la fin de l'année et qu'il est fort possible que ce nombre soit encore plus élevé. Face à cette catastrophe, le gouvernement et les djandjawids continuent de bloquer l'aide humanitaire, et les massacres et les destructions se poursuivent. Alors que la population civile s'enfuit, les bombardiers Antonov du gouvernement visent les puits, les granges, les habitations et les récoltes de manière à ce que les djandjawids puissent s'emparer des villages débarrassés de leurs habitants. Pendant ce temps, la famine fait son apparition.

Le gouvernement Bush s'est élevé à juste titre contre ces atrocités au Soudan et a pris des mesures admirables, notamment l'octroi d'une aide financière et un exercice accru des pressions diplomatiques. Le département d'État a aussi indiqué clairement que le gouvernement soudanais se trompait gravement s'il croyait obtenir carte blanche au Darfour en échange d'un accord de paix avec les rebelles dans le sud du pays. Toutefois, comme la saison des pluies approche et qu'elle risque d'empêcher la distribution de l'aide, il reste peu de temps pour agir. Il nous faut faire davantage, et il nous faut le faire tout de suite.

Le Conseil de sécurité devrait demander que le gouvernement soudanais mette fin immédiatement à tous les actes de violence dirigés contre la population civile, qu'il désarme et disperse ses milices, qu'il permette aux organismes de secours d'avoir complètement accès aux zones en question et qu'il laisse les personnes déplacées retourner dans leurs foyers. Si le gouvernement refuse de prendre ces mesures, ses membres devraient faire l'objet de sanctions multilatérales et ne pas pouvoir obtenir de visas. Il convient d'envoyer au Darfour des soldats chargés du maintien de la paix pour protéger la population civile et pour accélérer la distribution de l'aide humanitaire, et nous devrions encourager les pays africains, européens et arabes à détacher des contingents à cet effet.

Les États-Unis doivent se tenir prêts à faire ce qu'ils peuvent pour mettre un terme aux massacres. En plus d'inciter le Conseil de sécurité de l'ONU à agir, nous devrions apporter un soutien financier et logistique aux pays désireux de fournir des forces de maintien de la paix. Les États-Unis devraient appliquer leurs propres sanctions aux djandjawids et aux membres du gouvernement soudanais et envisager d'autres moyens d'exercer des pressions sur ce gouvernement. Il nous faut aussi continuer d'informer le monde de ces activités meurtrières dans lesquels ces dirigeants sont impliqués et indiquer clairement à tous que ce comportement est tout à fait inacceptable.

Il a fallu des pressions concertées de la communauté internationale pour que la guerre de vingt ans entre le nord et le sud du Soudan prenne fin, et une action encore plus intense est nécessaire pour sauver des vies au Darfour. Certains Américains, que les événements en Irak, en Afghanistan et ailleurs préoccupent à juste titre, peuvent penser que ces mesures sont trop difficiles ou trop onéreuses. Il n'est jamais facile de faire face à des conflits entre ethnies, et il est tentant de détourner le regard. Et pourtant, il y a dix ans, c'est ce que nous avons fait lorsque les Américains savaient peu de chose au sujet des Hutus et des Tutsis, et maintenant nous portons sur la conscience 800.000 morts.

Une survivante du génocide rwandais du nom de Dancilla a raconté son histoire à un groupe humanitaire britannique. Elle a dit : « Si les gens oublient ce qui est arrivé quand l'ONU nous a laissés, ils n'apprendront rien. Il se peut que cela arrive de nouveau, peut-être à quelqu'un d'autre. » Tous les Américains doivent se rendre compte d'un fait terrible : c'est en train d'arriver de nouveau.

(M. Mike DeWine est sénateur républicain de l'Ohio et M. John McCain sénateur de l'Arizona.)

(Fin de l'article)



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