| Page principale | Dossiers Afrique | Partenariat | mardi 4 mars 2003 |
Le trafic des personnes à des fins sexuelles : un affront à la dignité humaineVictimes et militants s'expriment lors d'une conférence à Washington. Par Charlene PorterRédactrice du « Washington File » Washington - Ghanga parle d'une voix douce dans sa langue natale, assise face aux projecteurs, tandis qu'une interprète traduit ses propos à un journaliste de la télévision. L'histoire débute dans son village d'Inde : elle a environ 10 ans ; une sortie est organisée, un jour, à la ville de Mumbai. Séparée de ses amis, elle se retrouve seule, perdue, en pleurs dans une gare et dans une ville qu'elle ne connaît pas. Un homme s'approche et lui montre de la sympathie. Il lui offre de la loger. C'est une jeune fille apeurée, qui vient d'un petit village. Elle lui fait confiance et le suit. Son bon Samaritain la vend à une maison close où elle restera environ deux ans, enfermée dans sa chambre la plus grande partie du temps. Ne franchissent le seuil de sa porte que les clients et ses repas. Elle raconte cette histoire horrible sur un ton quasiment détaché, qui ne reflète aucunement la tragédie et l'horreur de la situation. Mais ensuite, elle raconte comment elle a réussi à s'échapper, comment elle a tenté de rentrer dans son village, et comment sa famille l'a rejetée. Les larmes commencent à couler sur son visage, mais elle poursuit son récit et sa voix reste ferme. Ghanga va ensuite chez un oncle, pensant qu'elle pouvait compter sur lui car il l'aimait beaucoup. « Mais il m'a rejetée », dit Ghanga par l'intermédiaire de l'interprète. Ghanga se redresse, essuie ses larmes et l'histoire prend un tournant plus positif. Elle parvient à entrer en contact avec une organisation non gouvernementale, « International Teen Challenge », qui recueille et réhabilite les femmes pour les libérer de l'industrie du sexe. Pendant quatre ans, Ghanga, qui a maintenant 16 ans, travaille dans un abri pour victimes de trafic sexuel, administré par « Shared Hope International », une organisation basée aux États-Unis. « Je suis très heureuse maintenant », dit Ghanga, ses larmes séchées, le visage éclairé d'un chaleureux sourire. Après avoir subi une exploitation qu'aucun enfant ne devrait connaître, Ghanga a réussi à refaire sa vie, à récupérer un foyer, des amis, et un avenir, mais le fait qu'elle soit parvenue à préserver sa dignité est peut-être la chose la plus remarquable de toutes. « L'un des plus grands périls pour la dignité humaine, c'est le trafic des personnes : le commerce d'êtres humains », dit M. John Ashcroft, le ministre de la justice des États-Unis. Il a pris la parole à Washington le 25 février dans le cadre d'une conférence internationale intitulée « Stratégies novatrices dans la lutte mondiale contre le trafic des personnes à des fins sexuelles », cette même conférence au cours de laquelle Ghanga s'est assise face aux projecteurs de la télévision pour raconter son histoire à des étrangers. « Il est de notre devoir, et nous nous engageons à le faire, de continuer ensemble à protéger les victimes du trafic et à traduire en justice tous ceux qui violent la dignité humaine », a dit M. Ashcroft à quelque 400 militants venus de 113 pays. À ces mots, la foule s'est levée et l'a applaudit. Le ministère de la justice a traduit en justice un nombre record de trafiquants de personnes au cours des deux dernières années, a dit M. Ashcroft, soit plus du double des deux années précédentes. Ces deux dernières années, trente-six accusés ont été poursuivis pour trafic de personnes à des fins sexuelles aux États-Unis. Chaque année, environ 50.000 femmes et enfants font l'objet de trafic aux États-Unis, si l'on en croit les estimations les plus fiables se rapportant à cette activité clandestine. Dans plusieurs discours prononcés lors de la conférence, le ministre de la justice et divers responsables des pouvoirs publics ont décrit dans leurs grandes lignes des programmes récents qui offrent des services et un soutien accrus aux victimes de ce que M. Ashcroft qualifie de « l'un des crimes les plus odieux de notre société ». Par le biais de divers organes et services gouvernementaux et non gouvernementaux, le ministère de la justice et le ministère de la santé et des services sociaux veillent à ce que, une fois libérées de l'emprise de leurs ravisseurs, les victimes du trafic humain ne soient pas traitées une fois de plus comme des criminels ou des victimes. Les programmes des pouvoirs publics offrent soins médicaux d'urgence, logement, nourriture, cours d'anglais et formation professionnelle, consultations psychologiques, aide à l'immigration et aide juridique. Ces programmes ont été mis sur pied suite à l'adoption de la loi sur la protection des victimes de trafic (« Trafficking Victims Protection Act ») par le Congrès américain en 2000. Dans cette loi, un important article prévoit que le ministère des affaires étrangères réalise chaque année une enquête mondiale pour savoir si les pays respectent ou non les accords interdisant le trafic international des personnes. Cette année, le sondage sera réalisé pour la troisième fois et la loi sera plus contraignante. Les pays qui ne l'auront pas respectée (dans le domaine soit de la prévention, soit de la poursuite des trafiquants et de la protection des victimes) seront passibles de sanctions de la part des États-Unis. Bien que cette loi et les perspectives de sanctions ne soient pas une nouveauté pour les militants américains, un grand nombre des 400 personnes présentes à Washington a pris conscience pour la première fois de l'engagement des États-Unis à lutter contre ces atteintes à la dignité des personnes. « Ils ne savent pas que l'Amérique fait pression sur leurs pays par le biais de ces rapports », dit Mme Linda Smith, fondatrice de « Shared Hope International », organisation non gouvernementale qui œuvre, avec d'autres groupes mondiaux partageant les mêmes orientations, à prévenir le trafic et à offrir aide et abri aux victimes de ce dernier. Dans un entretien accordé au « Washington File », Mme Smith a remarqué que la ferme déclaration du gouvernement américain, qui s'est engagé sans équivoque à lutter pour cette cause lors de la conférence, est l'une des réussites les plus significatives de celle-ci. « Nous affirmons que nous faisons pression sur votre pays, et si vous continuez à faire votre travail, nous serons à vos cotés. » Lela, qui a 26 ans, milite contre le trafic au Népal, son pays natal, pour le compte des filles et des femmes qui se retrouvent dans les maisons closes d'Inde. Elle se rend dans les villages et s'adresse aux parents et aux jeunes filles pour les prévenir des dangers qu'elles courent lorsqu'elles écoutent les promesses d'un étranger. Elle va dans les villes, contacte des prostituées dans les rues, et essaie de les emmener dans des abris pour qu'elles refassent leur vie. « J'ai une grande foi dans l'avenir », dit Lela lorsqu'on lui demande quelle valeur elle attribue à la conférence. Elle fait ce travail dans une région isolée depuis trois ans et elle pense souvent qu'elle ne dispose que de petits moyens pour lutter contre un vaste problème. « Nous voyons qu'il y a aussi des problèmes dans le reste du monde. Si tous les militants internationaux s'unissaient, ils pourraient aider le Népal ». Renu est une autre victime du trafic qui fait face aux caméras de télévision avec calme et dignité. Elle a maintenant 22 ans. Elle a été vendue comme prostituée par sa propre famille à l'âge de 15 ans et enfermée dans une maison close pendant 4 ans. Elle ne révèle que quelques rares détails sur son expérience des coups, des abus et de la dégradation qu'elle a subis. Quand on lui demande ce que signifie la conférence et ce qu'elle en attend, elle dit tout simplement d'une voix douce : « Il faut aider ces femmes. »
|
Le présent site est géré par le Service d'information du département d'État des États-Unis (usinfo.state.gov/francais/). Le gouvernement des États-Unis décline toute responsabilité quant au contenu des autres sites auxquels il pourrait se référer. |
Accueil | Index du site | Administrateur | Recherche | Archives | Département d'État |